En 2013, pour Agnès Buzyn, le tabac était une «bombe à retardement». Et maintenant ?

 

Bonjour

Le poids des mots, le choc du souvenir. C’était il y a quatre ans. La Pr Agnès Buzyn, inconnue du grand public présidait depuis deux ans déjà l’Institut national du cancer (INCa). La 31 mai ce cette année-là elle publiait  dans Le Monde une tribune qu’il est pas inintéressant de relire. A plus d’un titre. Elle jugeait alors utile de « repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme » ; un plaidoyer en faveur d’une « politique volontariste ».

Observant l’augmentation du tabagisme (chez les jeunes, les femmes et les personnes en situation de précarité) elle fustigeait le comportement des buralistes et dénonçait, après la Cour des comptes, « notre manque de cohérence et de stratégie globale en matière de lutte contre le tabagisme ». Elle rappelait (déjà) que la France n’avait pas (à la différence de de l’Australie, de la Grande Bretagne et des Etats-Unis) tenu ses engagements internationaux d’atteindre moins de 20 % de fumeurs. Et pensait, les coudées franches, que le tabagisme n’était en rien une fatalité.

Le tabac est une drogue

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 % des jeunes de 17 ans sont des fumeurs quotidiens et seront donc particulièrement dépendants au tabac à l’âge adulte ; le nombre de décès des femmes par cancer du poumon va dépasser celui du cancer du sein ; et plus d’un chômeur sur deux fume au détriment de son espérance de vie, creusant ainsi les inégalités. Ce constat doit nous faire réfléchir et agir. (…).

« Mais, culpabiliser les fumeurs n’est pas l’objectif. Le tabac est une drogue et le tabagisme doit donc être traité comme tel : les fumeurs doivent être aidés médicalement par un accompagnement au sevrage, la prévention doit s’adresser prioritairement aux jeunes, principale cible de l’industrie du tabac. (…) La vente de tabac ne devrait théoriquement bénéficier à personne… Or c’est là que le bât blesse. La France a été pendant longtemps un pays d’industrie du tabac, pouvant expliquer la prudence politique dans l’éradication de ce fléau. Mais elle ne l’est plus. Il est maintenant urgent que le tabac soit considéré avant tout comme un problème de santé publique et non plus comme un enjeu sociétal (défense des libertés individuelles) ou comme un enjeu économique (taxes et contrebande). »

La Pr Buzyn rappelait encore que le premier Plan cancer 2003-2007 (Jacques Chirac) avait fait de la diminution du tabagisme un objectif majeur. Que des mesures législatives, fiscales et éducatives avaient alors permis une augmentation du prix du tabac et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Mais qu’elles avaient aussi abouti à des résultats manifestes laissant croire que la consommation de tabac était sur une pente descendante quasi naturelle. Que le deuxième Plan cancer avait, de ce fait, peu investi cet axe pourtant majeur de la prévention des cancers. Et que la prévalence était de nouveau en augmentation depuis 2010, la France comptant près de 32 % de fumeurs.

Extraits politiques :

« A l’heure où se construit le troisième Plan cancer, le pilotage de cette lutte doit revenir au ministère en charge de la santé avec un investissement marqué dans une politique de prévention. Celle-ci devrait se décliner par des actions spécifiques envers les jeunes à l’école, avant l’initiation. Les médecins traitants ont un rôle primordial de sensibilisation de leurs patients et les actes de prévention en médecine générale doivent être mieux valorisés. Il est également essentiel que l’aide au sevrage tabagique soit mieux remboursée. Mais surtout, les lois doivent être pleinement appliquées, en particulier celle de 2009 promulguant l’interdiction de la vente aux mineurs.

« Priorité à la prévention, protection de la jeunesse, hausse drastique des prix, paquets neutres, respect des lois, et réorganisation de la vente du tabac : nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique ».

Un an plus tard François Hollande chargeait Marisol Touraine de mettre en place un Programme national de réduction du tabagisme. On sait malheureusement ce qu’il en fut. Relire la tribune signée de la Pr Buzyn est riche d’enseignements. Elle dit à sa façon, en creux, tout ce que Marisol Touraine n’a pas fait. L’auteure est aujourd’hui ministre de la Santé (et des Solidarités). Elle sait mieux que personne ce qui lui reste à faire. Nous le savons aussi.

A demain

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