Obscénités : la direction de l’AP-HP a renoncé à ripoliner les fresques des salles de garde

 

Bonjour

C’est affaire de fatalité – ou de coïncidence : celle de la mise à jour du « sexisme » qui prévaut dans les études médicales associée à la découverte de la formidable prévalence du « harcèlement sexuel » dans notre société en général.

Au cœur symbolique de ces entrelacs : les salles de garde des internats hospitaliers. Il y avait eu un premier abcès collecté en 2015 : une fresque représentant une scène orgiesque avait dû être effacée dans la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand. Elle avait été résumée et commentée dans Libération via un entretien avec  Pr Jean Chazal, doyen et neurochirurgien de la faculté de médecine de l’université d’Auvergne. Il explique qu’il connaissait cette fresque et qu’elle était vieille de quinze ans.

« Pour moi, le dessin originel ne représente pas un viol, mais une orgie, une partouze. Je le tolérais parce que cela restait dans un domaine privé. Mais les bulles qui y ont été ajoutées sont intolérables. Là, la signification est claire : ces bulles évoquent la loi santé. Selon les internes, la femme représentée au centre n’est pas la ministre de la Santé, Marisol Touraine, mais une interne que l’on avertit de s’informer sur la loi. Dans les deux cas, c’est infamant pour les femmes. Les internes sont des agents du service public et, à ce titre, ils ne peuvent pas tout se permettre. On ne peut pas utiliser des scènes porno pour montrer son désaccord avec une loi. Et mettre la photo de la fresque sur un réseau social public est un délit, une faute professionnelle. On a dépassé les limites. »

 Harcèlement du doyen auvergnat

On lui demande s’il a le soutien de ses collègues.

« Non, je suis attaqué et mis en cause par mes pairs. Je suis harcelé de coups de fils, de SMS, de mails de médecins, de responsables d’établissement qui soutiennent les internes«Il ne faut pas céder à la pression du ministère», «Le cul, c’est une tradition dans les hôpitaux»: voilà ce que j’entends. En tant que doyen, on me reproche de ne pas soutenir les traditions paillardes et d’être du côté d’une ministre de gauche. Mais je veux juste défendre les règles de la démocratie ! Je n’ai pas à défendre les médecins envers et contre tout. Cela me choque que mes confrères réagissent comme ça. »

L’affaire se calma. Puis en octobre dernier, résurgence du sujet . En écho des confidences de la ministre-médecin Agnès Buzyn, dénonçant les anciens comportements très déplacés dont elle avait fait l’objet à l’AP-HP (des « chefs de service l’invitant à s’asseoir sur leurs genoux ») le directeur général de cette « grande maison » revint sur les salles de garde. C’était dans Le Monde.

« Une culture carabine, c’est savoir être drôle, savoir utiliser la dérision, mais pas abuser d’un pouvoir de domination. Nous aurons à trancher la question de savoir s’il faut ou non repeindre les salles de garde dont les fresques doivent être considérées comme un témoignage de pratiques révolues, pas comme une incitation à maintenir des traditions malsaines. »

Homéostasie collective

Savoir être drôle et en même temps savoir ne pas abuser d’un pouvoir de domination, Vaste programme. Ces fresques, ces images-témoignages, ces rituels incitent-ils à la perpétuation de traditions malsaines ? S’agit-il de conjurer les angoisses ? De la quête d’une homéostasie collective ? Effacer prévient-il  les errements du passé ? Et qui soutiendra que ripoliner détruit les palimpsestes ?

Martin Hirsch était-il, cette fois, allé trop loin ? Allait-on vraiment repeindre ces vingt-cinq ou trente fresques d’Ile-de-France ? Pour les internes interrogés par Le Monde (François Béguin) les fresques sont globalement un  « non-sujet ». « Repeindre des murs ne luttera pas contre le sexisme au quotidien à l’hôpital ni contre le plafond de verre », assure Olivier Le Pennetier, le président de l’ISNI. « Ce serait prendre un symbole et se tromper de combat » ajoute Côme Bureau, chef de clinique à la Pitié-Salpêtrière et président du « Plaisir des dieux », l’association des salles de garde de l’AP-HP.

« A ce stade, on ne se précipite pas, repeindre les fresques n’est pas notre première urgence » a confié au Monde  la direction générale de l’AP-HP. On peut imaginer que l’administration de la « grande maison » parie sur la durée : le nombre de salles de garde ne cesse de diminuer, souvent victimes des restructurations et des économies budgétaires de l’administration hospitalière. Côme Bureau parle, lui, d’une « douce agonie » qu’il explique d’abord par la baisse de la qualité des repas, fournis par … l’administration. Pourquoi repeindre quand il suffit de dégoûter ?

A demain

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s