Edouard Philippe, Bayrou et les journalistes : la «petite affaire d’Etat» tourne vinaigre

 

Bonjour

C’est l’histoire d’un trop vieil élève qui se rebiffe contre son trop jeune maître. L’histoire d’un exécutif qui perd son sang-froid et se donne en spectacle. Une histoire que ne saurait goûter un président de la République occupé à concentrer tous les pouvoirs 1.

Soit François Bayrou, 66 ans, Ministre d’État, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Mercredi 7 juin le citoyen Bayrou prend son téléphone républicain pour joindre Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l’investigation de Radio France. Et de se plaindre de l’enquête que mènent les journalistes de la Maison ronde sur les soupçons d’emplois fictifs des assistants du MoDem (son propre parti politique) au Parlement européen. Les plus anciennes cartes de presse revoient soudain planer l’ombre de l’ORTF. Le citoyen Bayrou au journaliste Monin :

“Des gens de chez vous sont en train de téléphoner à des salariés du MoDem, de les harceler de manière inquisitrice, et de jeter le soupçon sur leur probité. C’est inacceptable. »

Et de s’expliquer à l’AFP et à Mediapart :

« J’ai dit que les jeunes femmes ressentaient comme du harcèlement ces appels sur leurs portables personnels ». « Ce n’est pas une menace, ni de l’intimidation. J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant ». « Je ne fais jamais pression sur les journalistes. On n’est pas condamné au silence parce qu’on est Garde des Sceaux ».

Un « truc assez simple »

C’est peu dire que l’affaire fait désordre. On parle de pressions inacceptables. Dominique Pradalié, secrétaire nationale du SNJ, premier syndicat chez les journalistes, parle d’une « petite affaire d’Etat ». Six jours plus tard c’est le Premier ministre, Edouard Philippe, 46 ans, qui monte au créneau radiophonique et rappelle au Garde des Sceaux ce qu’est le concept d’exemplarité. Sur France Info :

« Le truc est assez simple : quand on est ministre on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été agacé peut-être (…) par la façon dont les questions étaient posées, avec beaucoup de pression probablement, sur des gens qui ne s’y attendaient pas »,

« Il se trouve que, quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou sa mauvaise humeur, ou par son indignation. J’ai indiqué à l’ensemble de mes ministres qu’il fallait systématiquement penser à cette question de l’exemplarité, pas seulement au titre des fonctions qu’on occupe, mais parce que justement lorsque vous êtes ministre, vos actes, vos propos, votre façon de réagir, parfaitement humaine, n’est jamais interprétée (…) comme simplement humaine, mais toujours dans le cadre de ces fonctions. »

Camouflet au Premier ministre

 Et le ministre d’Etat de se rebiffer. Quelques heures plus tard, lors d’un déplacement et devant la presse :

« Chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire à des Français, des responsables, qu’ils soient politiques, qu’ils soient journalistiques, qu’ils soient médiatiques, chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire, je le dirai.  Il faut aussi qu’il puisse y avoir le rappel d’un certain nombre de convictions civiques que nous devons partager tous.

 « Quand il y a quelque chose à dire, on le dit. On le dit simplement, on le dit sans aucune pression, mais on le dit. Pour que le dialogue civique entre journalistes et responsables et citoyens soit un dialogue franc. »

Comment ne pas voir là un camouflet au Premier ministre ? Alors que la communication gouvernementale est plus que verrouillée depuis le Palais de l’Elysée on peut voir là, déjà, un premier symptôme. Inquiétant ou rassurant ? Nous le saurons sous peu.

A demain

1 Les sociétés de journalistes de vingt-trois médias considèrent, dans un communiqué commun publié mardi 13 juin, que le gouvernement continue d’envoyer « des signaux extrêmement préoccupants » au regard de l’indépendance des médias et de la protection des sources. « Face à la liberté d’informer, le nouvel exécutif fait le choix de la tentative de pression, de la répression judiciaire et du procès d’intention » écrivent les sociétés des journalistes de l’AFP, Alternatives économiques, BFM-TV, Les Echos, Europe 1, L’Express, France 2, Rédaction nationale de France 3, Libération, les JT de M6, Mediapart, Le Monde, L’Obs, Le Point, Premières Lignes Télévision, Radio France, RFI, RMC, RTL, Télérama, La Vie et les rédactions de Dream Way Production et LaTeleLibre.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s