Iniquité : les établissements hospitaliers français bientôt classés selon leurs taux de mortalité

 

Bonjour

La belle transparence a ses méchantes outrances. Pour certains beaux esprits il faudrait ainsi, « pour juger de la qualité des soins en France », publier dare-dare les taux de mortalité de chaque établissement de santé. On voit d’emblée la limite de l’exercice : comment oser comparer des taux de mortalité d’hôpitaux et de cliniques prenant en charge des patients dans des états graves avec des établissements ne prenant aucun risque ? Comment prévenir la perversité d’une telle entreprise ?

La Haute Autorité de Santé (HAS) a, ici, relevé le défi 1. « Après analyse de la littérature et des expériences internationales » la voici qui propose aujourd’hui une méthode pour aboutir à des indicateurs fiables et pertinents. Il suffisait pour cela d’un peu d’imagination et, in fine, « mesurer la mortalité par pathologie ou par acte réalisé, communiquer les résultats aux établissements puis dans un second temps au grand public ».

Prolégomènes et truismes

Les prolégomènes statistiques ne varient pas : comme pour les autres indicateurs recueillis par la HAS, l’élaboration d’indicateurs de mortalité doit « permettre aux établissements de santé de s’auto-évaluer, de se comparer et d’améliorer leurs pratiques ». Ces indicateurs doivent aussi également « permettre à terme à chaque citoyen de disposer d’une information fiable, compréhensible et utile sur la qualité et la sécurité des soins dans les hôpitaux et cliniques en France ». Mêmes prolégomènes et truismes en cascade :

« Un fort taux de mortalité ne signifie pas nécessairement une mauvaise qualité des soins, certains décès ne sont pas évitables, la gravité de l’état des patients pris en charge et la complexité des actes réalisés varient beaucoup d’un établissement à l’autre. En outre, les bases de données médico-administratives sont les seules sources disponibles à ce jour pour calculer des taux de mortalité mais elles ne sont pas totalement adaptées. »

Perversité en cascade

Dès lors, que faire ? Pour la HAS « il paraîtrait logique de prendre en compte tous les décès survenus dans chaque hôpital ou clinique ». Erreur dit-elle aussitôt.

« Tout d’abord, un taux de mortalité global par établissement n’est pas forcément un indicateur adapté pour les comparer entre eux, car ils ne prennent pas en charge les mêmes types de patients et ne réalisent pas les mêmes actes. D’autre part, si on ne comptabilise que les décès qui ont lieu au sein des hôpitaux ou cliniques, les taux de mortalité risquent d’être sous-estimés car ils ne prendront pas en compte ceux survenus après la sortie (notamment dans le cas des établissements ayant une politique de sortie précoce de leurs patients).

Les expériences étrangères (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Allemagne) montrent, toujours selon la HAS, que la publication d’indicateurs de mortalité (et/ou leur utilisation dans des programmes d’incitations financières) pouvaient amener certains établissements à modifier leurs pratiques afin d’obtenir, en apparence, de meilleurs résultats de mortalité. Où l’on retrouve la perversité. Ainsi certains établissements de santé refusent-ils l’admission des patients les plus à risque de décès (ou les transfèrent après les avoir admis vers d’autres établissements si leur état se dégradent). D’autres (ou les mêmes) modifient leurs habitudes de codage dans les bases médico-administratives servant au calcul des taux de mortalité.

Infarctus du myocarde pour commencer

Que faire ? La HAS a tranché : elle « opte pour des taux de mortalité par pathologie ou par acte (chirurgie, geste invasif, obstétrique) ». Et elle s’explique :

« Même s’ils ciblent moins de décès, ces taux de mortalité spécifiques permettent de comparer les établissements sur des situations cliniques similaires et de suivre l’évolution de la qualité des soins au cours du temps. Ils pourront être recueillis pour des pathologies et des actes à risque, qui concernent beaucoup de patients et génèrent un grand nombre de décès. A l’étranger, des taux ont ainsi été calculés pour des pathologies comme l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque, la pneumonie ou des actes de chirurgie cardiaque ou digestive. »

Tout, désormais, va se précipiter : la HAS (en partenariat avec l’assurance maladie) se lancera dès 2018 dans le recueil des données sur l’infarctus du myocarde. Objectif : production d’un indicateur de mortalité par établissement. Ces indicateurs seront, dans une première phase, communiqués exclusivement aux établissements de santé. Puis ils seront, dans un second temps, diffusés auprès du grand public. La transparence a ses outrances.

A demain

1 Pour en savoir plus : le communiqué de presse en ligne  (et le rapport complet) de la HAS.

Une réflexion sur “Iniquité : les établissements hospitaliers français bientôt classés selon leurs taux de mortalité

  1. L’enfer est pavé de bonnes intentions.
    Encore faut il prévoir les effets pervers (Law of unintended consequences).

    C’est comme supprimer la rémunération des hôpitaux à l’activité / à l’acte.
    Si les hostos courent après les sous de la sécu en optimisant (quatorze euphémismes) le codage, en essayant de faire plus d’actes, c’est parce qu’ils n’ont plus le sou !
    Il y a comme dans toutes les grosses boites des emplois quasi fictifs ,mais l’hôpital vit dans la dèche.

    Si on supprime cette rémunération proportionnelle il est prévisible que ce sera encore moins de sous pour l’hosto.
    Super.
    Et fermons des lits surtout en gériatrie (les vieux, malades, déversés aux urgences) ! Y’en a pas b’soin! C’t’une question d’organisation! On a connu le « faites, mieux, à moyens constants » et main’nantfaut faire mieux avec moins. Fastoche.
    Etonnez-vous des choix des étudiants comme spécialité à l’internat.

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