Baclofène et maladie alcoolique : l’Agence du médicament visée par une action en justice

 

Bonjour

« Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avecque les Brebis.

C’était apparemment le bien des deux partis :
Car, si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits (…) »
1

Il est des conflits qui ne peuvent que durer. Pour bien des raisons (qui restent à analyser) c’est vrai de celui que nourrit depuis des années en France, l’usage du baclofène dans la prise en charge des personnes souffrant d’une dépendance à la molécule alcool.

Rebondissement aujourd’hui avec l’annonce, par l’association Aubes, d’une action en justice visant l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Cette initiative trouve son origine dans le refus, par l’ANSM, de réviser le plafonnement de la prise de baclofène à 80 mg par jour. Plafonnement dans le cadre d’une RTU qui permet la prescription hors AMM. Cette décision a, selon l’association été actée il y a peu par Dominique Martin, directeur général de l’ANSM lors d’un congrès organisé à Biarritz.

« Il n’y aura eu aucun dialogue avec les associations de patients, auxquelles il n’a jamais répondu malgré de nombreuses demandes de concertation tout au long de l’été et en ce début d’automne. La détresse actuelle des patients qui n’ont plus accès à leur traitement aux doses efficaces ne semble pas lui poser problème. Le cadre administratif avant tout. Tout au plus a-t-il répété que la prescription hors AMM et hors RTU restent possible, sous l’entière responsabilité du prescripteur et du délivrant. » 

L’association Aubes rappelle ici qu’un courrier de l’ ANSM datant du 11 août dernier exposant cette position « assouplie » avait été envoyé aux sociétés savantes et aux Ordres – sans être publié officiellement sur le site de l’ANSM. « Beaucoup de praticiens et de patients ne sont donc pas aux courant et des réductions brutales de posologie aux conséquences désastreuses (rechutes et problèmes liés au sevrage) nous sont signalés » souligne-t-elle. Une réunion de concertation entre deux des professeurs signataires d’une contre-expertise de l’étude CNAM-INSERM ayant conduit à la restriction, les Prs Bernard Granger et Catherine Hill, avec quelques-uns des auteurs de l’étude critiquée n’aura pas fait bouger les lignes d’un pouce, pas plus que la plaidoirie de la Société Française d’Alcoologie en faveur d’une révision de cette restriction. »

Sauver des vies

Enfin, toujours selon l’association Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé « reste sourde » à la pétition  » Le baclofène sauve des vies, sauvons le baclofène«  (près de 10 000 signataires) et aux courriers qui lui ont été adressés.

« L’action en justice est donc aujourd’hui l’unique recours pour contester cette restriction, qui prive actuellement des patients du traitement qui les a sauvés et jette un discrédit sur lui dans l’opinion publique, sans preuves tangibles de sa réelle dangerosité. L’étude CNAM / INSERM n’a étudié que les risques (du propre aveu de Dominique Martin), avec une méthodologie contestée, et non les bénéfices, alors que toute modification de RTU doit pourtant s’appuyer sur le rapport bénéfice / risque et qu’une demande d’AMM est en cours. » 

« L’auteur de la pétition et créateur du collectif BACLOHELP, Thomas Maës-Martin, juriste de formation, mène au nom de son épouse, un recours contentieux administratif qui, s’il reste sans réponse, ira au pénal (plainte contre X pour rupture dans la continuité des soins, mise en danger de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger, atteinte à l’intégrité physique, faux et usage de faux). Il est le seul à avoir contesté dans les délais légaux la décision de l’ANSM, c’est donc sur ses épaules seules que repose désormais le sort de plusieurs dizaines de milliers de personnes. »

Parallèlement l’association Aubes dit s’être associée à son action ainsi que le RESAB, association de médecins prescripteurs. Plusieurs courriers commun ont été adressés : à la Haute Autorité de Santé au sujet de la fin du remboursement de la prescription au-delà de 80 mg, décrétée il y a quelques jours, auquel elle peut opposer un veto ; en direction de l’Ordre des Pharmaciens pour les mettre en garde contre un refus de délivrance de plus de 80 mg sans l’avis du médecin prescripteur, selon toujours la directive de l’ANSM du 11 août 2017 dont beaucoup n’ont pas encore connaissance.

Une vaste étude « bénéfice-risque » du baclofène doit, d’autre part être entreprise.

A demain

1 « Les Loups et les Brebis ». Jean de La Fontaine, Livre III, fable 13

2 réflexions sur “Baclofène et maladie alcoolique : l’Agence du médicament visée par une action en justice

  1. On peut faire confianze à la justice pour juger une question scientifique, comme l’a fait pour une histoire récente de sclérose en plaque et vaccin HBs.
    David Sackett commence à tourner dans la tombe.

    • Le débat scientifique est sans doute trop long et trop entravé par des conflits d’intérêts divers et variés pour que les malades qui ont vu leur vie se transformer grâce à ce traitement, attendent que tout ce beau monde se mette d’accord sur lui, avant de pouvoir en bénéficier. La vie est trop courte pour cela, celle des malades alcooliques encore plus…du fait de leur pathologie. Ils se battent donc pour leur vie, avec les armes qu’ils ont encore à leur disposition, puisqu’ils n’ont pas été reçus par l’ANSM malgré leurs nombreuses sollicitations de concertations avec elle…

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