Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

Bonjour

Qui, dans le nouveau gouvernement « Edouard Philippe I » aura lu l’enquête fort intéressante publiée dans Le Figaro (Agnès Leclair). Qui aura vu la vidéo essentielle qui l’accompagne ? C’est l’une de ces enquêtes qui font encore parfois le sel de la presse écrite, imprimée sur papier ou sur écran. C’est aussi un sujet majeur pratiquement absent de la sphère politique et sanitaire : un sujet qui aurait passionné Aldous Huxley : « l’explosion des troubles chez les tout-petits surexposés aux écrans ».

« La plupart des enfants qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Certains n’arrivent pas à parler, à encastrer trois cubes ou à tenir leur crayon » explique au Figaro le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la PMI de l’Essonne. Elle parle aussi d’« enfant-écran », de retards de développement, de troubles de la relation, du langage et du comportement. Le Dr Ducanda lance, calmement, pédagogiquement, une alerte essentielle. Elle vient, à l’attention des pouvoirs publics et des parents de réaliser une vidéo essentielle et alarmante – une vidéo à partager, à diffuser dans laquelle cette spécialiste fait le lien avec les « troubles du spectre autistique » et les « troubles envahissant du développement ». Voici cette vidéo : « Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans ».

Ecoutons encore le Dr Ducanda :

« En 2003, 35 enfants en difficulté m’étaient signalés par les écoles sur 1.000 élèves de maternelle en petite et moyenne section de l’Essonne. Depuis un an et demi, on m’en a déjà signalé 210 en grande difficulté. Toutes les semaines, je suis sollicitée pour de nouveaux cas. À force d’en voir, j’ai fini par faire le lien avec leur consommation d’écrans. Et je ne parle pas d’enfants qui regardent la télévision une heure par jour ! La plupart de ceux qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Les troubles sont plus graves qu’il y a 15 ans et disparaissent dans la majorité des cas quand les parents arrivent à “déconnecter” leurs enfants.»

Enfants sauvages

Que penser de l’avenir de ces bébés qui grandissent à l’ombre des chaînes d’info en continu dans des foyers où la télévision reste allumée toute la journée ?  De ces nourrissons biberonnés à la comptine sur smartphone, des bambins qui ont appris à télécharger une vidéo avant de savoir faire une phrase ? Y aurait-il un biais de recrutement dans la région de Viry-Châtillon ? « La PMI est fréquentée par des enfants « issus de familles lambda, mais aussi de milieux plus défavorisés » précise le Dr Ducanda. Et encore :

 « L’écran , c’est la tétine d’aujourd’hui. Pourquoi les parents se passeraient des écrans pour “calmer” leur enfant alors que personne ne les a mis en garde ? Ils sont rassurés, car leurs enfants ne regardent que des programmes qui leur sont destinés ou des petites applications dites “éducatives” pour apprendre les couleurs ou l’anglais. Ils s’émerveillent de leur habileté et pensent que plus tôt on initie les bébés aux outils numériques, mieux ils seront armés pour le futur. »

Le Figaro explique que, déjà, de nombreux professionnels de la petite enfance ont contacté ce médecin pour évoquer leurs propres observations. Comme l’orthophoniste Carole Vanhoutte (Villejuif, Val-de-Marne) :

« Depuis quelques années, je vois des enfants dès l’âge de 3 ans avec moins d’une dizaine de mots à leur vocabulaire, raconte cette orthophoniste, cofondatrice de l’association Joue, pense, parle. Récemment, il y a eu un nouveau glissement avec l’arrivée de petits dès l’âge de 2 ans et demi qui ne sont pas du tout dans la communication. Ils se comportent comme des enfants un peu “sauvages”, dans leur bulle, comme s’ils n’avaient pas eu l’habitude d’être en relation avec une autre personne ».

 Nicolas Hulot, Agnes Buzyn et Mounir Mahjoubi

Le parallèle avec l’autisme n’a pas manqué de susciter de vives réactions. « Ces constats n’ont pas la même valeur que des études épidémiologiques. Ce médecin de PMI est en contact avec une fraction de la population qui n’est pas forcément représentative et en tire des conclusions générales, a déclaré au Figaro Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques. Il ne faut pas oublier qu’une très forte exposition aux écrans est corrélée au niveau socio-économique des familles. Il faut aussi prendre en compte les conditions de vie, la manière dont parents et enfants interagissent. Quel est l’impact spécifique des écrans sur le développement ? C’est une question à laquelle il n’est pas si facile de répondre. »

Certes. Qui y répondra ? Le Dr Ducanda souhaite le lancement de nouvelles études scientifiques qui pourraient valider sa piste d’un lien entre l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués victimes de troubles du spectre autistique et l’omniprésence des écrans. Voilà un bien beau sujet politique et écologique. Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé,  Mounir Mahjoubi jeune secrétaire d’État chargé du numérique dans le gouvernement Édouard Philippe. Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Sans oublier le président de la République.

