Psychiatrie et télé-réalité : France Télévisions devrait arrêter «Fort Boyard» – et s’excuser

Bonjour

Rire de tout, rire jusqu’à la folie, rire quel qu’en soit le prix ? C’est une tribune opportune qui ne pourra pas ne pas être entendue … C’est un événement médiatique, la révolte de citoyens éclairés contre les dirigeants d’une télévision publique qui ne savent définitivement plus où ils sont, à quoi ils servent et qui les rémunèrent. C’est une adresse qui, dans un pays démocratique, ne saurait rester sans réponse.

Dans un texte publié par Le Monde une réunion sans précédent d’associations de patients et de professionnels de santé 1 disent leur malaise devant « l’épreuve » de l’émission « Fort Boyard » : une cellule capitonnée qui stigmatise les souffrances psychiatriques. Ils demandent son retrait et des excuses publiques de France Télévisions. Résumons l’essentiel pour ceux qui ne sont pas dépendants de ce spectacle financé par des deniers publics.

Médias handicapés

Depuis le 24 juin, l’émission « Fort Boyard » diffuse une ­séquence intitulée « L’asile », rebaptisée « La cellule capitonnée » : dans ce jeu, le candidat, d’abord entravé par une camisole de force, est enfermé dans une salle capitonnée sans porte de sortie, sous des caméras de surveillance. Il doit se secouer et se contorsionner, à « en devenir fou », pour ­reprendre les termes de la production. Pour les signataires, trop c’est trop :

« Pourquoi, alors que cette séquence bouleverse tant de téléspectateurs, de personnes concernées, familles, proches et professionnels de santé, la ­direction de France 2 n’envisage-t-elle pas une seconde sa suppression ?

« Pourquoi, alors qu’un colloque, « Handicaps et médias », était organisé dans les locaux de France Télévisions, cinq jours après sa première diffusion, en présence de Delphine Ernotte et de représentants du ministère de la culture, du secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées, du Conseil supérieur de l’audiovisuel, n’avons-nous encore entendu aucune voix s’élever contre cette épreuve qui stigmatise la maladie et le handicap psychique ?

Les pires des clichés

« Comment est-il possible que des responsables chargés de programmes de divertissement aient pu, en conscience, valider un tel scénario ? Comment un service public censé être ­vigilant sur les risques de discriminations, racismes et atteintes à la dignité des personnes peut-il être aussi loin de la société ? « Fort Boyard » aurait-il enfermé des candidats ayant eu une autre pathologie ou handicap ?

« Pourquoi conforter auprès du grand public des fantasmes de « fou ridicule » ? Selon toutes les études, la stigmatisation est la première cause de souffrance, de retard de soins et d’exclusion des personnes touchées par des troubles psychiques. Pourquoi alimenter une nouvelle fois les pires clichés sur les maladies mentales, alors que d’autres émissions ont déjà été signalées ? »

Mme Ernotte, ancienne d’Orange

On lira la suite sur le site ou le papier de notre vieux Monde. « Nous demandons le retrait de l’épreuve en cause et des excuses de la chaîne y écrivent les signataires. Nous demandons la diffusion de messages de déstigmatisation de la maladie et du handicap psychique aux mêmes heures d’écoute. Que les efforts entrepris au quotidien pour déstigmatiser les troubles psychiques par les associations, les usagers, les professionnels, les pouvoirs publics ne soient pas anéantis en quelques minutes d’Audimat ! »

Delphine Ernotte, 50 ans, a fait toute sa carrière à France Telecom (devenue Orange) où elle a occupé de nombreux postes de direction. Elle devrait fêter bientôt ses deux années de présidence de France Télévisions.

A demain

1 Associations d’usagers : Unafam, collectif Schizophrénies, Schizo oui, Schizo espoir, Promesses, Schiz’osent être, Schizo jeunes, Solidarité réhabilitation, Comme des fous, Fnapsy, Schiz’osent écrire, collectif SOS psychophobie, Frontières invisibles, Réseau romand des pairs praticiens en santé mentale (Re-pairs), Association francophone des médiateurs de santé pairs (AFMSP), Cofor (Centre de formation au rétablissement de Marseille), collectif Lieu de répit, association JUST.

