Alcools en excès: la guerre est déclarée entre l’Elysée et le ministère de la Santé

 

Bonjour

En apparence l’affaire oppose le lobbyiste « Vin & Société » à l’institution « Santé Publique France ». Résumons-là. Le 4 mai dernier, sous l’égide de Santé Publique France et de l’Institut du Cancer, un groupe d’experts présentait un rapport explosif formulant une série de recommandations visant à renouveler radicalement le discours public sur l’alcool en France. Parmi les mesures proposées par ce groupe d’experts figure la mise en place de nouveaux repères de consommation : dix verres d’alcool standards par semaine maximum, soit deux verres par jour maximum (homme et femme confondus), avec des jours sans consommation.

Un mois plus tard

Un mois plus tard (comme par hasard)  Vin & Société livre son analyse :

« Vin & Société prend acte des nouveaux repères de consommation à moindre risque proposés par un groupe d’experts. Nous constatons que ces nouveaux repères, déjà affichés sur le site Alcool-info-service, sont parmi les plus bas du monde, en décalage avec la moyenne des autres pays*. Le rapport souligne également l’importance de les faire connaître aux Français (…)

En revanche, pour la première fois de notre histoire, nous constatons une toute nouvelle orientation de santé publique passant de la lutte contre la consommation excessive d’alcool à l’idée que toute consommation est nocive, même en quantité minime. En application du principe de précaution, c’est dorénavant l’ensemble de la population qui est visée, plutôt que les populations à risque ou les consommateurs excessifs. »

Dans cette logique les experts de Santé Publique France proposent un ensemble de mesures visant à remettre en cause toute forme de consommation d’alcool : changement du message sanitaire qui deviendrait « Toute consommation d’alcool comporte des risques pour votre santé », taxation, renforcement du cadre publicitaire sur Internet, etc. Pour Vin & Société ces préconisations sont proposées de façon régulière depuis des années alors qu’elles n’ont pas fait la preuve de leur efficacité.

Au nom des « 500 000 acteurs de la vigne et du vin » le lobbyiste « prend acte » de ce changement de norme et renouvelle sa proposition : contribuer à la diffusion des repères de consommation comme l’association l’a déjà proposé aux pouvoirs publics à maintes reprises ; et comme elle a financé sur ses fonds propres une première campagne d’information 2 visant à faire connaître les précédents repères de consommation.

Mmes Audrey Bourolleau et Agnès Buzyn

On ne saurait en rester à cette lecture. Pour deux raisons majeures. La première est qu’Audrey Bourolleau, 37 ans, a été nommée, lundi 22 mai, « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » d’Emmanuel Macron, président de la République. Or Mme Bourolleau était jusqu’à ces derniers temps la déléguée générale de Vin & Société où elle avait mis en œuvre les campagnes dénoncées par les exeprts officiels.

La seconde raison est qu’Agnès Buzyn a été nommée ministre de la Santé (et des Solidarités) par Emmanuel Macron. Or Mme Buzyn était il y a peu encore à la tête de l’Institut National du Cancer et elle exerce aujourd’hui la tutelle sur Santé Publique France.

On imagine mal comment un consensus pourrait désormais être trouvé, sur le thème alcoolique, entre le Palais de l’Elysée et le ministère de la Santé. Comment concilier le slogan « Toute consommation d’alcool comporte des risques pour votre santé » avec le célèbre « A consommer avec modération » ? Nous sommes là, comme jamais avec le risque alcoolique, au cœur du pouvoir politique. Avec, une nouvelle fois une confusion des risques pratiques et des boissons alcooliques, tout se passant comme si Vin & Société œuvrait, délibérément ou pas, pour les grands alcooliers industriels directement impliqués dans les alcoolisations répétées et précoces ; des comportements incompatibles avec les « repères de consommations ».

L’affaire « zéro alcool » commence. Qui arbitrera et qui l’emportera ?

A demain

1 L’avis d’experts retient un maximum de dix unités d’alcool par semaine pour les hommes comme pour les femmes, soit 100 g d’alcool pur par semaine. Selon Vin & Société dans les autres pays ayant adopté des repères de consommation, ces repères vont de 98 à 140 g pour les femmes, et de 150 à 280 g pour les hommes. Source : « Governmental standard drink definitions and low-risk alcohol consumption guidelines in 37 countries »(Addiction, juillet 2016)

2 Campagne d’information Vin & Société « Le vin, je l’aime je le respecte ». Diffusion des repères 2340. Décembre 2015

 

2 réflexions sur “Alcools en excès: la guerre est déclarée entre l’Elysée et le ministère de la Santé

  1. Le message zéro alcool , autrement dit « l’alcool donne le cancer dès le premier verre » (la première goutte ? Que disait Talleyrand déja ? ) fut porté par l’INCa donc ma collègue Buzyn et je crois l’est toujours.
    Il vient en contradiction avec l’effet bénéfique démontré du régime méditerranéen classique (frugalité, légumes, très peu de viande rouge, un peu de poisson la sieste et du vin rouge aux repas, et modérément — rarement chiffré). Effet en tout cas bénéfique sur la survie des coronariens avec une diminution également des cancers.
    Va comprendre….

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