Douleurs : soigner, aussi, celles qui font que les patients « ressentent l’envie de mourir »

 

Bonjour

Nul religieux ne revendique plus le caractère rédempteur de la douleur. Pour autant le combat est loin d’être gagné. La Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD) vient de publier un document médical et politique que l’on peut tenir pour essentiel : le « Livre blanc de la douleur 2017 ».

« La douleur est un défi majeur pour le système de santé du 21e siècle, un défi pour notre démocratie sanitaire, peut-on lire en introduction. Ce livre blanc veut montrer la réalité de la douleur en France, les forces, les faiblesses de la prise en charge, de la formation et de la recherche, pour proposer les améliorations qui s’imposent. »

« La douleur est universelle, elle peut toucher chacun d’entre nous, quel que soit notre âge, notre condition, notre état de santé. En santé, elle est transversale, les défis qu’elle soulève sont emblématiques et concernent l’ensemble du système de santé, mais aussi de l’enseignement et de la formation, de la protection sociale ou de l’organisation du travail. »

Qui sait qu’au moins 12 millions de Français souffrent de douleurs chroniques mais que 70% d’entre eux ne reçoivent pas un traitement approprié pour leur douleur ? Que la douleur constitue le premier motif de consultation, dans les services d’urgences et chez le médecin généraliste ? Qu’elle touche en particulier les populations les plus vulnérables, notamment les personnes à des âges avancés ? Que moins de 3 % des « patients douloureux » bénéficient d’une prise en charge dans un des centres spécialisés (lesquels manquent cruellement de moyens) ?

« Si rien n’est fait, au moins 30 % de ces structures disparaîtront au cours des trois prochaines années » préviennent les auteurs. Quel directeur d’hôpital, quelle ARS, quel ministre, quel Président s’en soucie ?

Séduire ceux qui nous gouvernent

Qui sait que plus de 60 % des patients admis aux urgences ont une douleur modérée à sévère et que moins de la moitié reçoit un traitement antalgique à l’admission ? Que les douleurs du cancer restent encore insuffisamment traitées et qu’il existe encore des réticences à utiliser les médicaments morphiniques dans ce domaine ? Que les douleurs aiguës, trop souvent peu ou mal prises en charge, font le lit de la douleur chronique, laquelle devrait enfin être reconnue comme une maladie à part entière ? Que près de 20 % des patients opérés gardent des séquelles douloureuses après une opération chirurgicale ?

Et faudrait-il, pour séduire ceux qui nous gouvernent, ajouter que c’est là un enjeu économique puisque la douleur chronique, en particulier post-chirurgicale, induit une forte consommation de soins ainsi qu’un important absentéisme professionnel ? On lira les déclinaisons de tout cela dans ce « Livre blanc ». Avec cette conclusion des auteurs pour qui la bonne prise en charge d’une douleur qui n’est plus rédemptrice est une obligation éthique :

« C’est, enfin, un enjeu moral car la douleur est aussi synonyme de souffrance, qu’elle soit psychique, sociale, et existentielle : près d’un patient douloureux sur trois estime que la douleur est parfois tellement forte qu’il ressent l’envie de mourir. »

A demain

 

Une réflexion sur “Douleurs : soigner, aussi, celles qui font que les patients « ressentent l’envie de mourir »

  1. Bonsoir je me permets de réagir. …. en tant que patiente atteinte d’une pathologie lourde, orpheline, évolutive, composée d’une foule de pathologies elles mêmes déjà lourdes, mais pas de lien fait pour l’instant. En un mot, c’est chrono phage pour le médecin, d’ailleurs ils me lâchent les uns après les autres, malgré la gravité, et pour moi c’est l’enfer, j’ai 41 ans et je vis seule avec mes enfants. La douleur est un combat inhumain. Je suis capable d’entendre que peut être ma maladie n’aura jamais de nom, je peux comprendre les tâtonnements pour les traitements. Je ne peux pas admettre les remises en question permanentes de ma parole dès qu’il s’agit de douleur, la solitude dans laquelle je suis pour la gérer, et pourtant il y a un algologue dans « là boucle »….. personne ne veut prendre la responsabilité de soulager, moi je peux passer des nuits à pleurer de douleur et des heures à tenter de dérouiller ces articulations qui m’échappent, je suis seule. Je suis seule pour bricoler la décision de prendre des corticoides, ou des AINS alors que je suis sous Xarelto. Pourquoi? Parce que c’est quoi ma vie de douleur, cette vie que personne n’entend et qui dérange tant car on ne comprend pas encore…. je revendique juste qu’on tente quelque chose, qu’on m’écoute, qu’on prenne la peine de me dire ok on ne sait pas tout mais on va se battre avec vous. Parce que seule, un jour, ça finit par être trop lourd, en plus de tout le reste des contraintes de la maladie. Et je comprends que ce trop lourd donne des ailes…..

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