L’alcool et la mer à boire : l’absurdité radicale d’une publicité gouvernementale

Bonjour

Septembre et ses vendanges. Les gazettes font écho à ce nouveau rituel marchand de la grande distribution que sont les « foires au vin ». Le Journal du Dimanche n’échappe pas à la règle. Avec, page 11, une pleine page d’une publicité aujourd’hui incongrue. Elle est financée par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Slogan : « Réduire sa consommation d’alcool (…) Franchement, c’est pas la mer à boire ».

« La mer à boire » 1 … Faudrait-il, ici, rire ? Les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool – de même que les médecins et soignants les prenant en charge – apprécieront les affiches montrant ce tour de force publicitaire anonyme. Ceux qui connaissent les supplices du sevrage goûteront tout particulièrement le recours au franchement. Quant aux vignerons, ils dénoncent déjà la présence du tire-bouchon qui orne cette publicité gouvernementale. Comme si le vin était la seule boisson concernée par la dépendance alcoolique.

Les publicitaires et le ministère ne font aucun commentaire. S’ils devaient sortir de leur silence sans doute invoqueraient-ils la dimension symbolique de cet ustensile. Et sans doutent évoqueraient-ils le nécessaire humour qui peut pimenter la publicité. Encore faut-il savoir doser pour ne pas devenir immangeable. Comme avec cette autre affiche gouvernementale qui parle de la « fin des haricots » pour inciter à manger « plus de légumes et de céréales complètes ».

A demain

1 La « mer à boire » ? On en trouverait la première trace chez La Fontaine dans sa fable « Les deux chiens et l’âne mort » :

« (…) L’homme est ainsi bâti : quand un sujet l’enflamme,
L’impossibilité disparaît à son âme.
Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas,
S’outrant pour acquérir des biens ou de la gloire !
Si j’arrondissais mes états !
Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !
Si j’apprenais l’hébreu, les sciences, l’histoire !
Tout cela, c’est la mer à boire ;
Mais rien à l’homme ne suffit. (…)»

4 réflexions sur “L’alcool et la mer à boire : l’absurdité radicale d’une publicité gouvernementale

  1. Il me semble cher Jean-Yves que vous confondez REDUIRE et ARRETER dans votre empressement à dénoncer-ce-jour. L’objectif de cette communication est de REDUIRE LE RISQUE ALCOOL en levant le pied sur sa consommation d’alcool, PAS SE SEVRER; elle vise non pas prioritairement les ALCOOLODEPENDANTS mais les USAGERS A RISQUE qui en levant le pied tranquillement sur un ou deux verres par jour pourraient diminuer la morbi-mortalité de leur consommation, notamment par cancer. Mais si le message a échappé dans un tel contre-sens à un communiquant aussi affuté que vous, je vois de prime abord deux hypothèses : 1) L’agence qui a fait le visuel est nulle et vous devriez exiger comme vous le faites avec tant de talent, de régularité et d’opiniâtreté si bien réglée un méa-culpa immédiat (voire la démission !) du directeur de Santé Publique France ou de la Ministre de la Santé 2) Le concept de réduction de risque alcool reste en France, définitivement impénétrable et là …. c’est vraiment L’AMER A BOIRE. A demain ?

    • Cher Philippe
      Merci pour cette lecture avisée autant que critique. Deux points.

      1 Bien évidemment cette publicité gouvernementale ne vise pas prioritairement les malades alcoolo-dépendants. Mais elle les vise aussi, eux qui (vous le savez mieux que personne) ne peuvent précisément pas, tranquillement, « lever le pied » dans la course folle où ils sont engagés. Quelle lecture feront-ils de ce slogan publicitaire ? Pourquoi ce jeu de mot sur un sujet aussi douloureux ? Quel intérêt à faire mal à ceux qui souffrent de boire ?

      2 Le journaliste (et non pas, pitié, le « communicant ») n’a aucune légitimité pour exiger un mea culpa républicain des hauts responsables sanitaires que vous citez. Quant à leur démission… Mieux vaut, me semble-t-il, les placer régulièrement devant leurs responsabilités – et observer que, gouvernement après gouvernement, une politique de réduction du risque alcool demeure, en France, matière à désespérance. De ce point de vue la publicité n’est qu’amère cautère sur jambes de bois.

      A demain.

  2. A tenter de boire l’eau de la mer, on peut faire fausse route ? La politique de communication de l’Inca et leur cible est justement de faire prendre conscience à une femme qui boit dix verres par semaine et augmente son risque de cancer du sein, qu’elle ne pourrait, par un « petit effort » n’en boire que huit et éliminer ou considérablement réduire ce risque. Elle s’adresse à un homme qui en boit 20 hebdomadairement la possibilité non douloureuse de n’en boire que dix-huit et échapper au cancer du colon. C’est vous me semble t il qui dramatisez le sujet sur des schémas pathos obsolètes. Un peu de légèreté par un slogan décaler m’apparait au contraire augmenter son efficacité. Pardon pour l’insulte de communicant mais vous qui êtes un si bon « passeur », un talentueux relai des infos santé, votre critique brule le cautère plutôt que la jambe de bois. Une occasion d’après-moi manqué de faire progresser cette imparfaite mais existante illustration de la RDR alcool. Pour le réa-culpa, je vais commencer par moi; souvent int erroné dans les média sur les changements de paradigmes actuels sur l’alcool, je n’ai, dans le format qui m’était proposé jamais réussi à trouver les bons mots pour faire entendre. cette notion de RDR alcool tant elle est submergée par le pathos de l’alcoolodépendance qui confine la représentation des dangers de l’alcool.

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