Bioéthique: le débat Le Pen-Macron n’a pas permis de saisir tout ce qui se joue avec la GPA

Bonjour

Le navrant spectacle télévisé opposant, hier 3 mai, Marine Le Pen à Emmanuel Macron n’a pas évité le sujet de la grossesse pour autrui (GPA). Contrairement à ce qu’a laissé croire la candidate du Front National, son adversaire n’a jamais pris position pour la légalisation de cette pratique que la loi française interdit 1.

Une question se pose en revanche : celle de la citoyenneté des enfants conçus et nés d’une GPA à l’étranger et qui sont le plus souvent ensuite adoptés ensuite par des parents (biologiques ou pas) français. Jusqu’en 2015, la citoyenneté de ces enfants était reconnue ou non selon les tribunaux. Puis une circulaire de l’ancienne garde des sceaux, Christiane Taubira, a cherché à harmoniser ces décisions en se conformant à celle de la Cour européenne de justice.

C’est cette reconnaissance de la citoyenneté des enfants nés d’une GPA à l’étranger (et uniquement elle) dont M. Macron prend acte dans son programme. « De fait, la France n’a que peu de choix, puisqu’il s’agit là d’une jurisprudence européenne à laquelle elle doit se conformer, estime Le Monde dans son ‘’décryptage des dix-neuf mensonges de Marine Le Pen’’. Elle a déformé la vérité sur ce sujet en usant des arguments de La Manif pour tous. L’argument de La Manif pour tous vise à dire qu’en se conformant à cette décision la France reconnaît de fait la GPA à l’étranger. Ce qui est faux : elle donne la citoyenneté française aux enfants nés d’une GPA à l’étranger. »

Le marché et la procréation

Le sujet, à dire vrai, est un peu plus compliqué. Et sans doute Emmanuel Macron gagnerait-il, au plus vite, à mieux s’expliquer. Il y est notamment poussé par Sylviane Agacinski, philosophe, Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne, et Martine Segalen, ethnologue. Dans une récente tribune publiée par Le Figaro ces trois femmes réclament des éclaircissements qu’elles n’ont pas obtenus.

Les trois signataires estiment qu’Emmanuel Macron penche pour la solution actuellement étudiée dans le cadre des travaux sur la GPA transnationale menés au sein de la Conférence de La Haye (organisation internationale s’occupant de droit civil et commercial). « Or, l’objectif de ces travaux n’est nullement de lutter contre les trafics au nom des droits humains, mais plutôt d’adopter quelques règles juridiques minimales pour donner à la GPA une apparence « éthique » et d’assurer son bon fonctionnement en levant les obstacles tels que les problèmes d’état civil, écrivent-elles. Autrement dit, leur but est de réguler le marché de la procréation, avec le soutien actif des partisans de la GPA. »

Emmanuel Macron fait-il du marché un modèle quasi indépassable des relations humaines ?  Or on sait que cette vision est incompatible avec lois françaises de bioéthique fondées sur le principe de l’indisponibilité du corps humain – ce corps et ses éléments échappant, précisément, au marché, à ses lois, à son appétit. « Sur ce sujet essentiel la lettre ouverte du Figaro est publiée à point nommé, écrivions-nous le jour de sa parution. Emmanuel Macron se doit de répondre, clairement, à la question dérangeante mais fondamentale qu’elle soulève. Le plus tôt serait sans doute le mieux. » Nous étions alors deux semaines avant le navrant débat d’hier.

A demain

 1 Interrogé sur ce sujet par Marie-Claire (mai 2017) Emmanuel Macron répond : « Je suis contre. C’est une marchandisation du corps ».

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