VIH : alertes et prises de conscience des émergences de souches virales résistantes

Bonjour

Une nouvelle « Conférence mondiale sur le sida » (IAS 2017) vient de s’ouvrir à Paris. Qu’attendre de ce rituel huilé ? Peut-être ceci, de Jean-François Delfraissy, son coprésident. L’ancien directeur de l’Agence nationale française de recherche sur le sida glisse, dans un entretien accordé à Libé :

« L’apparition de résistance aux traitements antiviraux dans les pays du Sud m’inquiète. C’est un vieux thème, un peu récurrent dans l’histoire du sida et des maladies infectieuses. Au début, je n’y étais pas sensible. Mais dans un certain nombre de pays d’Afrique, il y a des ruptures de distribution de médicaments. Des patients prennent donc des traitements en discontinu. Cela n’est pas sans risque, cela peut entraîner l’apparition de virus résistants. J’étais serein il y a quelques années, mais là, nous devons nous interroger sur ces virus mutants et leur transmission, en particulier en Afrique subsaharienne. »

 D’ores et déjà

Pour leur part les responsables de l’Onusida se félicitent du seuil franchi à l’échelon planétaire : pour la première fois plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont accès à un traitement antirétroviral. Mais dans le même temps l’Organisation mondiale de la santé voisine met en garde contre l’apparition des résistances du VIH aux médicaments. Ce document, fruit du travail conjoint de l’OMS, de la Banque mondiale et des CDC se fonde sur des enquêtes nationales menées dans les onze premiers pays ayant adopté un programme de surveillance recommandé par l’OMS.

Dans six de ces onze pays, plus de 10 % des personnes qui débutent un traitement antirétroviral sont d’ores et déjà infectées par une souche virale résistante aux antirétroviraux de première ligne : l’Angola (16,3 %), la République démocratique du Congo (10 %), le Honduras (11,5 %), l’Ouganda (11,6 %), la Papouasie Nouvelle Guinée (16,1 %) et l’Afrique du Sud (18 %). Une fois ce seuil de 10 % atteint, l’OMS recommande à ces pays de revoir d’urgence leurs programmes de traitement du VIH.

 « La résistance aux médicaments antimicrobiens pose un problème croissant pour la santé mondiale et le développement durable, observe Tedros Adhanom Ghebreyesus, nouveau directeur général de l’OMS. Nous devons préventivement nous occuper des niveaux croissants de résistance aux médicaments anti-VIH si nous voulons atteindre la cible mondiale de mettre fin au sida d’ici à 2030 ». Mettre fin au sida ?

Echos

En écho, le Dr Gottfried Hirnschall directeur à l’OMS du département VIH/sida : « Nous devons veiller à ce que le traitement reste efficace pour ceux qui le commencent, afin de prévenir l’émergence de résistances. Lorsque les niveaux de résistance deviennent élevés, nous recommandons de changer de thérapie de première intention pour ceux qui démarrent leur traitement. »

Toujours en écho : le Dr Shannon Hader, directeur aux CDC de la « Division of Global HIV and TB » : « Ce nouveau rapport confirme la nécessité de réfléchir d’une manière prospective dans nos efforts pour combattre la résistance : étendre les tests mesurant la charge virale, améliorer la qualité des programmes de traitement et passer à de nouveaux médicaments comme le dolutégravir ».

Et, dans l’ombre de l’Onusida, on entend l’OMS proposer un « nouveau plan d’action mondial sur cinq ans visant à coordonner les efforts des pays pour prévenir et surveiller la résistance du VIH ».

A demain

 

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