Pourquoi tant de malades psychotiques sont-ils détenus dans les prisons françaises ?

 

Bonjour

L’intérieur de la prison révèle ce qui l’entoure. Cette vérité nous est rappelée dans une éclairante tribune du Monde signée du Dr Guillaume Monod, psychiatre à la maison d’arrêt de Villepinte, par ailleurs docteur en philosophie.

L’actualité est connue : c’est ce qu’il est désormais convenu de nommer, sans trembler, la « surpopulation carcérale ». Mais, pour le Dr Monod, ces conditions de vie indignes ne devraient pas être seulement perçues comme révélatrices de l’insuffisance des moyens dont dispose l’administration pénitentiaire pour mener à bien ses missions de sanction, de sécurité et de réinsertion. « Elle doit aussi imposer un questionnement sur la véritable nature d’une institution qui accueille une population caractérisée autant par la délinquance que par la pathologie psychiatrique » écrit-il.

Contexte historique

Des chiffres ? Ils sont accablants : 10 % à 20 % des détenus des prisons françaises souffrent d’un trouble psychotique – soit cinq à dix fois plus que dans la population générale. Soit, concrètement, cent à deux cents détenus sur les mille cent de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. C’est, tout simplement, l’effectif des patients d’un hôpital psychiatrique de taille moyenne, « mais qui n’aurait que l’équivalent d’un temps plein de psychiatre, de 3,5 temps plein de psychologues cliniciens, et de 5 temps plein d’infirmiers assurant à la fois les soins somatiques et les prises en charges psychiatriques ».

Le Dr Monod replace ces éléments dans leur contexte historique : « A l’aube du XIXe, les aliénistes ont théorisé simultanément la prison moderne et l’hôpital psychiatrique. La prison fut conçue non seulement pour punir l’acte délinquant, mais aussi — et surtout — pour guérir l’intention à l’origine du geste, intention considérée comme une faute légale et morale mais aussi comme un défaut médical (…). »

Surveillants/infirmiers psychiatriques

Et, selon lui, rien n’a changé. On peut le dire autrement : la présence en détention d’un grand nombre de malades psychiatriques n’est ni une anomalie sociologique, ni une défaillance de la politique pénale, ni même la simple conséquence du fait juridique que l’altération du jugement n’est pas une raison suffisante pour surseoir à l’incarcération et imposer l’hospitalisation. La question pourrait être posée pour les addictions.

Cette surreprésentation psychiatrique au sein d’une surpopulation carcérale résulte, pour le Dr Monod, des choix théoriques qui ont présidé, depuis deux cents ans, à l’élaboration du sens de la sanction pénale contemporaine, fondée sur l’amalgame pernicieux du crime et de la maladie mentale. « Il n’y a donc aucune raison de s’étonner si les surveillants sont régulièrement amenés à remplir le rôle d’infirmiers psychiatriques, assurant au quotidien la prévention du suicide, l’accompagnement des détenus pour leur thérapie, la contention et l’isolement d’un patient présentant un trouble psychiatrique aigu » ajoute-t-il.

Ramener le taux d’incarcération des maisons d’arrêts françaises à des chiffres raisonnables ? C’est une « nécessité morale et juridique ». Pour autant ceci ne permettra pas de résoudre la question de la place de la psychiatrie dans le parcours pénal. Les malades psychiatriques doivent-ils, aujourd’hui en France, effectuer leur peine en prison ?  Doivent-ils être doublement punis ?

A demain

Une réflexion sur “Pourquoi tant de malades psychotiques sont-ils détenus dans les prisons françaises ?

  1. Mieux vaut ne pas souffrir de troubles mentaux en France : les diagnostics sont tardifs quand ils sont posés, on est chimiquement assommé au lieu d’être soigné, parqué au lieu d’être traité, à la rue dans un pourcentage alarmant de cas (s’intéresser à la corrélation « maladie mentale/se retrouver sdf »), et finalement en prison au lieu de l’hôpital. Non, vraiment, si au début on n’avait qu’un léger trouble, au final il y a de quoi vous rendre vraiment fou…

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