Alcoolisme et irrationnel : parviendra-t-on à crever l’abcès récurrent du baclofène ?

 

Bonjour

Le Figaro (Anne Jouan) poursuit méthodiquement son travail journalistique critique de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Aujourd’hui cela donne : « Baclofène: crise ouverte entre les médecins et les autorités ». où l’on découvre des échanges hier encore privés entre le directeur général de l’ANSM et l’un des médecins qui contestent la nouvelle politique de l’Agence quant aux recommandations sur les doses de baclofène pouvant être prescrites chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool.

Début juillet l’ANSM publiait une étude « en vie réelle » qui visait à documenter les usages du baclofène, évaluer le maintien du traitement dans la durée et évaluer sa sécurité, notamment lorsqu’il est donné à fortes doses. Le baclofène était alors comparé avec les traitements de la dépendance à l’alcool ayant une « véritable » autorisation de mise sur le marché (acamprosate, naltrexone, nalméfène, disulfiram) et non une simple recommandation temporaire d’utilisation (RTU).  Et l’ANSM de conclure que l’utilisation du baclofène à haute dose était « associée à un risque accru d’hospitalisation et de décès par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool ». Conclusion : les prescriptions de fortes doses seront prochainement interdites et les modalités de la RTU révisées.

Encensé et rejeté

Vive émotion dans une fraction de la communauté des spécialistes contestant la méthodologie et les conclusions de l’étude. Et échanges nourris entre eux et le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Et ce dernier d’écrire : «Ce produit [le baclofène] est, en France, encensé par les uns et rejeté par d’autres, il est par ailleurs ignoré par le reste de la planète». Ce qui ne manqua pas d’hérisser. Et Le Figaro ne remuer le couteau dans les plaies au moment où, post-Brexit, la France aimerait accueillir sur son sol le siège londonien de l’Agence européenne du médicament.

Et dans le camp opposé, pour le rien calmer, cette tribune signée du Pr Jean-François Bergmann, chef du Département de Médecine Interne, Hôpital Lariboisière, ancien vice-président de la commission de mise sur le marché de l’Agence française du médicament ; tribune publiée dans Le Quotidien du Médecin : « Baclofène : ‘’L’état de la science n’incite pas à proposer ce traitement à de nouveaux patients’’ ». On y lit notamment ceci :

« En juin 2013, j’écrivais dans le Quotidien du Médecin que la RTU du baclofène était  »n’importe quoi !  » et risquerait de gêner la mise en évidence de l’éventuelle efficacité du médicament. Je m’inquiétais d’un rapport bénéfice/risque potentiellement négatif de ce produit. J’ai bien peur que quatre ans plus tard les faits me donnent raison… (…)

Mon analyse méthodologique du rapport de sécurité de l’ANSM sur le baclofène : quand on est dans le passionnel (vaccination, Ebola, VIH, végan…), on entend n’importe quoi ; le fait qu’un médicament soit peu différent du placebo n’empêche pas les « consommateurs » d’en être très satisfaits (homéopathie, veinotonique, yoga, IPP avec aspirine…) ; le baclofène à forte dose a clairement un rapport bénéfice/risque défavorable (voir le rapport de l’étude de l’ANSM que je trouve très démonstratif et correctement conduit). (…) ; il me semble important que la communauté médicale reste « evidences based » et non « polemique based ». Il faut aider au sevrage alcoolique mais la stratégie thérapeutique idéale reste à trouver ! »

Hurler avec les journalistes

Pour le Pr Bergmann il ne faut sûrement pas banaliser ce traitement potentiellement dangereux et sa place (« s’il y en a une ») se doit d’être précisée et « d’autres études sont nécessaires pour mieux évaluer les traitements dans cette indication ». « Si ce n’était pas un sujet si polémique et sensible, et si un médicament disponible dans une autre pathologie entraînait de tels effets indésirables graves avec si peu d’efficacité observée dans les essais, les mêmes loups, journalistes, militants hurleraient au scandale ‘’mais qui sont les crétins qui ont mis un tel médicament sur le marché ? Ce sont des criminels inconscients…’’ » conclut-il.

Des journalistes assimilés à des loups ? Voilà que ne manque pas de sel. Reste au fil des mots, des passions et de l’irrationnel une question essentielle pour les malades de l’alcool : comment parviendra-t-on (en France et loin des conflits d’intérêts), à crever l’abcès désormais récurrent du baclofène ?

A demain

 

Une réflexion sur “Alcoolisme et irrationnel : parviendra-t-on à crever l’abcès récurrent du baclofène ?

  1. « IPP avec aspirine… »
    Je me demande de quoi il parle .
    Vous savez?

     » « Si ce n’était pas un sujet si polémique et sensible, et si un médicament disponible dans une autre pathologie entraînait de tels effets indésirables graves avec si peu d’efficacité observée dans les essais, les mêmes loups, journalistes, militants hurleraient au scandale ‘’mais qui sont les crétins qui ont mis un tel médicament sur le marché ? Ce sont des criminels inconscients…’’ » conclut-il.

    Des journalistes assimilés à des loups ?  »

    Je ne lis pas qu’il assimile les journalistes à des loups (comme M. Mitterand avait parlé de M Beregovoy jété aux chiens) , il les en distingue dans une liste énumérative hétéroclite… AUtrement n’aurait=il pas mis un « : » ?

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