Iceberg : progression des morts par overdose d’opiacés sur le Vieux Continent

 

Bonjour

Dans un monde idéal ce sont des choses qui n’existeraient pas. Dans un autre on n’en parlerait pas. Tel n’est pas le monde dans lequel nous vivons. Aussi ce choses-là sont dites, aujourd’hui, dans le rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) – l’agence de l’Union européenne chargée de collecter les données communautaires sur le sujet. Elles sont pour partie reprises par The New York Times : « Powerful New Opioids, Overdose Deaths Worry EU Drug Agency » – et ce alors que le même quotidien fait état d’un constat voisin sur son propre sol 1.

Parmi tous les signaux plus qu’inquiétants en provenance du front international de la guerre aux drogues retenons celui qui constitue un symptôme à bien des égards préoccupant : l’augmentation du nombre de décès par surdose en Europe, en hausse pour la troisième année consécutive. Au total, on estime (officiellement) à 8 441 le nombre de morts prématurées par surdose (principalement associés à l’héroïne et à d’autres opiacés) survenus en Europe en 2015 (28 états membre de l’UE, la Turquie et la Norvège). C’est là une augmentation de 6 % par rapport à 2014 et ces morts concernent presque toutes les tranches d’âge.  En 2015, le nombre de décès par surdose a notamment augmenté en Allemagne, en Lituanie, aux Pays-Bas, en Suède, au Royaume-Uni et en Turquie.

Méthadone mortelle

Sur le Vieux Continent ainsi défini le nombre des « usagers problématiques » d’opiacés en Europe sont estimés à 1,3 million. Les spécialistes savent que cette population dépendante constitue l’un des groupes les plus vulnérables.

Tout aussi inquiétant encore, en périphérie, « les opiacés utilisés dans les traitements de substitution – principalement la méthadone et la buprénorphine haut dosage – sont également couramment mentionnés dans les rapports toxicologiques ». « Selon les dernières données disponibles, le nombre de décès enregistrés liés à la méthadone a dépassé celui des décès liés à l’héroïne au Danemark, en Irlande, en France et en Croatie, ce qui montre qu’il est nécessaire de mettre en place de bonnes pratiques cliniques afin de prévenir le détournement de ces substances » observe l’OEDT. Comment s’assurer que seules les bonnes pratiques cliniques sont mises en œuvre ?

C’est, simplement, dire toute l’importance qu’il faut accorder à la mise à disposition de salles de consommation de drogue à moindre risque (SCMR) et à la délivrance de naloxone (un antidote qui permet de stopper les surdoses dues aux opiacés) destinée à une administration à domicile pour les consommateurs d’opiacés, leurs pairs et les membres de leur famille. Or de telles SCMR ne sont actuellement opérationnelles dans six pays de l’UE (Danemark, Allemagne, Espagne, France, Luxembourg et Pays-Bas) et en Norvège – soit un total de 78 structures dans ces sept pays (dont une seule en France). Quant aux programmes de distribution de naloxone destinée à une administration à domicile ils n’existent actuellement que dans neuf pays de l’UE : Danemark, Allemagne, Estonie, Irlande, Espagne, France, Italie, Lituanie et Royaume-Uni) ainsi qu’en Norvège.

Alerte sur les fentanyls

Pour l’OEDT, au-delà des morts connues par overdose, les nouveaux opiacés de synthèse (à forte teneur en principe actif) représentent clairement une menace croissante pour la santé publique tant en Europe qu’en Amérique du nord.  Ces opiacés synthétiques imitent les effets de l’héroïne et de la morphine. « Si elles occupent une faible part du marché, les signalements relatifs à leur apparition et aux problèmes qu’elles causent sont de plus en plus nombreux, notamment leur implication dans des intoxications mortelles ou non » souligne l’Observatoire européen. Il ajoute :

« Entre 2009 et 2016, vingt-cinq nouveaux opiacés de synthèse (dont dix-huit fentanyls) ont été détectés en Europe.  Comme de faibles volumes suffisent à la fabrication de milliers de doses vendues dans la rue, les nouveaux  opiacés de synthèse sont faciles à dissimuler et à transporter, ce qui représente un défi pour les services de lutte antidrogue, alors que les acteurs de la criminalité organisée peuvent y voir  une source intéressante de revenus. Ces substances revêtent différentes formes. Il s’agit essentiellement de poudres, de comprimés et de gélules et certains de ces produits sont désormais vendus sous forme de liquides et de pulvérisateurs nasaux.

 « Les fentanyls font l’objet d’une surveillance spécifique. Ces substances, dont la teneur en principe actif est exceptionnellement élevée (parfois beaucoup plus que l’héroïne), représentaient plus de 60 % des 600 saisies  de nouveaux opiacés de synthèse signalées en 2015.  Huit nouveaux fentanyls ont été signalés via l’EWS pour la première fois pour la seule année 2016. Ces substances entraînent de graves risques d’intoxication, non seulement pour leurs consommateurs, mais aussi pour les personnes pouvant y être exposées accidentellement (par exemple en cas de contact avec la peau ou d’inhalation), comme les travailleurs des services postaux, les agents des douanes et le personnel des services d’urgence. »

 Dans un monde idéal ce sont des choses qui n’existeraient pas. Tel n’est pas le monde dans lequel nous vivons ; un monde caractérisé par une forme d’ubérisation des sources de modification massive des états de conscience face à laquelle le politique est, au choix, impuissant ou complice.

A demain

1 The New York Times (daté du 5 juin) traite aussi de la question de l’augmentation rapide des décès dus à des overdoses aux Etats-Unis : « Drug Deaths in America Are Rising Faster Than Ever » (Josh Katz)

 

 

2 réflexions sur “Iceberg : progression des morts par overdose d’opiacés sur le Vieux Continent

  1. Bonjour,
    Une erreur semble s’être glissée dans votre article concernant le nombre de SCMR en France : à ma connaissance, il n’en existe pas une seule mais 2, une à Paris et une à Strasbourg.
    C’est toujours trop peu certes.

  2. Est ce que les SCMR et les programmes de distribution de naloxone permettent de faire chuter les overdoses dans les pays où ils sont répandus ?
    Vouloir modifier son état de conscience n’est pas forcément un problème, tout le monde le fait d’une façon ou d’une autre, le problème serait plutôt l’addiction et la fuite d’un certain état de conscience.

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