Justice et Mediator : a-t-on fait des progrès dans la moralisation de la vie pharmaceutique ?

Bonjour

Vieille affaire, nouvelles plumes judiciaires. Le Monde (Simon Piel) revient sur le dossier judiciaire du Mediator : « Pourquoi le parquet demande un procès contre les laboratoires Servier ». Où l’on apprend que le ministère public réclame le renvoi des Laboratoires Servier devant le tribunal pour « des faits de tromperie, d’escroquerie, d’homicides et de blessures involontaires ».

Vieille affaire ? Nous sommes quarante ans après la mise sur le marché du benfluorex, huit ans après son interdiction sur le marché français, sept ans après le dépôt des premières plaintes et trois ans après la mort, à 92 ans, de Jacques Servier. Aujourd’hui, nous dit Le Monde, « la tenue d’un procès se rapproche ». Le quotidien vespéral précise que le parquet de Paris a signé le 24 mai un réquisitoire définitif « exceptionnellement détaillé » dans lequel il demande le renvoi devant le tribunal de « la firme », comme il l’appelle tout au long des 597 pages du document (vice-procureurs Flavie Le Sueur et Aude le Guilcher) ; un document que Le Monde « a pu consulter ».

Particulière gravité

L’affaire est suffisamment vieille pour que l’on croit tout savoir, ou presque. Pour autant le travail du parquet n’est pas sans intérêt qui synthétise, commente et éclaire parfois d’un jour nouveau cette affaire tristement exemplaire.  Environ cinq millions de consommateurs du Mediator (après prescription médicale) et, selon la justice, entre 1 500 et 2 100 cas de complications cardio-pulmonaires d’une particulière gravité.

On connaît le cœur de l’accusation : pour le ministère public les Laboratoires Servier ont délibérément dissimulé aux autorités de contrôle les effets secondaires de leur spécialité fétiche. Une stratégie qualifiée de « jusqu’au-boutiste » – mais aussi un symptôme éclairant de la position dominante dont jouissait la firme tant vis-à-vis de ses concurrents que vis-à-vis de la puissance publique en charge de la sécurité du médicament. Les temps ont-ils radicalement changé ?

Code pénal

Vieille affaire, nouvelles plumes judiciaires. « Le réquisitoire du parquet de Paris est l’occasion d’une plongée vertigineuse dans l’univers du médicament où les enjeux stratégiques et financiers d’un laboratoire ont fait plier toutes les digues des autorités de contrôle aux dépens des consommateurs, observe celle du Monde. Trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, escroquerie… Tel un petit inventaire du code pénal, les chefs de ce renvoi souhaité par le parquet de Paris décrivent les leviers utilisés par les laboratoires Servier pour dissimuler le caractère anorexigène du médicament et l’énergie déployée pour ne pas tirer les conséquences de la connaissance qu’il avait des effets secondaires de sa molécule. »

Où l’on revient, ellipses et euphémismes, sur la capacité du groupe à « tisser un réseau de relations sociales et professionnelles très larges, permettant d’“investir” sur des personnes chargées du contrôle de ses produits en les rémunérant ». Comment la justice, sinon la morale, qualifiera-t-elle un tel tissu et de telles mailles ? Tout ceci a-t-il, depuis, été totalement détricoté ?

Gendarme du médicament absent

Il reste encore à comprendre les (véritables) raisons qui font que l’Agence du médicament a échappé à une mise en examen pour tromperie – et ce d’autant que le parquet constate « les graves défaillances du système de pharmaco-vigilance » et souligne que « l’Agence du médicament (…) se montrait particulièrement défaillante dans son rôle de “gendarme du médicament” », qu’elle a fait preuve d’un « manque de réactivité manifeste » et de « négligences successives qui ont perduré dans le temps », concourant ainsi « à la commission des faits de blessures et d’homicides involontaires ». Soit, très précisément « le contraire de sa mission » note Le Monde.

Cette accusation restera-t-elle sans suite ? A-t-on ou non progressé, depuis, dans la moralisation de la vie pharmaceutique ? Tel n’est pas (aujourd’hui) le sujet de l’aveugle justice.

Lourdes

Les vieilles affaires autorisent aussi quelques vieux souvenirs. Ainsi le parquet cite-t-il Philippe Douste-Blazy, spécialiste de cardiologie et ancien ministre de la Santé (1993-1995 ; 2004-2005). Le candidat malheureux à la tête de l’OMS avait vu en 1998 le club de football de la ville de Lourdes (dont il était alors le maire) bénéficier d’un contrat de sponsoring des Laboratoires Servier à hauteur de 300 000 francs. Joue-t-on toujours au football, à Lourdes ?

Les juges d’instruction peuvent désormais rendre leur ordonnance d’ici un mois. S’ils vont dans le sens des réquisitions du parquet de Paris un procès sera organisé. Nul n’oserait encore dire quand.

A demain

 

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