Harcèlement sexuel à l’hôpital : faut-il dynamiter les fresques obscènes des salles de garde ?

Bonjour

La « libération de la parole » jusqu’au religieux effacement des images ? Où situer la nouvelle frontière entre le respect des personnes et une tartuferie de piètre qualité ? Comment ne pas mal étreindre en voulant trop embrasser ? Trois questions soulevées par les deux récentes et symptomatiques sorties médiatiques (sur France Inter puis dans Le Monde) de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Il y explique, pour résumer, que « de vieilles traditions ne sont plus tolérables ». Des traditions furent (trop) longtemps tolérées ? Lesquelles ? En écho des propos directoriaux, ceux de la ministre-médecin Agnès Buzyn, dénonçant les anciens comportements très déplacés dont elle avait fait l’objet à l’AP-HP (des « chefs de service l’invitant à s’asseoir sur leurs genoux »).

Que nous dit Martin Hirsch ? Que sa « grande maison » (39 hôpitaux, près de 100 000 salariés) n’est pas indemne de « harcèlement sexuel ».

« Cette réalité est impossible à nier, mais difficile à mesurer. Impossible à nier parce qu’il faudrait être sourd pour ne pas entendre des multitudes d’histoires, parfois racontées comme des anecdotes, lorsqu’on demande à une femme si elle a été confrontée dans sa carrière à une situation inappropriée, inacceptable. Difficile à mesurer, parce que, quand on regarde rétrospectivement les comportements qui ont été signalés et caractérisés pour donner lieu à procédure disciplinaire ou plainte, ils sont peu nombreux : moins d’une dizaine par an. »

Antiques conseils de discipline

L’hôpital, ici, n’a rien de spécifique : « Pour la victime, il est délicat de dénoncer, de peur de conserver l’image de la victime ou de la dénonciatrice. Pour les collègues, il est préférable d’admonester entre quatre yeux que de signaler, de prendre le risque que cela vienne sur la place publique, ou d’avoir à trancher entre deux versions contradictoires, quand il n’y a pas de témoin ». Mais, en même temps, l’hôpital a ses traditions ; « de vieilles traditions présentées comme sympathiques ne sont plus tolérables » assène le directeur général qui, le cas échéant, convoque d’anciens « conseils de discipline ».

« L’administration que je dirige n’est pas inerte face aux plaintes » assure-t-il, tout en laissant entendre que cette administration hospitalière n’est, elle, nullement touchée par ce phénomène. Ce dernier ne serait que l’apanage de la sphère médicale et soignante ? Et faudrait-il dissocier le harcèlement sexuel du harcèlement moral qui peut prévaloir à l’hôpital ?

« L’hôpital est un lieu particulièrement exposé pour des raisons cumulatives, dont aucune ne peut être une excuse. Il y a ce stress de l’urgence et de la vie à sauver, il y a ces traditions de pouvoir et de domination, il y a le rapport au corps et à la science anatomique, il y a le travail de nuit, l’ambiance des gardes. On me signalait qu’il y a encore des vestiaires qui sont mixtes ! Il y a aussi, probablement, cette sorte de décalage lié à la réputation : il est difficile d’admettre qu’il puisse y avoir le mal chez des professionnels dont la vocation est de faire le bien. »

« Vieille culture carabine » et « blagues grivoises »

Et Martin Hirsch de faire le parallèle avec les accidents médicaux :

« C’est comme les accidents médicaux, les événements indésirables graves : ça se déclare, ça ne se planque pas. Nous avons réussi à faire augmenter très sensiblement le nombre de cas déclarés depuis trois ans pour ces événements, et cela nous renforce dans la qualité des soins. Nous devons réussir de même pour les agressions à caractère sexiste et cela nous renforcera dans la qualité du travail, et donc aussi des soins. »

 Tenter de mettre fin à ces « pratiques » ? Il faudra « agir à tous les niveaux ». Pa exemple « réunir les responsables des salles de garde pour que nos messages passent ». « Cela sera-t-il suffisant pour mettre fin à une vieille ‘’culture carabine’’ à base de blagues grivoises ? » demande Le Monde (François Béguin). Réponse du directeur général, qui n’est pas médecin :

« Une culture carabine, c’est savoir être drôle, savoir utiliser la dérision, mais pas abuser d’un pouvoir de domination. Nous aurons à trancher la question de savoir s’il faut ou non repeindre les salles de garde dont les fresques doivent être considérées comme un témoignage de pratiques révolues, pas comme une incitation à maintenir des traditions malsaines. »

Savoir être drôle… Ne pas, ne jamais, abuser d’un pouvoir de domination… Où l’on voit réémerger les fameuses fresques obscènes, grivoises, pornographiques des internats de médecine – celles qui firent scandale il y aura bientôt trois ans. Tout alors fut dit. Ou presque 1. Et voici que la même question resurgit : ces images-témoignages incitent-elles à la perpétuation de traditions malsaines ? Ripoliner prévient-il  les errements du passé ? De très vieux psychanalystes, spécialistes du palimpseste, en douteraient. Pourquoi ne pas dynamiter ?

A demain

1 Lire notamment : « ‘’J’étais une fresque’’, ou les obscénités condamnées d’une salle de garde d’internat » Journalisme et santé publique, 21 janvier 2015, et  « Fresques obscènes (suite) : seriez-vous plutôt médecin ou plutôt chirurgien ? »  Journalisme et santé publique du 22 janvier 2015

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