A demain

7 réflexions sur “Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

  1. Papier intéressant et qui rejoint bien des alarmes que nous partageons en vain depuis des années. J’ai refusé d’aller en parler chez Bourdin, car il faut maintenant documenter et élargir l’observation, mais il se souvenait que je lui en avais parler il y a qques années Je suis plus prudent sur le lien autisme

    Jpc

    Envoyé de mon iPhone

    >

  2. Attention car une collection de cas est d’un très faible niveau de preuve pour affirmer une corrélation, plus encore un lien de cause à effet à partir duquel on pourrait faire des recommandations. Au mieux c’est une piste qui peut donner lieu à des études, d’ailleurs une étude de cohorte a été lancée (PATH-ABC) pour étudier chez les enfants de moins de 4 ans l’impact des habitudes et du mode de vie sur le développement (avec un volet sur l’utilisation des écrans). Les résultats ne seront pas connus avant 2020 au moins.
    Je suis assez déçu de vous voir céder à la mode des titres racoleurs pour titrer que « les écrans sont responsables des troubles du comportement ». Pouvez vous prouver que ce sont bien les écrans, et pas le fait que des enfants soient laissés à eux-même sans relation humaine, qui engendre ces troubles ?

    Rappelons quand même qu’à une époque pas si lointaine, les jeux de rôle papier étaient critiqués par des médecins comme étant pourvoyeurs de violence et de repli social, ainsi que les jeux vidéo. Or maintenant que les générations élevées au milieu de ces média sont adultes, on n’assiste pas à la déliquescence de la société et l’explosion de criminalité que craignaient les détracteurs.
    Soyons donc prudents, faisons preuve de bon sens en ne laissant pas les enfants s’éduquer seuls face à des écrans (télé ou tablettes) comme nous le rappelle le rapport de 2013 de l’Académie des Sciences. Mais veillons également à ne pas céder au catastrophisme et attendons des données d’un meilleur niveau de preuve, afin d’éviter d’apporter des réponses inefficaces à des problèmes réels.

      • 1. Le titre autorise l’ellipse : cela dépend de l’objectif que vous poursuivez. Si l’objectif est l’information, alors le titre se doit d’être le plus près de l’information réelle (comme un titre d’article scientifique). Maintenant je sais que c’est un blog d’opinion

        2. Je pense qu’avant de résoudre un problème il faut d’abord déterminer si il y en a réellement un. Y-a-t-il réellement une flambée des cas de troubles du comportement ? Ou bien est-ce une impression clinique de professionnels confrontés à un biais de sélection ou autre ?
        Ensuite, pour répondre à un problème correctement il faut à mon sens déterminer les causes du problème. Si la cause n’est pas l’écran, mais le fait de laisser l’enfant seul (car il a été démontré par contre que laisser un enfant sans contact humain, que ce soit devant une télé ou dans un parc, provoque des troubles du développement), alors interdire les écrans sera une solution inefficace.

        Maintenant je suis aussi conscient que c’est un blog et qu’il reflète votre opinion, et que sur certains sujets vous êtes assez militant.

  3. Donc pour répondre plus précisément à votre point 2 : je pense que dans l’attente de résultats plus clairs sur les tablettes et smartphones, il ne faut pas laisser un enfant seul (que ce soit devant une tablette, une télé, un jeu éducatif…) et que c’est par la relation humaine qu’on se développe.
    Cependant je ne pense pas que pour défendre cette idée, il faille absolument désigner les tablettes comme coupables.

  4. Une bonne remise a sa place de Mme Ducanda par l’ordre des médecins, et une mise au point de la HAS dans les recommandations de bonnes pratiques rappelant que l’eviction des ecrans n’est pas un traitement reconnu de l’autisme et des TSA est necessaire.

