Cannabis au zénith : la consommation en progression ; le laisser-faire du politique

Bonjour

C’est un phénomène sociétal majeur. C’est une question sanitaire d’ampleur. C’est une loi bafouée au vu et au sus de tous. C’est un marché illégal autant que prospère. Et c’est une spécificité massivement française. Quelques chiffres pour situer cette réalité que les responsables politiques ne veulent pas voir :

« En 2016, on compte chez les 11 à 64 ans autour de 17 millions d’expérimentateurs de cannabis. Parmi eux 5 millions sont des usagers dans l’année, alors que 1,4 million fument au moins dix fois par mois. Enfin, 700 000 individus se déclarent usagers quotidiens de cannabis.

En 2016, 42 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel. »

Ce sont là les dernières données que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. (OFDT). Il nous dit aussi que le niveau d’usage actuel de cannabis en France continue d’être très élevé comparativement à ceux constatés dans la plupart des pays européens. Ces dernières années, les niveaux d’usage sont apparus en hausse à la fin de l’adolescence en France. L’expérimentation du cannabis concernait en 2014 près d’un jeune de 17 ans sur deux (47,8 %), contre 41,5 % en 2011. Par ailleurs, près de un jeune de 17 ans sur 10 (9,2 %) consommait au moins 10 fois par mois (6,5 % en 2011). Ces différentes hausses concernaient aussi bien les garçons que les filles, même si les premiers restent plus consommateurs, et ce d’autant plus que la fréquence d’usage s’intensifie.

L’offre et le plaisir

Pourquoi consomme-t-on du cannabis ? Parce que cela procure du plaisir et que le produite est disponible. « Le niveau élevé d’usage de cannabis en France est en partie lié au fait que le pays se situe à proximité de pays producteurs, notamment le Maroc, précise l’OFDT.  Il s’inscrit également dans le contexte d’une réorganisation du marché du cannabis amorcée depuis la fin des années 2000. Le développement de l’offre de ce produit s’est poursuivi, avec un marché de l’herbe devenu plus dynamique (l’augmentation des saisies et de celles de plants atteste d’un accroissement des cultures sur le territoire). L’herbe est par ailleurs souvent perçue comme un produit « naturel » moins coupé avec des produits divers, contrairement à la forme résine, ce qui a pu aussi favoriser l’essor de sa consommation. Vraisemblablement pour répondre à cette nouvelle offre, la résine produite ces dernières années a vu sa teneur en tétrahydrocannabinol (THC) augmenter. »

L’OFDT ajoute que les adolescents et les jeunes adultes minimisent volontiers, voire ignorent, les dangers liés à l’usage. Le cannabis est utilisé à la fois pour faire la fête, gérer le stress, trouver le sommeil, dans un « cadre de sociabilité » etc. … Il s’est affirmé « comme un produit transculturel, qui trouve sa place dans tous les milieux socioculturels ». « À la différence de ce qui peut être constaté pour des substances telles que l’héroïne ou la cocaïne, perçues comme très dangereuses par la quasi-totalité de la population, la représentation de la dangerosité du cannabis se révèle assez volatile dans le temps » souligne encore l’Observatoire. Qui poursuit :

« Pourtant, les dommages associés à la consommation de cannabis s’avèrent de mieux en mieux documentés ; il peut s’agir de problèmes survenant à court terme (risque d’accident du fait de la perte d’attention associée à la consommation) ou à plus long terme dans le cadre d’une consommation régulière (troubles de la mémoire, de l’attention ou de l’apprentissage, précipitation de la survenue de troubles psychiatriques chez les individus présentant des prédispositions). »

Exécutif jupitérien

Conséquences : les niveaux d’usage élevés en France « appellent à renforcer les moyens consacrés à la prévention en les orientant vers le soutien d’actions dont l’efficacité a été démontrée. Des expérimentations de programmes reconnus, tels que le Programme de soutien aux familles et à la parentalité (PSFP) ou le Good Behavior Game, sont actuellement en cours en France, portées par des acteurs publics, universitaires et associatifs ; il s’agit de poursuivre et d’amplifier ces initiatives et d’en évaluer l’effet dans le contexte spécifique français ».

Mais qui, à Matignon ou chez Emmanuel Macron, s’intéresse à tout cela ? La seule initiative (annoncée fin mai par le ministre de l’Intérieur) vise à ce que les usagers soient passibles de contraventions immédiates. Une situation intenable qui nous dit l’incapacité avouée du pouvoir exécutif jupitérien à peser sur le réel. Ou, peut-être, son souhait de maintenir disponibles et les jeux et le pain.

A demain

2 réflexions sur “Cannabis au zénith : la consommation en progression ; le laisser-faire du politique

  1. Il semble donc que les jeunes aient une perception plus rationnelle et fondée du cannabis que l’OFDT 😉 En tant que médecin (et non consommateur à titre personnel) je me désole de ne pas pouvoir en prescrire à mes patients, à l’instar des américains.

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