Levothyrox : à quand une perquisition dans les tiroirs de l’Agence du Médicament ?

Bonjour

Agence France Presse : « une perquisition était en cours, mardi 3 octobre, au siège français du laboratoire allemand Merck, à Lyon, qui fabrique le Levothyrox, ce médicament pour la thyroïde dont la nouvelle formule fait l’objet de plaintes concernant de lourds effets secondaires, a fait savoir une source proche de l’enquête, confirmant une information du quotidien régional Le Progrès. Merck a confirmé que la perquisition était actuellement en cours à son siège lyonnais, assurant que celle-ci était ‘’attendue’’ et que le laboratoire y collaborait ‘’activement’’. »

Rien n’est plus beau que la vérité sinon une perquisition attendue pour ne pas dire souhaitée.

« La vie d’autrui »

A Lyon, ce 3 octobre, la perquisition est menée depuis 9 heures par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique – et ce dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour « tromperie aggravée, atteintes involontaires à l’intégrité physique et mise en danger de la vie d’autrui ». On comptait déjà, fin septembre, 62 plaintes déposées et confiées au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille. Jusqu’où montera la vague des plaintes ?

Pour l’heure ces investigations sont réalisées « sous la tutelle de deux magistrats de Marseille dans les trois établissements du siège de Merck situés à Lyon et dans sa banlieue », a précisé le procureur de Marseille Xavier Tarabeux. Précision : aucune audition ou garde à vue ne sont encore prévues. Question: Jusqu’à quels tiroirs les investigations iront-elles ? Jusqu’à quelles mémoires ? Le pouvoir exécutif sera-t-il effleuré ? Inquiété ? L’ouverture de tous les tiroirs permettra-t-elle, un jour, de dire la vérité ?

A demain

 

4 réflexions sur “Levothyrox : à quand une perquisition dans les tiroirs de l’Agence du Médicament ?

  1. C’est beau toute cette agitation… Je peux donner mon avis ? je connais un peu le sujet. La thyroxine, principe actif du Levothyrox°, est très liée aux protéines plasmatiques, à 99,97% ( !!). Cette liaison est, pour la partie spécifique de forte affinité, saturable (faible capacité de la Thyroxin Binding Globulin). Dans ces conditions, la concentration intéressante pour juger de la bioéquivalence est la concentration libre de thyroxine, celle non liée aux protéines, seule biologiquement active. Les concentrations totales n’ont pas grand sens dans ce contexte, les variations de la concentration totale ne sont pas proportionelles à celles de la concentration libre, qui varie de façon plus importante (les protéines de liaison se saturent) et cela met en défaut les critères classiques de bioéquivalence. En outre, la partie la plus intéressante est probablement en début d’administration (disons dans les 12 premières heures à vue de nez), parce que la partie « libre » de la thyroxine plasmatique est rapidement éliminée, la queue de courbe (où la décroissance exponentielle est plus que douteuse) apporte surtout du bruit de fond. Or, les études publiées ne s’intéressent qu’aux concentrations totales. Il est en outre frappant de constater que l’on a étudié la bioéquivalence chez plus de DEUX CENTS volontaires, ce qui montre bien le peu de confiance que l’on avait en la pertinence des mesures effectuées. Donc, on mesure une quantité non pertinente et on augmente le nombre de sujets pour obtenir un intervalle de confiance étroit, et voià youpi la bioéquivalence sort du chapeau !
    Il eût été bien plus malin de faire l’effort de doser correctement (ou estimer à partir d’études de liaison) la thyroxine libre chez un plus petit nombre de sujets (par exemple, 24…). Cela n’aurait pas coûté plus cher que cette gabegie de volontaires et on aurait eu des résultats interprétables.
    Autre insuffisance : la concentration de base au début de l’administration, qui est ensuite soustraite des concentrations ultérieures pour calculer l’augmentation de T4 « due à l’administration du médicament », n’est mesurée qu’une fois. Il est de bonne pratique de faire au moins trois mesures de la ligne de base dans ce cas de figure. Vu la qualité scientifique du reste de l’étude, ça ne fait qu’un peu de bruit de fond de plus, c’est pas grave…
    L’autre étude, de « dose-proportionnalité », souffre des mêmes défauts.
    En résumé, les études, bien que fort coûteuses, sont à peu près dénuées d’information. On ne sait plus où on en est, avec panique à bord, rustines pharmaceutiques, pharmaciens, médecins et malades ne sachant plus à quel saint se vouer, menaces judiciaires et politiques, …
    Quel gâchis là où un peu de réflexion et d’investissement préalables auraient pu gérer convenablement ce qui devait être une amélioration de la formulation !
    Piste pour avancer : Peut-être devrait-on s’intéresser aux courbes de dissolution (dans des conditions adéquates, y compris simulation de tube digestif) des comprimés anciens et nouveaux, c’est une donnée relativement facile à obtenir sur laquelle on pourrait s’appuyer pour décider quoi faire de cette nouvelle formulation, dont on ne sait pas encore comment elle se comporte, en fait, malgré les lourdes chères mauvaises études cliniques réalisées. On peut penser que nos experts nationaux et les scientifiques de chez Merck ont déjà dû faire cette démarche.
    Voilà c’est juste mon avis mais je le partage volontiers, comme on dit…

