Désert médical et capitale : quand les infirmiers remplaceront les médecins de l’AP-HP

Bonjour

25 septembre 2017. La République En Marche n’est pas entrée au Sénat et, déjà, les déserts médicaux ont atteint la capitale. Pire, ses bastions hospitaliers jusqu’ici inexpugnables seraient touchés. Un symptôme : la toute dernière commission médicale d’établissement de l’AP-HP début septembre. L’affaire vient d’être traitée par le site Medscape à la lumière des informations des Échos qui avaient « vendu la mèche ».

Que faire pour contrer des déserts menaçants de part et d’autre de la Seine parisienne ? Comment pallier les sous-effectifs médicaux quand on ne peut les augmenter ? Les solutions envisagées sont de nature à décoiffer. Il s’agit, ni plus ni moins, que de multiplier par dix, puis par vingt, le nombre de soignants impliqués dans des « pratiques avancées » : des infirmiers habilités à pratiquer certains actes médicaux. On entend, déjà, la polémique.

Oïkeiosis

On compte, actuellement à l’AP-HP, 45 soignants en « pratiques avancées ». L’objectif est désormais de faire passer au plus vite ce nombre à 500 – puis à 1000 d’ici fin 2019. Contacté par Medscape édition française, l’AP-HP a confirmé les informations des Échos – mais « sans vouloir toutefois dévoiler les contours du projet de transformation élaboré par le premier CHU de France » ; Un projet joliment baptisé Oïkeiosis 1. Un projet radicalement contesté par la CGT :

« Les Directeurs de l’AP-HP se sont autorisés à penser au cours d’un séminaire au mois de juillet. Il en résulte un plan stratégique d’ensemble visant à désintégrer encore plus l’APHP (…) Encore un pas de plus dans la mobilité débridée contrariant la vie privée des agents ! Pour les agents hospitaliers ou les AEQ, une formation sera obligatoire pour leur imposer une orientation vers un « nouveau métier » (sic) (…) OIKEIOSIS est un nom grec et un concept stoïcien d’appropriation, passant par l’acceptation de la destruction de tout ce qui contrarie une communauté. » 

Soins « low cost »

Certains parlent déjà de directions hospitalières organisant des soins « low cost ». Plus généralement les syndicats infirmiers sont plus que réservés. « Nous sommes hostiles au transfert d’actes quand il s’agit d’un simple glissement de tâches, avec une formation théorique de 25 heures sans validation », a déclaré Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers, aux Échos. Ce syndicat dit attendre le décret sur « l’infirmier en pratique avancée », défini par la loi de santé (qui réclamerait un niveau « master »). Ce décret précisera notamment les domaines d’intervention, les actes techniques et les actes de surveillance clinique et les prescriptions de produits de santé.

« Délégation de tâches » ? Elle a, rappelle Medscape, été définie par la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) – dite Loi Bachelot, en 2009. Mais les procédures sont lourdes et la fluidification des rouages reste à faire. A la pointe du nouveau progrès la direction de l’AP-HP voudrait que les choses avancent au plus vite. Et pour susciter des vocations chez les infirmiers elle souhaiterait qu’un texte réglementaire autorise une meilleure rémunération des tâches supplémentaires.

A demain

 1 Oïkéiosis (en grec ancien οἰκείωσις) est un concept par lequel l’être vivant s’appartiendrait. Que l’être s’appartient signifie qu’il ne passerait pas à côté de lui-même, et « saisirait son être comme le sien propre »1. On le traduit par « apparentement » ou encore « appropriation ».

Une réflexion sur “Désert médical et capitale : quand les infirmiers remplaceront les médecins de l’AP-HP

  1. Bonjour,

    Ce type de pratique existe déjà et, poussée à l’extrême, elle est assez contre-productive, comme j’ai pu le constater dans un service d’un grand hôpital de Nice. Des examens et des analyses sont entièrement délégués à des infirmières, auxquelles on demande de poser le diagnostic de la maladie et de prendre des décisions au fur et à mesure de l’avancée des analyses, sans la moindre validation d’un médecin, et sans qu’elles aient les connaissances nécessaires pour le faire, ni l’expérience car le turn over dans le service concerné est énorme. Il parait que cela fonctionne bien dans 80% des cas, mais dans les 20% qui restent on va dans le mur et on doit aller tout refaire dans un hôpital qui utilise encore les services d’un médecin, ce qui engendre des coûts supplémentaires importants, sans parler du retard de la prise en charge de la maladie mal évaluée. A une époque où les délais pour obtenir des rendez-vous sont très longs, la perte de temps peut-être considérable (huit mois dans le cas auquel je fais référence), avec entre temps des passages aux urgences qui auraient pu être évités si les examens avaient été correctement réalisés dès la première fois.

    A vouloir faire des économies, on dépense finalement beaucoup plus et les services médicaux s’en trouvent encore plus encombrés. Dans le cas auquel je fais référence, sans qu’il y ait en permanence un médecin présent dans le service, il suffirait de prévoir la possibilité pour les infirmières de recourir à l’aide d’un médecin pour les cas plus compliqués, plutôt que de les laisser improviser complètement et tout laisser tomber en cours de route, sans prévenir personne, lorsque le cas qu’elles ont sous les yeux ne rentre pas dans les cases qu’on leur a définies.

    Cette affaire remonte à juin 2016. On doit donc comprendre que cet hôpital est un précurseur dans le domaine, mais que la formation du personnel infirmier n’a pas été faite en conséquence. En gros, ils ont mis la charrue avant les bœufs, par souci d’économie sans doute. Curieusement, l’hôpital qui a ce type de pratique est aussi celui dans lequel la journée d’hospitalisation est facturée le plus cher de tout le département des Alpes Maritimes!

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