Champignons hallucinogènes : leurs chemins thérapeutiques dans les cerveaux dépressifs

Bonjour

D’abord ne pas s’automédiquer. Puis (re)lire Aldous Huxley en ouvrant « Les Portes de la perception » (1954). Et enfin découvrir ce papier de Medscape France : « Quand la psilocybine des champignons hallucinogènes ‘’reboote’’ le cerveau »  (Stéphanie Lavaud).

Psilocybine : principe actif de nombre de champignons hallucinogènes. Medscape nous rappelle que la recherche anglaise, et en particulier l’équipe menée par le Dr David Nutt (centre de psychiatrie, Imperial College London), a montré ces dernières années que cet alcaloïde de type indole avec un radical d’acide phosphorique est une voie possible d’un traitement potentiel de la dépression – comme d’autres molécules psychédéliques. Aujourd’hui l’équipe de l’Imperial College s’est attachée à comprendre comment la psilocybine agit au niveau cérébral pour entraîner des améliorations de l’humeur.

« C’est la première fois qu’il mène une étude d’imagerie, non pas sur des volontaires sains, mais sur 19 patients dépressifs dont 47% étaient comme ‘’re-bootés’’ le lendemain de la prise. De façon anecdotique, les chercheurs rapportent que les meilleurs « trip » étaient prédictifs de la réponse à 5 semaines. Malgré ces résultats enthousiasmants, les neurobiologistes mettent en garde contre l’automédication. »

Les 19 patients (âge moyen 42 ans) souffraient d’une dépression résistante aux traitements ; deux doses de psilocybine (10 mg et 25 mg) à une semaine d’intervalle. Tous ont bénéficié d’une IRM fonctionnelle initiale (avant tout traitement) et un jour après la deuxième dose (25 mg) ; imagerie utilisée pour mesurer le flux sanguin cérébral et pour évaluer la connectivité entre les différentes régions du cerveau. Les patients ont aussi rempli un questionnaire à 16 items pour évaluer leurs symptômes dépressifs, en début d’étude, au moment de l’imagerie et à 5 semaines pour évaluer les modifications sur le long terme.

« Douce euphorie »

« Quasi immédiatement après le traitement par psilocybine, les patients rapportent une diminution des symptômes dépressifs –les patients parlant même d’un effet ‘’afterglow’’ (une douce euphorie) pour décrire l’amélioration de l’humeur et la diminution de l’angoisse (…) Un effet qui s’est maintenu dans le temps (…)

L’imagerie fonctionnelle a montré des flux sanguins diminués dans des régions du cerveau, y compris l’amygdale, impliquées dans la gestion de la réponse émotionnelle, au stress et à la peur (…) Toujours par IRMf, les chercheurs se sont intéressés à la connectivité entre 4 régions cérébrales différentes que l’on sait être impliquées dans la dépression, à savoir le cortex cingulaire antérieur, cortex préfrontal ventromédian, l’amygdale bilatérale et la région de l’hippocampe. Ils ont observé une augmentation de la connectivité fonctionnelle des réseaux à l’état de repos après traitement par psilocybine. »

Ces résultats donnent un premier aperçu de ce qui se passe dans les cerveaux ainsi traités. Non, les hallucinogènes n’entraînent pas ipso facto une simple « désintégration » initiale des réseaux neuronaux (une dissolution de l’ego). Oui, les champignons psychédéliques peuvent aussi « réinitialiser » les réseaux associés à la dépression, permettant au patient de « sortir » de cet état.

Ne pas partir « en vrille »

On ne peut, ici, ne pas être marqué par les analogies faite avec le langage informatique – lointain écho des analogies de la psychanalyse avec celui de la thermodynamique. « Outre le fait d’avoir été comme ‘’ré-initialisé (reset)’’, certains ont évoqué l’impression d’avoir été défragmenté à la manière d’un disque dur, et d’autres ont dit avoir été ‘’re-booté’’, comme si la psilocybine avait permis à ces patients le ‘’redémarrage (kick-start)’’ dont ils avaient besoin pour se sortir de l’état dépressif » expliquent les chercheurs cités par Medscape ; qui rappelle que des effets similaires ont été mentionnés avec l’électroconvulsivothérapie.

Résultats prometteurs mais aussi des chercheurs qui mettent en garde les patients déprimés contre l’automédication, précisant qu’en dehors d’un contexte thérapeutique bien défini, l’expérience peut vite partir « en vrille ».

« Les Portes de la perception » ? Après une brève présentation des recherches autour de la mescaline, Huxley raconte qu’il en a consommé 0,4 grammes un beau jour de mai 1953. Il espérait ainsi pouvoir générer des visions hautement colorées. Puis il déchanta, sans vraiment déchanter. « L’hédonisme, écrit-il, est une philosophie insuffisante. Notre nature et le monde sont tels que, si nous faisons du bonheur notre but, nous n’atteindrons pas au bonheur.»

Il écrit aussi que la philosophie implicite  dans la publicité moderne est une forme spéciale de l’hédonisme. « Le bonheur, nous apprennent les auteurs de réclames, doit être poursuivi comme une fin en soi ; et il n’y a d’autre bonheur que celui qui vient de l’extérieur, comme résultat de l’acquisition de l’un des produits de la technologie en progrès. » (Re)voir Mad Men. (Re)lire Huxley. Ne pas s’automédiquer.

A demain

3 réflexions sur “Champignons hallucinogènes : leurs chemins thérapeutiques dans les cerveaux dépressifs

  1. je n’ai pas lu Aldous Huxley ,
    extrait wikipédia :
    Il vient d’une famille qui a vu naître de nombreux scientifiques de renom. Même s’il est plus connu comme romancier et essayiste, il a aussi écrit quelques nouvelles, de la poésie, des récits de voyage et des scénarios de film. Dans ses romans et ses essais, Huxley se pose en observateur critique des usages, des normes sociales et des idéaux, et se préoccupe des applications potentiellement nuisibles à l’humanité du progrès scientifique. Alors que ses premières œuvres étaient dominées par la défense d’un certain humanisme, il s’intéresse de plus en plus aux questions spirituelles, et particulièrement à la parapsychologie et à la philosophie mystique, un sujet sur lequel il a beaucoup écrit.

  2. Que dire à ceux qui, déprimés au long cours, n’ont trouvé que certaines substances illicites pour continuer à vouloir vivre sans devenir des légumes ? Ne pas s’automédiquer ? Accepter les pilules de Big Pharma ?

    PS : Mais je ne suis pas médecin.

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