Dans les anciens temps, plus longue était la consultation, moins le médecin gagnait d’argent

 

Bonjour

Toussaint 2017. A partir de demain une trentaine de consultations « complexes » ou « très complexes » vont être facturées 46 ou 60 euros en lieu et place des 25 euros de la consultation « de base ». Est-ce là une nouvelle « usine à gaz » comme (se) le demande Le Quotidien du Médecin ? Est-ce au contraire une adaptation raisonnable des cotations à la réalité des diverses pratiques médicales ? Est-ce la fin de la course à l’acte qui embolise bien trop souvent le quotidien des généralistes ?

Serait-ce, paradoxalement, une étape vers la fin du « paiement à l’acte », l’amorce d’une médecine qui, un jour, aura fait une croix sur l’hydre de la « capitation » ? Qui nous dira vers quelle médecine nous nous précipitons ?

Aujourd’hui les « hausses »  portent sur des consultations très spécifiques, qui « demandent du temps » aux médecins. On trouvera ici les explications d’ameli.fr :

« Les nouvelles consultations complexes, pour la plupart au tarif de 46 euros, correspondent à la prise en charge, dans le cadre du parcours de soins, de patients présentant une pathologie complexe ou instable ou à des situations cliniques à fort enjeu de santé publique (dépistage, prévention…). Les nouvelles consultations très complexes, au tarif de 60 euros dans la majorité des cas, correspondent à une prise en charge particulièrement difficile et complexe pour des situations cliniques et de prise en charge bien définies. La visite longue pour les patients atteints de maladie neurodégénérative (VL) a été intégrée dans la catégorie des consultations très complexes et son tarif porté à 60 euros. »

Et cet impayable jargon d’une administration qui ne touche plus terre :

« 27 nouveaux codes affinés » ont été définis dans la convention médicale. Pour des raisons de préservation du secret médical, ces codes, très signifiants sur la pathologie du patient, ne doivent pas être transmis à l’Assurance Maladie (obligatoire et complémentaire). Aussi « une évolution des logiciels des professionnels de santé est prévue » afin « qu’une transformation automatique soit réalisée lors de la facturation » : « le code affiné de la consultation complexe ou très complexe est transformé en un code agrégé, qui est inscrit sur la facture et traité dans les systèmes d’information de l’Assurance Maladie.

Les éditeurs ont reçu un avenant au cahier des charges Sesam-Vitale pour permettre cette évolution des logiciels. A ce jour, seul un nombre réduit d’éditeurs est « agréé ».

Les médecins dont les logiciels n’auraient pas bénéficié de cette évolution à la date de mise en œuvre pourront transitoirement, en attendant la mise à jour de leur logiciel, facturer ces nouvelles consultations en utilisant directement les codes agrégés : CCE : consultation très complexe enfants ; CCX : consultation complexe enfants ; MCX : majoration pour consultation complexe ; MTX : majoration pour consultation très complexe. Ces médecins devront, durant cette période transitoire, conserver dans le dossier médical du patient le détail et le codes affiné des consultations complexes et très complexes réalisées, et les tenir à disposition du service médical en cas de contrôle. »

Ongle incarné

« Jusqu’à présent, on était payé le même prix pour voir un ongle incarné, traiter une angine ou annoncer un cancer, explique Margot Bayart, médecin généraliste à Réalmont (Tarn) citée par Le Monde (François Béguin). Ces nouveaux tarifs sont la reconnaissance du temps passé avec certains patients. En matière de repérage et de prévention, c’est le début de quelque chose. » Le début de quoi ?

« Aujourd’hui, plus on fait de consultations longues, moins on gagne d’argent, résume Alice Perrain, généraliste à La Croix-en-Touraine (Indre-et-Loire), membre de MG France, elle aussi cité par le dernier quotidien vespéral. A la fin de certaines consultations, on a la sensation amère qu’elles sont intéressantes intellectuellement, mais pas valorisées en termes de revenus (…) On a dans la tête toutes les conséquences pour des patients que l’on suit souvent depuis des années. Cela nécessite un peu de temps pour décompresser. Et jusque-là on devait enchaîner ce type de rendez-vous avec une consultation anodine. »

Tout cela ne devrait guère apparaître aux yeux des patients : les nouveaux prix de consultation ne changeront rien aux règles actuelles de remboursement. La majorité des tarifs « élevés » concerneront des malades pris en charge à 100 % par l’Assurance-maladie. Où l’on en vient à regretter que le climat qui règne actuellement en France ne soit guère compatible avec la reconnaissance, objective, de cette chaîne essentielle de solidarité que constitue, depuis plus d’un demi-siècle, notre système de protection sociale. Avant lui c’était la porte ouverte à tous les Knock de bas étage. On n’ose imaginer ce qui suivrait son effritement.

A demain

 

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