Quand Agnès Buzin disait la vérité vraie dans L’Humanité (lobbies, alcools et publicité)

 

Bonjour

Toujours relire ses classiques. Le 1er décembre 2015 Agnès Buzyn, future ministre de la Santé (et des Solidarités) accordait un long entretien à L’Humanité (Alexandre Fache). La présidente de l’Institut National du Cancer s’insurgeait alors contre le « détricotage de la loi Evin » : l’élargissement de la publicité pour l’alcool que les députés (majorité socialiste) venaient (officiellement contre l’avis du gouvernement) d’intégrer à la « loi de santé » alors portée par la socialiste Marisol Touraine.

Il faut relire aujourd’hui ce que la future ministre (sociale-démocrate) déclarait au quotidien (communiste). Une lecture d’autant plus nécessaire que le nouveau président de la République n’a nullement caché, durant la campagne, son intérêt marque pour les vins français de grande qualité :  « Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain ». Agnès Buzin, réagissant à « l’assouplissement de la loi Evin » :

« C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies. Clairement, les industriels ont gagné cette bataille sur le front parlementaire, mais cela ne doit pas faire oublier combien l’alcool, consommé avec excès, peut être dangereux pour la santé. D’autant que la publicité dans ce domaine est redoutablement efficace : plus de pub, c’est une consommation qui va s’accroître, avec les conséquences que l’on sait. Or, la consommation moyenne des plus de 18 ans est déjà très haute en France, de l’ordre de trois verres d’alcool par jour.

Résister « en terrasse »

Nous étions alors peu après les attentats de Paris du 13 novembre.  « Après les attentats, de nombreuses voix ont appelé à résister ‘’en terrasse’’, un verre à la main, observe L’Humanité. Est-ce plus difficile, dans ce contexte, de faire passer un message de prévention sur l’alcool ? »

« Non, parce que nous ne prônons pas l’abstinence, mais la raison. On n’a jamais dit qu’il ne fallait plus boire d’alcool en France. Quand, après les attentats, s’est fait sentir un besoin de réaffirmer notre culture, on ne s’est pas opposé à ce message. Ce que nous tentons de combattre, c’est l’excès d’alcool, ou la consommation quotidienne d’alcool, qui concernent beaucoup de Français et augmentent significativement les risques pour la santé. »

L’Humanité lui demande encore en quoi, précisément, le détricotage publicitaire de la loi Evin pose un problème de santé publique.

« La publicité est déjà très largement ouverte aux alcooliers et les limitations actuelles imposées par la loi Evin sont extrêmement réduites. Cet assouplissement fait tomber les dernières barrières et permettra demain le sponsoring d’émissions de télé par exemple. Or, encore une fois, des études ont montré que chaque euro dépensé en publicité par les alcooliers – et ils en dépensent déjà 460 millions d’euros par an ! – augmente automatiquement la consommation d’alcool : +1% des pubs sur l’alcool, c’est +0,15% de la consommation. C’est d’ailleurs l’objectif de ces publicité s: créer un besoin, qui va accroître la consommation. »

Tourisme et grands alcooliers

Défendre les terroirs viticoles, les vins qui en sont issus et les vignerons qui les élaborent ?

« Franchement, il suffit d’ouvrir n’importe quel hebdomadaire ou supplément dédié à l’alcool, aux terroirs, au tourisme œnologique, pour s’apercevoir que la communication sur ces sujets n’est absolument pas bridée 1 Du moment qu’elles ne font pas l’apologie de la consommation mais qu’elles parlent du goût, de l’odeur, des savoir-faire, ces publicités sont déjà admises. Non, vraiment, on ne peut pas dire que les viticulteurs français soient en peine de communiquer sur leur métier et leurs produits.

« D’ailleurs, cet assouplissement de la loi Evin ne leur profitera pas à eux en premier, mais sans doute plus aux grands alcooliers internationaux, qui ont des moyens bien supérieurs pour investir dans la publicité. C’est donc la consommation de tous les alcools qui augmenterait avec cet assouplissement. On nous parle de relancer l’économie. Mais 500.000 morts en douze ans, plus les malades, les prises en charge, les médicaments, cela ne va pas faire faire des économies à la Sécurité sociale, ça c’est sûr ! »

Agnès Buzyn est aujourd’hui ministre des Solidarités et de la Santé. A ce titre elle a le pouvoir et le devoir d’agir sur la publicité et les comptes de la Sécurité sociale. Va-t-elle décider de retricoter la loi Evin ? L’Humanité lui demandait, le 1er décembre 2015 si l’activisme des lobbies (qui trouvent des oreilles très attentives au Parlement ou à Bercy) était selon elle une fatalité.

« Si je pensais qu’il s’agissait d’une fatalité, j’aurais arrêté de me battre. Mais ce n’est pas le cas. »

Dont acte. Sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ?

A demain

1 Dans son édition datée du 23 mai Le Monde publie, dans un « supplément vins », un entretien avec « l’écrivain-dandy » Frédéric Beigbeder. On l’interroge notamment sur ses flacons. Il répond : « Beaucoup de mes vins datent de 1999, l’année de naissance de ma fille. Pour l’instant, elle préfère le mojito. J’ai commencé comme ça aussi. Avec des cocktails. J’ai bu des trucs dégoûtants : du Malibu-ananas, de la vodka-orange, du whisky-Coca… De fil en aiguille, je suis allé vers le vin, mais je ne peux pas dire quel a été le -déclic. Le vin n’existe pas dans les boîtes de nuit ! Tu ne peux pas commander un Pontet-Canet au Montana. »

On l’interroge aussi sur le genre du vin : « J’ai remarqué que les femmes que j’ai connues aiment bien le champagne, alors que j’aime les alcools forts. Mais, avec ma femme, Lara, c’est agréable, on boit en couple – rires – Elle aime le vin. C’est elle qui décide. Au début, elle préférait le blanc de Bourgogne et elle vient progressivement au rouge. »

Boit-il chaque jour ? « Oui, je crois : que ce soit au restaurant ou chez moi, j’ouvre une bouteille. Comme dans tous mes livres, où je parle de vin. Je n’aime pas le baratin autour, mais c’est le mode de vie autour du vin que j’aime. C’est un carburant à conversation. Après, pour séduire, il vaut mieux des alcools blancs que du vin rouge. C’est pour cela que toutes les femmes russes sont si belles. »

 

 

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