  5. Je me permets de réagir aux propos du Dr Anne-Lise Ducanda
    … au sujet de sa fameuse théorie qui a fait le « buzz » sur le Web mais aussi suscité, à raison, une bronca parmi les parents d’enfants autistes.
    Le Dr Ducanda prétend que les symptômes de son « autisme virtuel » sont indistiguables de ceux de l’autisme, parce qu’elle n’est pas capable d’identifier les véritables symptômes de l’autisme (il ne suffit pas de se référer aux catégories du DSM ou de la CIM pour acquérir une formation en la matière ; or le Dr Ducanda ne dispose d’aucune qualification particulière pour parler d’autisme)
    Les conséquences de l’emploi qu’elle fait du terme d’« autisme virtuel », j’en ai fait une liste :
    1) Confusion diagnostique (l’autisme étant une condition neurologique durable, il ne peut y avoir d’« autisme virtuel » qui se « soigne » en l’espace d’un mois)
    2) Confusion épidémiologique (en France il n’y a aucune enquête à l’échelle nationale pour déterminer le taux global de personnes autistes, les données que nous avons étant des estimations issues de l’international)
    3) Risque de sous-diagnostic pour l’autisme, mais aussi d’autres conditions, puisque selon des recherches issues de personnes plus rigoureuses l’hyper-stimulation relative aux écrans peut être particulièrement spectaculaire chez certains enfants porteurs d’un trouble de développement précoce sous-jacent : or, les propos de Ducanda incitent non pas à distinguer ces étiologies les unes des autres, mais à les confondre, et à tout imputer aux écrans (incitation à la paresse dans l’élaboration de protocoles diagnostiques et de distinctions étiologiques)
    4) Blâme des parents d’enfants autistes accusés d’être responsables des troubles de leurs enfants : les témoignages sont déjà là de parents d’enfants autistes accusés d’avoir un « écran nounou » à la maison, ou incités par leur CMP à signer un contrat TISF (Technicien d’Intervention Sociale et Familiale) avec une clause « écrans » ; ils s’inquiètent légitimement que la culpabilisation des mères autistes par la psychanalyse, malencontreusement incarnée par tout un courant psychanalytique, ne se perpétue dans la réprimande des « mères-écrans »
    5) Retrait aux enfants autistes des moyens de Communication Améliorée et Alternative (CAA…) de haute technologie utilisables pour compenser les troubles de communication, en particulier dans les écoles, ce qui freinera l’inclusion des enfants autistes ; certaines personnes autistes non-verbales ne pouvant s’exprimer qu’avec l’aide de la technologie, leur ôter ce moyen de communication aura pour effet une régression développementale et des troubles du comportement
    6) Spéculations politiciennes sur le coût du handicap (un handicap « virtuel » étant évidemment moins coûteux) : Mme Macron, après avoir reçu à l’Elysée les membres du COSE (Collectif Surexposition aux Ecrans), exprime ses inquiétudes concernant la « hausse de l’autisme en France », montrant ainsi une totale confusion entre « autisme réel » et « autisme virtuel » : certaines personnes se demandent déjà si « l’autisme virtuel » ne permettrait pas de réduire les indicateurs croissants de prévalence concernant l’autisme
    7) « Effets d’annonce » et « thérapies miracles » invitant à « guérir » l’autisme, alors que ce qui manque c’est un dépistage systématique des troubles développementaux en cas de doute, une information, et une formation adéquate du personnel de santé : voir les collusions du Dr Ducanda avec certains thérapeutes étrangers qui déclarent tout simplement avoir trouvé un moyen d' »anéantir l’autisme » par une cure anti-écrans, appuyés sur des théories pseudo-scientifiques émises par le Dr Ducanda et reposant sur le manque d’élagage synaptique dans le cerveau des autistes prétendûment dû aux « flashs et sons » des écrans
    8) Un pédopsychiatre d’obédience psychanalytique, Daniel Marcelli, affirme que depuis le DSM 5, la définition du Spectre de l’Autisme comporte des « ensemble symptômatiques moins complets » et par conséquent légitime l’usage inapproprié du terme « autisme » que fait le Dr Ducanda pour évoquer les troubles liés aux écrans. Ce floutage des acquis de l »histoire de l’autisme de la part d’un psychiatre psychanalyste qui compare par ailleurs l’autisme à un « cancer qui peut être soigné » piétine les critères rigoureux de définition de l’autime.
    … en outre le syndrôme dont le Dr Ducanda fait état existe bien et a été identifié sous le nom de Syndrôme de l’Ecran Electronique (« Electronic Screen Syndrome ») par une psychiatre infantile aux USA (Victoria Dunckley), d’une manière beaucoup plus rigoureuse scientifiquement et tout aussi drastique quant aux risques liés aux écrans chez certaines personnes.
    Je mets d’ores et déjà en garde contre la récupération des travaux de cette psychiatre par tout un pan de la ligue des « écranistes » qui a déjà commencé à imputer aux écrans l’origine de troubles aussi divers que l’addiction à la pornographie, la violence juvénile, la dépression, la crise suicidaire ou la dispraxie (syndrôme mis au goût du jour par Ducanda dit de la « main papillon », attribué à l’usage excessif des tablettes numériques).
    Sabine Duflo, membre du Collectif de Surexposition aux Ecrans dont fait partie le Dr Ducanda, a en effet déjà traduit un partie de ces travaux. En fera-t-elle bon usage ?
    J’espère avoir démontré que, quelles que soient la réalité de ses constatations, le Dr Ducanda s’exprime d’une façon opposée à toute déontologie et seulement susceptible de diviser la communauté médicale et la population.
    Merci de votre attention

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