Mort d’Adama Traoré : le procureur de la République ne semble pas avoir dit la vérité vraie

Bonjour

Il faut avoir confiance dans la médecine légale de son pays. Et faire une croix sur la post-vérité. C’était il y a un an : le 19 juillet 2016 Adama Traoré, 24 ans, mourait à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). Il avait été « interpellé » par des gendarmes. Les causes exactes de ce décès avaient alors alimenté une longue polémique ; une polémique relancée par les déclarations intenables du procureur de la République de Pontoise Yves Jannier 1. Qualifiée de « bavure » par sa famille, la mort d’Adama Traoré avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise, où il avait été interpellé, et dans les communes voisines.

Un an plus tard on dispose des conclusions d’une contre-expertise datées du 22 juin et signées du Pr Patrick Barbet et du Dr Pierre Validiré. Un document révélé par Le Parisien  (Jean-Michel Décugis) et qui souligne, contrairement aux déclarations initiales du procureur, qu’« aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur » chez la victime. « Lensemble de ces constations permet de conclure que la mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un effort et de stress », écrivent les deux légistes.

« Syndrome asphyxique »

Cette contre-expertise avait été demandée par sa famille. Dès le 21 juillet, le procureur avait déclaré qu’Adama Traoré « avait une infection très grave », « touchant plusieurs organes » ; il ajoutait que son autopsie n’avait pas relevé de « trace de violence significative ». Une seconde autopsie (réalisée à la demande de la famille) avait fait état de « lésions traumatiques très superficielles » – des lésions qui n’auraient joué aucun rôle dans le processus létal. Les légistes soulignaient, comme les premiers, l’existence de plusieurs « abrasions » au niveau du front, du coude, la main gauche et de la poitrine. Ils concluaient que la mort était due à « un syndrome asphyxique » possiblement dû aux pratiques mises en œuvre pour interpeller et immobiliser la victime.

De fait lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes. Il aurait alors fait part à cet instant de difficultés respiratoires (selon l’audition d’un des officiers) et aurait été placé en position latérale de sécurité. Une version contredite par le témoignage d’un sapeur-pompier qui a déclaré que, lors de son arrivée sur les lieux il avait trouvé le jeune homme « face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées ».

 Mutation de Pontoise à Paris

« Cette contre-expertise médicale réalisée par un collège d’experts est très importante car elle écarte de façon définitive la thèse de l’ancien procureur de Pontoise », a déclaré au Parisien Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille Traoré très actif dans cette affaire.

Elle renforce selon lui l’hypothèse des violences par compression thoracique. Pour Me Bouzrou les proches de la victime pourraient désormais saisir le conseil de la magistrature « afin qu’Yves Jannier soit sanctionné pour ses déclarations contraires à la vérité ». Est-ce possible ? Peu de temps après l’affaire Yves Jannier avait fait l’objet d’une mutation. Il est aujourd’hui avocat général près de la cour d’appel de Paris

A demain

1 On lira ici les différents papiers consacrés, sur ce blog, à cette affaire

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