Mediator : le procès des Laboratoires Servier et de l’Agence des médicaments ne saurait plus tarder

Bonjour

C’est l’un des insupportables charmes de la justice : elle va à son rythme. Ainsi l’affaire du Mediator, médicament laissé sur le marché français de 1976 à 2009 .  Près de dix ans après le retrait plus que tardif de cette spécialité (plus que controversée), après un travail (contesté) de l’IGAS et après mille et une polémiques, la perspective d’un procès semble se rapprocher.

Mardi 5 septembre 2017 une source judiciaire a confirmé que les juges d’instruction en charge de ce dossier avaient renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris les laboratoires Servier et l’Agence nationale du médicament dans le volet principal de ce qui a pris (à juste titre) la dimension d’un scandale sanitaire –  confirmant une information de France Inter.

Conformément aux réquisitions du parquet de Paris, les juges d’instruction ont ordonné le 30 août le renvoi en correctionnelle du puissant groupe pharmaceutique français pour « tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d’influence ». Et (fort justement) l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est également renvoyée devant le tribunal pour « blessures et homicides involontaires ». Soit, au total, un procès pour onze personnes morales et quatorze personnes physiques.

« Instruction tronquée » ?

Mêmes causes, mêmes effets : les Laboratoires Servier ont aussitôt dénoncé dans un communiqué une instruction « tronquée ». « L’action de l’Agence du médicament, de ses hauts fonctionnaires et de sa tutelle ministérielle a été occultée, alors que le Mediator était sous enquête nationale de pharmacovigilance de 1995 jusqu’en 2009 », ont affirmé les Laboratoires. L’Agence du médicament appréciera.

Me Charles Joseph-Oudin, l’un des avocats des parties civiles, a également réagi : « Dans cette affaire du Mediator, même si Servier indemnise les victimes, les personnes malades et les proches de personnes décédées sont dans l’attente d’un procès pénal de manière à identifier les responsabilités, que ce soit du côté des laboratoires, des agences étatiques, comme l’Agence du médicament, ou des différents experts qui composaient les commissions de contrôle du médicament. »

Dans son réquisitoire, le parquet estimait que les Laboratoires Servier avaient élaboré une « stratégie » pour dissimuler le caractère anorexigène de sa spécialité-phare – et n’avaient pas signalé les risques d’hypertension artérielle pulmonaire, une pathologie rare incurable, et ceux de valvulopathies, graves lésions des valves cardiaques – risques qui pouvaient lui être imputés.

C’est l’un des charmes de la justice : en disant le droit elle parvient, parfois, à dire le vrai.

A demain

 

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