«Je, soussigné, certifie demander un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool»

 

Bonjour

Urgent : dernière conséquence pratique de la décision unilatérale de l’Agence du médicament (ANSM) de plafonner à 80 mg la dose quotidienne pouvant être prescrite chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool. L’initiative en revient à quelques médecins et aux responsables des deux principales associations de patients et proches concernés (« Aubes » et « Baclofène ») : proposer une « décharge » protégeant les médecins prescripteurs qui ne respecteraient pas les nouvelles règles. « Nous avons repris une ancienne décharge, datant d’avant la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU)  pour les médecins les plus frileux et nous y avons ajouté une clause pour protéger le pharmacien également, nous a-t-on expliqué auprès de ‘’Aubes’’. Cela peut sans doute rassurer pour parer à la situation urgente d’aujourd’hui. »

Cela donne le document suivant : « Je, soussigné …. certifie demander personnellement un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool – Avoir pris l’initiative de solliciter moi-même le Dr …. pour pouvoir bénéficier de ce traitement (…) ».

Combattant (parcours du)

« Même si les prescripteurs continuent de prescrire à hautes doses, ce sont les pharmaciens qui refusent de délivrer plus de 80 mg quotidiens, poursuit-on auprès de l’association.  Et contre cela, nous pouvons difficilement lutter. Ils ont reçu des directives strictes 1. La situation est vraiment plus compliquée qu’avant la RTU. Autrefois nous avions un « kit » pour convaincre les médecins, il va falloir qu’on en fasse un de nouveau, pour les pharmaciens, si l’ANSM ne revient pas sur sa position. Pour le malade, faire plusieurs médecins puis plusieurs pharmaciens pour avoir le traitement, cela devient vraiment le parcours du combattant. »

La situation apparaît assez confuse. Il faut dire qu’elle est sans précédent dans une histoire (celle du baclofène dans l’indication alcoolique) qui était elle-même hors des normes. Résumons. L’ANSM revient brutalement sur des normes qu’elle avait elle-même fixées après avoir mis en lumière des risques qu’elle n’avait pas initialement identifiés. Ces risques sont contestés par une fraction du corps médical spécialisé qui dénonce les conséquences médicales de ce « diktat ». Des « fuites de mails » sont plus ou moins orchestrées. De vieilles passions se réveillent – la nouvelle ministre de la Santé se tait.

Comment s’y retrouver ? On peut prendre connaissance de l’analyse, distante et documentée, du Pr Nicolas Authier (service de pharmacologie médicale, Inserm, CHU de Clermont-Ferrand) : « Baclofène, avec modération … des propos ». Comment, surtout, ne pas ajouter aux incompréhensions et aux violences nées de la décision souveraine de l’ANSM ?

Lenteur (éloge de la)

Au terme de son analyse le Pr Authier préconise la poursuite de « discussions saines et apaisées entre les spécialistes de l’addiction à l’alcool, de l’évaluation du bénéfice/risque et l’ANSM ». Il formule aussi une série de propositions concrètes. Comme, par exemple :

« Préconiser une diminution LENTE de la posologie des patients traités avec plus de 80 mg/jour sans donner de vitesse de décroissance minimale ; ouvrir dans les prochaines semaines une discussion scientifique, transparente, sur les données internationales du baclofène dans l’alcoolodépendance qui permettra de confronter les risques identifiés au réel bénéfice populationnel de ce traitement. »  

« Peut-être faudra-t-il réserver aux structures spécialisées en addictologie (hospitalières et CSAPA) la possibilité de prescrire les posologies les plus élevées, ajoute-t-il. Ces structures ont vocation à prendre en charge les patients avec les troubles les plus sévères et disposent d’une capacité d’accompagnement qui pourrait assurer une surveillance renforcée de ce traitement à posologie élevée. »  Et le Pr Authier de conclure :

« Au-delà du débat sur les posologies, la prise en charge des patients en difficulté avec l’alcool gagnera sûrement à plus de modération, à des échanges plus scientifiques et à une confiance mutuelle restaurée entre les autorités sanitaires et les professionnels de santé. » Une question, d’actualité : assurément nécessaire, la science est-elle suffisante quand il s’agit de restaurer la confiance ?