Ainsi que: Pr Marie-Odile Krebs, chef de service SHU Sainte-Anne, PIsabelle Amado, responsable du  centre ressource Ile-de-France en remédiation cognitive et réhabilitation psychosociale, Dominique Willard, psychologue responsable du réseau Profamille, Ile-de-France, Pr Christophe Lançon, chef de service CHU Sainte-Marguerite, Marseille, DOlivier Canceil, vice-président de Santé mentale France, PEmmanuel Haffen, président de l’AFPBN, Association française de psychiatrie biologique, PAntoine Pelissolo, CHU Henri-Mondor, président de la collégiale des psychiatres de l’APHP, DMarie-Noëlle Vacheron, chef de pôle Sainte-Anne, PMarion Leboyer, CHU Henri-Mondor, PPierre-Michel Llorca, CHU Clermont-Ferrand, Pr Patrick McGorry, directeur exécutif d’Orygen (The National Centre of Excellence in Youth Mental Health), Australie, Denys Robiliard, rapporteur de la mission parlementaire sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie, Alain Ehrenberg, sociologue, président du Conseil national de santé mentale, Magali Coldefy, chercheure, Emmanuelle Jouet, chercheure, DYann Hodépsychiatre, réseau Profamille.

Avec le soutien de :  Fondation FondaMental (France), Fondation Maria Halphen (Australie), Fondation Deniker (France), revue Santé mentale, Cofor, Solidarités usagers psy, Sabrina Palumbo, Véronique Friess, Christophe Malinowski (infirmier), Delphine Blanchard, Julien Martinez, Médiapsy, La Folie ordinaire, DJean-Marie Pairin (psychiatre), Sophie Da Cruz (journaliste), Alexandre Fache (journaliste), Olivia Hagimont (illustratrice), Florence Braud (aide-soignante en psychiatrie), Philippe Banyols (directeur du centre hospitalier de Thuir), Clara De Bort (directrice d’hôpital), Dominique Garcia (professeur des universités), Alexandra Bichon (infirmière de secteur psychiatrique), Hélène Sanchez (infirmière en psychiatrie), Aymeric Le Corre (infirmier), Benoît Eyraud (collectif Contrast), Baptiste Beaulieu (médecin et écrivain), Catherine Dufour (écrivain), Agathe Martin (écrivain), Philippa Motte (consultante en santé mentale et handicap psychique), Olivier Las Vergnas (professeur à l’université de Lille), Anne Adam Pluen (communicante en santé), Gwénaël André (enseignant en Validation Therapy, Martin Winckler (médecin et écrivain).

2 réflexions sur “Psychiatrie et télé-réalité : France Télévisions devrait arrêter «Fort Boyard» – et s’excuser

  1. Je ne regarde jamais Fort Boyard, et je pense que cela restera ainsi. Je comprend tout à fait que certaines personnes aient été blessés et il est juste normal de prendre soin de mesurer l’impact des sénarios avant la diffusion, c’est triste que ce ne soit pas naturel, de protéger et de veiller à ne pas porter atteinte aux personnes que l’on touche. vraiment dommage..

  2. Beaucoup de bruit pour pas grand chose , surtout qu’entre la réalité d’un « asile » d’aliéné et ce jeu il n’y a absolument rien de « choquant » , beaucoup on étaient outragés par le terme asile , mais ce mot ne signifie pas exclusivement les HP , bien au contraire un asile est un refuge ou l’on trouve réconfort , aide , mais c’est certain qu’il serait difficile pour fort boyard de faire un jeu avec comme thématiques les fonctionnaires car une majorité ne font quasiment rien de leur journée hormis attendre que ça passe , l’ignorance pousse à l’incompréhension .

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