  2. La question résultant de cette explication est :
    > Qui avait intérêt à tronquer l’étude clinique ?
    Spontanément, je ne pense pas d’abord à Merck qui vivait très bien avec l’ancienne formule …
    Je ne peux pas croire que les services de pharmco-cinétique et de biostatistique de Merck n’avaient pas conscience (ne savaient pas) les aspects mentionnés ci-dessus.

    • Je ne pense pas qu’il y ait eu de la part de Merck volonté de mal faire, ou d’économiser la dépense : les études cliniques réalisées ont coûté très cher. Il faut y ajouter des années de développement de la nouvelle formule, de tests pour s’assurer de la stabilité et de la possibilité de fabrication à l’échelle voulue, etc. Modifier la formulation pharmaceutique d’une hormone aussi sensible que la thyroxine n’est pas un problème simple, contrairement aux apparences, notamment du fait des éléments que j’ai évoquée dans mon commentaire. Je ne pense pas non plus que Merck gagne beaucoup d’argent avec le Levothyrox, hormone naturelle sur le marché depuis des décennies, dont le prix de vente en pharmacie est très bas, et donc celui payé au fabricant encore plus bas. Si j’ai bien compris les informations qui ont filtré, le laboratoire a essayé de résoudre un problème de stabilité qui se posait avec l’ancienne formule. En ce sens, Merck a bien joué son rôle d’acteur responsable de santé publique, même si le résultat n’a pas, semble-t-il, été à la hauteur des attentes légitimes des médecins et des patients. Merck a certainement dépensé beaucoup d’argent en bonne foi pour réaliser cette substitution, pour se retrouver en fin de compte avec une histoire diabolique sur les bras. Il se trouve simplement que le problème biologique à résoudre n’est pas du tout facile, ni conceptuellement, ni techniquement. Je ne crois pas qu’il faille jeter la pierre à Merck, et je regrette si ma réflexion précédente a pu être interprétée dans ce sens.

  3. Michel,
    je n’ai pas interprété votre premier message comme une « accusation » de Merck, bien au contraire.
    Mon regard se dirigeait (se dirige) plus en direction des évaluateurs.
    J’ai bien conscience que pour l’instant Merck fait les frais d’une aventure qu’il n’a pas lui même initiée tout en en ayant porté les coûts industriels et maintenant la perte (provisoire) d’une bonne image auprès des patients.
    Ce que je regrette surtout pour toutes les questions liées à l’industrie pharmaceutique et aux médicaments, c’est l’absence d’information de la part des journalistes qui répètent les récriminations et les reproches des patients sans jamais se donner la peine de les mettre en perspective.
    Il a été répété pendant plusieurs semaines que le changement de formule était d’abord « une affaire de profits » ; ce qui est faux, car les coûts engagés sont pour l’instant beaucoup plus élevés que ce que la marge nette sur chaque boite permet de couvrir.
    Même s’il y a parfois des comportements détestables, la grande majorité des salariés de l’industrie pharmaceutique s’efforce d’abord de faire correctement et honnêtement son travail.

    En revanche, comme je l’ai mentionné, il y a quelques jours, dans un autre commentaire sur ce blog, la véritable question que pose le cas du Lévothyrox est la réelle bio-équivalence des génériques.
    Si l’Agence est sincère, elle se doit de réfléchir à cette question et peut-être de revoir l’évaluation de certains génériques ! … Quoiqu’il en coûte en termes de politique …

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