Les journalistes peuvent-ils « harceler » l’exécutif (en réponse au Dr Philippe Batel) ?

Bonjour

« Cher Jean-Yves, Voulez-vous l’adresse de Matignon ? Le numéro de l’avenue de Ségur où se trouve le ministère de la Santé (…) Je lis toujours avec beaucoup de plaisir votre blog mais votre interpellation quotidienne de l’exécutif et des agences de l’Etat commence à donner à vos quotidiennes réflexions des allures d’obsessions persécutrices qui fleurent le harcèlement. »

Ainsi nous écrit notre confrère Philippe Batel – écriture pimentée en écho d’un texte publié sur ce blog : « Mortalité prématurée : quand un géant du tabac s’amuse à jouer avec le conflit d’intérêts ». Comment ne pas répondre ?

Cher Philippe, Qui pourrait ignorer ces adresses républicaines dans les plus beaux quartiers de notre capitale ? Ecrire à leurs locataires ? Imaginez-vous le nombre des envois journalistiques sans retour, depuis tant et tant d’années ? Combien de tribunes, combien d’alertes, combien de papiers pour dire la vérité addictive ? Vous souvenez-vous, cher Philippe, de la désormais mythique rue des Italiens, de la parenthèse Falguière, de la terrasse de Claude-Bernard – sans parler d’Auguste Blanqui, en son boulevard ? Combien d’adresses sans retour ?

Vous poursuivez :

« Aux lectures répétées d’une telle posture incisive, j’en viens à me demander si, dans le domaine des addictions, la résolution des problèmes ne seraient pas à la portée d’actions immédiates tant attendues depuis 70 jours des nouvelles équipes en place (…) A demain donc pour un nouvel épisode de « mais que font donc Agnès, Emmanuel, Edouard, Vincent, Paul et les autres ? ».

Clins d’œil au passé signé Claude Sautet ? Bien volontiers. Allons plus loin. Et autorisons-nous un clin d’œil à George Orwell, son novlangue et son « 1984 » ; Orwell : « La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit ». 2017 : pour l’essentiel, le reste suit. Et c’est ainsi que nous sommes libres de pouvoir adopter (ou pas) quelques postures incisives, d’interpeller (quotidiennement ou presque par voie de blog) le pouvoir exécutif et les agences de l’Etat. Et ce tout particulièrement dans le champ mortifère et fiscalisé du tabac. Ou plus généralement dans celui, qui vous est cher, des addictions – leur prise en charge affûtée et l’amélioration drastique de leur prévention.

Nuire à la réflexion

Ainsi ces « quotidiennes réflexions » prendraient, à vos yeux, « des allures d’obsessions persécutrices » et nous nous rapprocherions de ce délit qu’est le « harcèlement ». L’heure serait à ce point grave ? De fait la gravité est là et elle est bien, dans l’instant, de nature politique. Fonte des idéologies… effacement programmé du législatif… hyperprésidence quotidiennement assumée… mise en ondes napoléoniennes déjà revendiquées. Et il faudrait, cher Philippe, s’interdire de planter quelques épines irritatives dans le talon tabagique de l’exécutif ?

L’idée fondamentale du novlangue est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État. Postulat (amplement vérifié) : le discours manichéen permet d’éliminer toute réflexion sur la complexité d’un problème : si t’es pas pour, t’es contre, pas de milieu, pas de quartier. Ce type de raisonnement binaire permet de favoriser les raisonnements à l’affect, et ainsi d’éliminer tout débat, toute discussion, et donc toute potentielle critique de l’État. On appréciera un rythme élevé de syllabes, la vitesse des mots nuisant à la réflexion. Et si la langue possède le mot « bon », pourquoi faudrait-il qu’elle possédât, en outre, celui de « mauvais » ? Remplaçons ce dernier par « non-bon »…

Mais voici que nous pourrions donner l’idée que nous nous égarons, loin du champ de l’exécutif et des addictions. Merci encore, cher Philippe, de l’intérêt critique et en même temps bienveillant que vous portez à nos écrits.

Avec notre amitié.

A demain

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