Emmanuel Macron prendra-t-il la parole pour convaincre du bien-fondé des vaccinations ?

 

Bonjour

Suffit-il d’imposer pour convaincre d’un bienfait ? C’est un pari assez risqué que celui que vient de faire le gouvernement en annonçant qu’il allait prochainement rendre obligatoire huit vaccinations pédiatriques qui n’étaient, jusqu’ici, que recommandées. Une initiative d’autant plus délicate que rien n’est dit des mesures concernant les parents qui refuseraient tout ou partie de ces nouvelles obligations. S’il ne manque pas de soutiens au sein du corps médical l’exécutif est ici confronté à une série d’oppositions plus ou moins structurées. Il ne s’agit certes pas d’oppositions au principe même de la vaccination mais les arguments développés conduisent, en pratique, à un résultat équivalent. Il lui faut aussi compter avec une méfiance diffuse vis-à-vis des hypothétiques effets secondaires de ces immunisations.

Réappropriation

Comment parvenir à convaincre du bien-fondé d’une large couverture vaccinale au sein de la population générale ? Les différents arguments disponibles viennent d’être exposés par François Bourdillon, directeur de Santé publique France dans une tribune publiée par Le Monde et dans laquelle il développe l’idée selon laquelle « la vaccination est un bien commun à se réapproprier ».

On connaît, pour l’essentiel, ces arguments qui reposent sur des éléments rationnels, à commencer par l’impact des vaccinations obligatoires de la petite enfance qui ont permis la disparition de la diphtérie, du tétanos et de la poliomyélite. On sait aussi qu’il faut qu’au moins 90 % des enfants soient vaccinés pour prévenir la transmission des principales maladies contagieuses – voire 95 % pour certaines, comme la rougeole. Or cet objectif n’est pas atteint, en France, pour les huit vaccinations recommandées de la petite enfance, notamment celles contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (78 % pour la seconde dose), le méningocoque C (71 %) et l’hépatite B (88 %). C’est ainsi qu’entre 2008 et 2012 on a recensé en France 23 000 cas de rougeole déclarés, 1 500 personnes hospitalisées pour pneumonie, 34 complications neurologiques et 10 décès.

Pourquoi, face à un tel constat, ne pas substituer l’obligation à la simple recommandation ? Mais comment aussi, dans le même temps, ne pas réactiver la défiance envers la vaccination; une défiance « liée au doute d’une partie de la population sur de supposés effets indésirables liés aux adjuvants ou au vaccin lui-même, et cela malgré des données de pharmacovigilance et d’études de niveau mondial très rassurantes ».  Pour le directeur de Santé publique France les obstacles pourront être levés grâce à la « reconstruction d’une politique publique ».

Restauration

Celle-ci a, selon lui, commencé sous le précédent quinquennat avec l’organisation d’une « concertation citoyenne » qui a, précisément, conduit ses responsables à proposer l’élargissement (temporaire) du caractère obligatoire des vaccins – proposition reprise à son compte par le nouveau gouvernement. La seconde étape pour « restaurer la confiance » a été la mise en place d’un site public d’information qui se veut la référence en matière de discours public sur la vaccination (vaccination-info-service.fr) qui a reçu « près de 800 000 visites depuis sa mise en ligne en mars 2017 ».

« La construction d’un espace dédié aux professionnels est en cours, ajoute François Bourdillon. Il sera développé avec la plus grande indépendance et impartialité une gestion rigoureuse des conflits d’intérêts. Il existe aussi des initiatives très intéressantes, portées non seulement par les pouvoirs publics mais aussi par les médias et la société civile, pour analyser les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux et lutter contre toutes les idées fausses et pseudo-théories. »

Nécessaire, tout cela sera-t-il suffisant pour que, dans le pays de Louis Pasteur, les vaccins de la petite enfance soient collectivement perçus comme un « progrès majeur de santé publique » ? Le rationnel développé par la puissance publique sera-t-il suffisamment convaincant pour effacer l’entrelacs des doutes, des inquiétudes, des angoisses diffuses ? Où l’on en vient à s’interroger sur l’impact que pourraient avoir, ici, les capacités de conviction et d’empathie de la parole présidentielle.

A demain

 

 

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