Radicalisation : l’Ordre des médecins remonte poliment les bretelles de Gérard Collomb

 

Bonjour

Le 22 août, sur RMC BFMTV, Gérard Collomb ministre de l’Intérieur faisait une révélation : « Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…) ». Il ajoutait : « Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Etrange mélange des genres où le sacré se devrait d’être modulé – et où le pouvoir exécutif aimerait rapprocher psychiatres et forces de police au nom de la lutte contre le terrorisme. Les propos de Gérard Collomb n’ont pas soulevé d’emblée l’indignation que l’on attendait. Au lendemain des attaques meurtrières de Barcelone, dans une fin août émolliente, à la veille d’une rentrée sociale imprévisible, la France semble entre deux eaux. Et puis, soudain, cette réaction que l’on espérait : elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins. C’est un communiqué aussi court que limpide qui fait suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb quant une « éventuelle coopération » entre les autorités policières et les services psychiatriques pour lutter contre la radicalisation.

Absolue confidentialité

« Pleinement conscient, comme l’ensemble de la société, des dangers liés à la radicalisation » l’Ordre des médecins rappelle avoir pris depuis plusieurs mois, sur ce sujet, « des positions précises et détaillées ». Des positions « dont les autorités ne s’étaient jusqu’à présent pas saisies ». La Place Beauvau et le ministère de la Santé apprécieront comme il se doit cette précision. Et goûteront les éléments qui suivent.

L’Ordre des médecins rappelle tout d’abord « la nécessité absolue de préserver les principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical ». Sans s’inscrire dans le champ du sacré cher à l’ancien maire de Lyon, le code de déontologie est très clair : la confidentialité entre le médecin et le patient est absolue. C’est un principe essentiel dans la relation de confiance qui lie les professionnels à leurs malades.

« Toutefois, dans certaines circonstances exceptionnelles, la loi permet aux médecins de passer outre au secret médical en cas de danger probable, rappelle encore l’institution ordinale. C’est pourquoi l’Ordre préconise la pleine application des textes en vigueur, et en particulier ceux du code pénal qui s’adressent à tout citoyen, plutôt que de créer de nouvelles dérogations au sujet desquelles on ne peut mesurer les possibles dérives ultérieures. »

Données policières

Et, pour finir, une courte leçon d’éthique politique et démocratique : « Enfin, dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Dialoguer avec les « autorités de l’Etat » et non avec le seul ministre de l’Intérieur, même accompagné de la ministre de la Santé. Reste cette donnée policière :  le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT) établit qu’à peu près un tiers des personnes signalées présentent des troubles psychologiques. Soit près de 6 000 personnes. Quels types de pathologies ? Et sont-elles soignées ? M. Collomb pourrait-il répondre ces questions sans déroger au secret qui s’impose à ses fonctions ?

A demain

 

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