Maladie mentale et «radicalisés» : les psychiatres vont-ils collaborer avec la police ?

Bonjour

Hier encore, dans les dîners en ville évoquer la question des liens entre maladie psychiatrique et radicalisation terroriste suscitait le malaise. C’est désormais une question officielle. A la suite de l’attentat de Barcelone Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur, a annoncé au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration avec les services psychiatriques et psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ».

Aujourd’hui Gérard Collomb récidive : il entend impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. Le ministre s’exprimait sur RMC/BFMTV :

« Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…)  Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Sur RTL le ministre avait déclaré :

« On a deux types d’attaques aujourd’hui : des attaques planifiées et des gens qui se radicalisent brutalement, avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés. Nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui, demain, peuvent passer à l’acte et donc mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques, des psychiatres libéraux, de manière à parer à cette menace terroriste individuelle », a-t-il dit. Il s’agirait d’avoir « des protocoles, quand un certain nombre de gens ont des délires autour de la radicalisation islamique, pour pouvoir avoir des échanges avec celles et ceux qui les côtoient ».

Dieu leur parle

Pour sa part le Dr David Gourion (psychiatre libéral, ancien chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne) souligne dans une tribune parue dans Le Monde que « le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré », que « la loi sur le secret médical n’est pas compatible avec la mise en place d’une « collaboration » entre psychiatres et services de police » :

« M. Collomb a dit qu’il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l’impression que Dieu leur parle ; ça veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme ‘à risque’. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c’est dangereux. Le psychiatre n’a pas vocation à collaborer avec le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers ».

L’Ordre des médecins avait déjà travaillé ce délicat sujet. Il sera du plus grand intérêt de connaître la position du Dr Agnès Buzyn, collègue de Gérard Collomb en charge de la Santé. Sacré, le secret médical peut-il ici être violé ? Le « radicalisé » est-il un malade mental à identifier publiquement et à enfermer ? Le terrorisme imposera-t-il de réécrire la déontologie médicale ?

A demain

 

4 réflexions sur “Maladie mentale et «radicalisés» : les psychiatres vont-ils collaborer avec la police ?

  1. Je ne sais pas si les psychiatres peuvent jouer un rôle dans la prévention des passages à l’acte se prétendant religieux. Je n’ai aucun doute sur le fait que l’annoncer à la radio soit complètement contre-productif.

    Comme beaucoup trop souvent, le gouvernement ne travaille que pour flatter l’opinion publique, Voir si l’action se révèle efficace devient un surplus, je le crains.

  2. Oh la la ! Le Dr Gourion monte sur ses grands chevaux !
     » Il y a quelques mois, le prestigieux British Medical Journal publiait un éditorial qui mettait précisément en garde contre l’idée que les terroristes sont essentiellement des malades mentaux car les données dont nous disposons ne le confirment pas » écrit-il dans le
    Monde.

    « Prestigieux »: Argument d’autorité: ne vaut rien. De prestigieux journaux publient des âneries aussi, des articles truqués ou mal foutus. Ce qui compte c’est l’article. Or l’article de BMJ est une opinion mal étayée et pas une étude. les références ne soutiennent pas les idées du texte. Il y est d’ailleurs admis que certains terroristes ont des problèmes psychiatriques et sont influencés par les réseaux (a-) sociaux.

    « Les données dont nous disposons ne le confirment pas ». Même pas vrai. Je ne sais pas mais l’article editorial du BMJ ne permet pas d’être cité ainsi.

    Bon , peu importe.

    On est aussi abasourdi par la démarche du ministre de l’intérieur. Un homme issu du grand orient de la maçonnerie , dont on attend un peu plus de culture donc.

    Le délire mystique est une signe clinique de bien des épisodes de schizophrénie et ce sera allah qui parle aux musulmans Yahveh aux juifs et Dieu ou Jésus aux chrétiens. De là à suspecter un passage à l’acte terroriste…. c’est …du délire. L’art du psychiatre comprend aussi le repérage des risques de passage à l’acte et en leur résence l’hospitalisation sous contrainte. Nihil novi sub sole.

    Pour revenir aux grands chevaux du Dr Gourion :
    Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers « .
    Encore un argument fallacieux ! (Strawman argument des anglophones, pour rester « in ») . Principe : détourner, dénaturer l’argument d’une personne pour l’attaquer alors que cet argument n’a pas été soutenu par ladite personne.

    Personne n’a dit que les psychiatres devaient être des collègues des policiers ou juges.

    On peut critiquer la faisablilité de ce qu’évoque le ministre de l’intérieur assez peu instruit de la psychiatrie.

    MAis rien n’empêche les psychiatres de se comporter en citoyens responsables sans trahir à tort le secret médical , qui a des limites bien définies. Là encore rien de neuf sous le soleil, le code de déontologie oblige a dénoncer aux autorités si l’on a connaissance , de par son exercice, de la préparation d’un crime. On peut aussi s’appuyer sur le devoir de dénonciation des sévices à enfants ou personnes diminuées. Devoir.

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