Perturbateurs endocriniens : et à la fin, le petit Paris s’inclina devant le très grand Berlin

Bonjour

Après les deux discours remonte-en-ligne du Président et du Premier Ministre, c’est une solide défaite qu’enregistre la France sur le front mouvant des perturbateurs endocriniens. Le Monde s’en indigne (Stéphane Horel et Stéphane Foucart) qui a fait de ce sujet un militantisme environnemental éditorial. Résumons: la Commission européenne a obtenu, mardi 4 juillet lors d’un « comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale », un vote favorable des Etats membres quant à son projet de définition réglementaire des perturbateurs endocriniens.

« La majorité qualifiée a été obtenue grâce au revirement de la France, résume le quotidien vespéral. Elle s’opposait pourtant depuis plus d’un an, aux côtés du Danemark et de la Suède, à un texte jugé trop peu protecteur de la santé publique et de l’environnement par les sociétés savantes et les organisations non gouvernementales. Berlin, favorable à une réglementation peu contraignante pour l’industrie, a eu gain de cause. » Et voici la lecture qu’en fait Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne :

« Après des mois de discussion, nous avançons vers le premier système réglementaire au monde pourvu de critères légalement contraignant, définissant ce qu’est un perturbateur endocrinien. C’est un grand succès. Une fois mis en œuvre, ce texte assurera que toute substance utilisée dans les pesticides et identifiée comme perturbateur endocrinien pour les humains ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché. »

Particulière virulence

C’est, pour tout dire un sujet d’une grande complexité scientifique, médicale, réglementaire et politique. Un sujet où les oppositions sont d’une particulière virulence et qui n’est pas sans faire songer aux polémiques inhérentes au dossier du réchauffement climatique.

Et d’abord de quoi parle-t-on ? L’exécutif européen avait proposé des critères de définition des perturbateurs endocriniens en juin 2016. Un an et quelques amendements plus tard, le texte est accepté par le comité technique chargé du dossier, au sein duquel siègent des experts représentant les Vingt-huit. Une fois appliqué, il « assurera que toute substance active (utilisée dans les pesticides) identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché », a expliqué le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis.

Un certain nombre de scientifiques demandaient quant à eux qu’une échelle graduée soit mise en place, distinguant les perturbateurs endocriniens « suspectés », « présumés » et « avérés » – sur le modèle de la classification des substances cancérogènes par le CIRC. Qui plus est le texte adopté conserve une clause (ajoutée à la demande expresse de Berlin) permettant d’empêcher un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ». « Et ce, alors qu’ils sont aussi susceptibles d’atteindre ceux d’autres espèces animales, dont les humains » assure Le Monde.

Exemption allemande

Et le ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ? Il a déclaré sur France Info que l’Allemagne avait « obtenu cette exemption parce que [son] industrie tient évidemment à les conserver le plus longtemps possible ». Le tout nouveau ministre a assuré que les experts français plancheraient sur ces pesticides et que « si leur dangerosité est avérée, nous les sortirons unilatéralement du marché ». M. Hulot a néanmoins salué l’adoption de ces critères comme « une avancée considérable », ouvrant « une brèche qui ne va pas se refermer ». Et en même temps la « Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme » (aujourd’hui dirigée par l’ancienne journaliste Audrey Pulvar) d’évoquer « une définition au goût amer ».

Dans le camp des géants industriels la colère n’est pas moins vive. « Les critères ne fournissent aucune protection supplémentaire pour la santé et l’environnement et ne servent qu’à avoir un impact disproportionné et discriminatoire sur les agriculteurs européens qui vont souffrir d’une nouvelle réduction arbitraire du nombre d’outils à leur disposition », a réagi Graeme Taylor, porte-parole de l’ECPA, organisation européenne qui réunit les grands du secteur (BASF, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta etc.).

Et les deux camps d’en appeler le Conseil (représentant les Vingt-huit) et le Parlement européen à rejeter le texte adopté. Réponse avant la fin de l’été.

A demain

 

 

 

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