A demain

1 On lira ici les consignes spécifiques relatives au baclofène du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens : « Baclofène : pas d’interruption ou de réduction brutale de traitement ». Il semble aujourd’hui que tous les pharmaciens d’officine ne sont pas (encore) pleinement informés des recommandations de leur Ordre :

« NOUS ATTIRONS VOTRE ATTENTION SUR LE FAIT qu’en raison du risque de syndrome de sevrage au baclofène, le traitement ne doit pas être interrompu ou réduit brutalement. Par conséquent, pour les patients en cours de traitement recevant actuellement des doses supérieures à 80 mg/j de baclofène, il doit leur être indiqué : de consulter au plus vite leur médecin, afin d’initier une réduction progressive de la posologie, et de ne pas réduire ou arrêter d’eux-mêmes leur traitement. Dans l’attente d’une nouvelle consultation médicale, le traitement doit être dispensé conformément à la prescription présentée par le patient. »

3 réflexions sur “«Je, soussigné, certifie demander un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool»

  1. Analyse, distante et documentée, vraiment ?

    Permettez moi de la trouver particulièrement hypocrite et truffée de petites phrases assassines comme celle là « ces 20% de patients traités avec des posologies supérieures à 75 mg pourraient être aussi ceux qui auront le plus mauvais rapport bénéfice / risque … qui plus est en 1ère intention. »
    Le Pr Authier qui à l’évidence ne souhaite pas dispenser le baclofène autrement qu’au compte goutte et en dernière instance, suggère que la prescription HD soit réservée aux CSAPA …
    Et propose une discussion apaisée entre les spécialistes de l’addiction à l’alcool et l’ANSM

    C’est vraiment prendre les malades pour des crétins !
    Nous savons fort bien que les CSAPA, en grande majorité, refusent de prescrire du baclofène à dose efficace. Nous savons aussi que les dits spécialistes ne sont pas mécontents de cette restriction imposée par l’ANSM.

    Concernant les doses relevées dans le document de l’ANSM, elles sont majoritairement en dessous de 80mg/j, mais il s’agit de données issues des remboursements de baclofène.
    N’oublions pas qu’avant mars 2014, le baclofène était hors AMM et donc, au moins en théorie, non remboursé en dessus de 80mg/j. Combien de malades ont-ils eu des posologies supérieures à 80mg/j mais remboursé sur cette base ?

  2. Je viens de prendre connaissance de l’article de Nicolas Authier qui écrit que, dans l’indication alcool, « 80% des patients traités par baclofène le sont à des posologies inférieures à 75 mg par jour. » J’aimerais savoir d’où vient cette donnée. Dans ma pratique et dans celle de beaucoup de mes confrères, une importante proportion de patients se situe entre 120 et 180 mg.

    C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il aurait été plus sage de limiter la posologie à 180 mg quitte à réserver les posologies jusqu’à 300 mg à des Csapa alcool ou généralistes ayant une expérience de la prescription du baclofène.

    Je suis frappé de constater tant dans l’affaire des codéïnés passant sur prescription que dans cette diminution pratiquement par quatre de la posologie maximum du baclofène dans la RTU par l’irresponsabilité des décideurs. Des modifications brutales, mises en oeuvre sans que les prescripteurs et les dispensateurs en aient été avertis, sans que les conséquences les plus probables aient été sérieusement étudiées et ce, de surcroit, au début de l’été. Difficile de faire pire. Les changements brutaux et unilatéraux de cadre légal devraient être exclues du champ de la médecine des addictions. Une méthodologie de la décision dans ce domaine devrait faire l’objet d’une conférence de consensus ou d’un groupe de travail éclairé.

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