Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

Bonjour

C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain

 

 

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