Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)

 

 

2 réflexions sur “Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s