Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ?

 

Bonjour

Ne rien changer en dépit des vents mauvais : une campagne lancée sur sept chaînes de télévision, via des dépliants, des affiches, une vidéo de sensibilisation dans les caisses d’assurance-maladie- sans parler des réseaux sociaux, avec « une page Facebook dédiée ».

Pourquoi changer ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient, marronnier sanitaire, de couper le ruban : vaccination contre la grippe saisonnière 2017-2018 ; 12 millions de personnes à risque sont invitées à se faire vacciner – 500 000 de plus que l’an dernier. Et Mme Buzyn d’insister sur la « nécessaire mobilisation des professionnels de santé en la matière ». Et la ministre, 54 ans, de se faire publiquement vacciner au « Kiosque » prévu à cet effet dans le cadre des éternels « Entretiens de Bichat ». « Il faut que l’on montre l’exemple. Je pense que c’est très important d’offrir ici cette possibilité, a-t-elle alors déclaré. Cela nous permet à tous très facilement de nous conformer aux recommandations, de nous protéger et de protéger les patients. »

Ne rien changer. Le Dr Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité « Infections respiratoires et vaccination » (Santé publique France) :  « En 2016-2017, l’épidémie de grippe a été précoce (depuis début décembre jusqu’à début février), et si elle a été modérée en médecine ambulatoire (1,9 million de consultations), elle était caractérisée par le virus A H3N2, particulièrement agressif pour les personnes âgées et porteuses de maladies chroniques ».  Au total 40 000 passages aux urgences pour grippe – dont 6 400 hospitalisations et 1 479 cas graves. Parmi ces cas graves, 92 % avaient plus de 65 ans ou souffraient d’une maladie chronique. Les décès liés à la grippe sont estimés à 14 400, dont 91 % chez des plus de 75 ans. Une fatalité ?

Couverture vaccinale en baisse

S’interroger ? Le Dr Lévy-Bruhl a rappelé que si l’an dernier, l’efficacité du vaccin était de 38 % (et même de 26 % chez les sujets à risque), les cas les plus graves sont aussi ceux qui ne sont pas vaccinés. Et le Pr Olivier Lyon-Caen, jadis au Palais de l’Elysée, devenu médecin-conseil de la CNAM d’ajouter : «Le taux de couverture vaccinale était en légère baisse l’an dernier (de 0,9 point par rapport à 2015), s’élevant à 47,4 %. Ces chiffres varient de 56 % chez les 70 ans et plus à 36 % et 37 % respectivement chez les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes de 65 à 69 ans ».

Changer ?  Agnès Buzyn : « J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux ». Où l’on entend la ministre invoquer un concept, celui d’exemplarité, qu’elle n’utilise pas lorsqu’elle décide des onze obligations vaccinales pédiatriques. Pourquoi ?  « Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. » 

La ministre « souhaite » que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Pourquoi ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier dernier, par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé 1.  Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux au sein des populations les plus fragiles.

Contraindre pour convaincre

Or l’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B.

Voici le cadre officiel : « Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.

Pendant cinq ans Marisol Touraine n’a pas jugé bon d’abroger ce décret ? Qu’attend, aujourd’hui, celle qui lui a succédé ?

A demain

1 Sur ce thème: «  http://www.slate.fr/story/134189/grippe-obliger-soignants-vacciner »Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

6 réflexions sur “Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ?

  1. 1479 cas graves… et 14 400 décès. Dix fois plus.
    Cherchez l’erreur.
    Au moins celle de Communication.!
    Pas très malins, à SPF: ils cherchent vraiment à convaincre des bienfaits de la vaccination, avec des « raccourcis » de ce genre ?

    • il faut apprendre à lire….ces deux chiffres ne sont pas en relation l’un avec l’autre mais deux chiffres distincts:

      – les cas graves cités sont les cas graves liés à une hospit consécutive à un passage aux urgences.
      – les décès cités sont les décès liés à la grippe de façon générale.

  2. Hello Jean-Yves, Le lien sur Slate ne fonctionne pas

    1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner  » Slate.fr, 12 janvier 2017

    Cordialement Pat

    Patrick Favrel Consultant RDR Responsable Communication & administrateur Safe patrick.favrel@gmail.com 06 14 81 33 74

    >

  3. Il faudrait communiquer sur les preuves de l’efficacité de cette vaccination des soignants pour protéger outre iceulx (et icelles) , les soignés.

    MAis il y a un hic. Ou un os.

    Il n’y a pas de bonnes études.

    La méta-analyse par la « renommée » (attention ici je fais comme les autres, argument d’autorité ou eminence based medicine) fondation Cochrane met en question le bien-fondé de cette politique
    Recherchez avec un moteur internet « vaccination antigrippale des professionnels de santé », vous tomberez sur cette analyse (toutes les analyses sur la vaccination antigrippale de Cochrane sont du même tonneau (perçé) .

    Ca ne m’empêche pas de me vacciner tous les ans depuis plus d’un lustre mais par pure foi superstitieuse et sens du devoir. Ouaip.

    « Conclusions des auteurs :

    Les résultats de notre revue n’ont pas identifié de preuves concluantes d’un bénéfice des programmes de vaccination des PS (personnels de santé) sur les critères de jugement spécifiques de la grippe confirmée en laboratoire, de ses complications (l’infection des voies respiratoires inférieures, l’hospitalisation ou le décès dû à une maladie des voies respiratoires inférieures), ou de la mortalité toutes causes confondues chez les personnes de plus de 60 ans qui vivent dans des établissements de soins. Cette revue n’a trouvé aucune information concernant d’autres interventions qui peuvent être coordonnées avec la vaccination des travailleurs de santé : le lavage des mains, le port de masques faciaux, la détection précoce de la grippe confirmée en laboratoire, la quarantaine, le report des admissions, les antiviraux et la recommandation aux professionnels de santé avec la grippe ou un syndrome d’allure grippale (SAG) de ne pas venir au travail. Cette revue ne fournit pas de preuves raisonnables pour soutenir la vaccination des professionnels de santé pour prévenir la grippe chez les personnes âgées de 60 ans ou plus résidant dans des ESLD. Des ECR de bonne qualité sont nécessaires pour éviter les risques de biais méthodologiques identifiés dans cette revue et pour tester ces interventions en combinaison. »

    Attention:
    L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence sauf si il y avait de bonnes études montrant l’absence d’effet. Ici les études qui ne permettent pas de mettre un bénéfice en évidence ne sont pas de qualité. Donc il y a espoir.

    Mais on nous bourre le mou quand même. Pas honnête. On est capable de comprendre un raisonnement complexe et scientifique nous les médecins, normalement.

  4. Et bien , nous verrons si les médecins partisans de la vaccination obligatoire chez les enfants s’appliqueront leurs préceptes….puisque Mme Buzyn le leur demande avec les mêmes arguments…juste avant de leur imposer…

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