Drogues et sexualité à haut risque chez les gays : alerte rouge au « chemsex » dans Libé

 

Bonjour

Quarante ans plus tard. On trouvera dans le Libération de ce 14 juin 2017 un (remarquable) dossier, une « alerte sanitaire chez les gays » (Florian Bardou). L’affaire à un sigle : « chemsex ». « Cette pratique à risques où le sexe est associé à la prise de drogues – GHB, méthamphétamines ou cathinones, etc. s’est démocratisée depuis une dizaine d’années avec l’apparition des applications de rencontres gays géolocalisées comme Grindr ou Scruff, et de nouveaux produits de synthèse accessibles à bas coût sur Internet, explique le quotidien de Jean-Paul Sartre. Elle procure, selon ceux qui la pratiquent, un plaisir sexuel plus important et plus intense. »

Libé ouvre ses colonnes à Aurélien Beaucamp, président de Aides : « Ne regardons pas les hommes tomber » :

« La commercialisation à bas coût et sur Internet des nouvelles drogues de synthèse a ouvert pour les gays une ère de consommation, souvent dans le cadre de marathons sexuels, aussi appelés «chemsex» (pour chemical sex). Les situations de décrochage social et d’overdoses liés à cet usage de drogues se sont accrues ces dernières années, illustrées par les annonces fréquentes de perte de travail ou de décès aussi soudains que prématurés. Il s’agit bel et bien d’une crise sanitaire.

« Qu’elles soient le fruit d’une recherche de plaisir, de performance, de l’absence de perspective ou de l’expression d’un mal-être et de la solitude, peu nous importe dans l’immédiat. Notre communauté devra regarder ses démons en face mais, d’ici là, il est urgent de développer une prise en charge adaptée et spécifique. Il s’agit bien entendu de réduire les risques d’overdose, de contamination au VIH et à l’hépatite C. Surtout, il faut offrir un accompagnement communautaire, combiné à une prise en charge médico-psychologique. En effet, c’est le rejet, l’injonction de soins et une prise en charge médicale inadaptée qui sont souvent les seules réponses aujourd’hui apportées (…). »

Mollet droit devenu zone érogène

Quarante ans plus tard. La parole est aussi donnée au Dr Philippe Batel, coprésident du comité scientifique de SOS Addictions. Il faut lire le texte de ce spécialiste qui œuvra longtemps à l’hôpital Beaujon avant de rejoindre un établissement privé (qu’il vient de quitter). Il explique que « chemsex » se dit aussi  «PNP» (Party and Play), «plan planant», «plan def», «plan sous chems», «plan slam»… Selon lui tout ces mots désignent « une forme hardcore, fixée et sous-communautaire d’un comportement vieux comme le monde : « performer» sa sexualité avec des produits «aidants» ou censés aider ».

Hier l’alcool, les poppers et l’alcool, la cocaïne et l’ecstasy. Aujourd’hui la méthamphétamine – le crystal -, la kétamine ou le GHB. Puis les « cathinones » qui semblent avoir boosté l’usage du chemsex en le généralisant bien au-delà des pratiques fétichistes où il était initialement confiné. Il s’agit ici de drogues de synthèses décuplant les effets du cathinone, principe actif du khat, plante naturelle au pouvoir désinhibiteur mâchée autour de la péninsule arabique.

« Les cathinones présentent généralement deux types d’effets attractifs pour le sexe, bien que subjectifs et inconstants, explique à Libé le Dr Batel.  D’abord, elles sont ‘’empathogènes’’ : ‘’Tout le monde m’aime et j’aime tout le monde’’ – c’est la caricature du clubber sous ecstasy des années 90. Mais elles sont aussi ‘’entactogènes’’ : elles produisent un effet particulièrement agréable du contact physique, proche d’une hallucination cénesthésique sur la peau. Un des partenaires va par exemple effleurer une partie non génitale de l’autre sujet et celui-ci va découvrir que son mollet droit est une zone très érogène. En gros, en plus d’une augmentation du désir sexuel et de la levée des inhibitions que l’on retrouve avec les produits que vous avez cités, les patients décrivent une intimité confiante rapidement obtenue, une augmentation des sensations de plaisir, mais très souvent aussi une insatiabilité sexuelle. »

Moins de 10 euros le gramme

L’offre répond amplement à la demande, quand elle ne la stimule pas : internet, dark web via des sites qui ont des relais néerlandais pour des fabricants installés en Europe de l’Est et en Chine ; livraison en deux à huit jours selon le mode d’acheminement postal sélectionné. Moins de 10 euros le gramme de 3-MMC acheté en gros. Police inexistante, ou presque. Inhalation, ingestion « diluée de l’eau ou dans un ‘’parachute’’ – un baluchon de poudre confectionné avec du papier à cigarette et qu’on avale – elles peuvent aussi se prendre en intrarectal – ‘’booty-bump’’ – et enfin en injection intraveineuse : c’est la pratique dite du ‘’slam’’».

Quarante ans plus tard, les seringues. « Nous disposons de deux enquêtes françaises sur des patients séropositifs qui consultaient un service de maladies infectieuses, précise le Dr Batel. On observe chez eux une prévalence déclarative élevée du slam sur les six derniers mois – entre 4 et 5 %. Si on regarde les expérimentateurs c’est-à-dire ceux qui ont déjà essayé une fois, on est autour de 7 à 8 %. » Risques infectieux potentialisés avec des rapports non protégés mais aussi troubles psychiatriques (attaques de panique, accès maniaques, replis autistiques, bouffées délirantes aiguës, passages à l’acte auto ou hétéro-agressifs), insuffisances rénales aiguës, rhabdomyolyses, infarctus du myocarde, AVC, troubles dépressifs, syndromes paranoïaques, un isolement social, addiction sexuelle induite.

Directeur général de l’AP-HP

Il ajoute : « Dans les années 1980, les gays ne mouraient pas du sida mais de ‘’pneumonie’’. En 2017, ils ne meurent pas du chemsex mais ‘’d’arrêt cardiaque’’. Si je comprends cette pudeur, il y a un déni dans la communauté gay sur les dangers du chemsex. ».

Selon lui le phénomène est hors contrôle dans certaines métropoles aux Etats-Unis. En Europe, un épicentre majeur à Londres a conduit les autorités, la communauté gay et les associations à mettre en place un plan ambitieux, qui commence à porter ses fruits. Berlin, Bruxelles, Barcelone sont en train de s’organiser. Et en France ? « Avec Aides, le 190, les CoreVIH, le Réseau de prévention des addictions (Respadd), les Services des maladies infectieuses et tropicales (Smit) et les services d’addictologie de l’AP-HP nous avons mis en place un réseau informel, explique le Dr Batel. Mon sentiment est qu’il faut aller plus loin. Créer au plus vite un dispositif inspiré du modèle londonien. Une coordination allant d’une prévention de terrain à des centres spécifiques d’évaluations et de soins avec un hôpital de jour et de week-end et une articulation avec des soins de suite et de réadaptation (SSR). L’AP-HP devrait jouer un rôle central et expérimental dans ce dispositif. »

Quarante ans plus tard, le directeur général de l’AP-HP est-il abonné à Libé ?

A demain

 

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