Urgences : la relecture, par Martin Hirsch, de l’affaire de la femme morte de Cochin

 

Bonjour

C’était le 15 février 2014. Une femme de 61 ans avait été transférée à 16h 48 par les sapeurs-pompiers aux urgences de l’hôpital Cochin « pour une plaie au pied » à la suite d’une « chute sans signe de gravité ». Elle était retrouvée morte six heures plus tard – morte dans un fauteuil d’une salle des urgences de ce célèbre hôpital. Une enquête interne  avait  été ouverte par l’AP-HP. La règle de l’entre-soi.

« A ma connaissance (…), il n’y a pas de faute individuelle qui justifierait des sanctions individuelles, il y a des erreurs d’organisation suffisamment graves pour qu’on prenne des corrections, pour qu’on les prenne au sérieux et qu’on rende des comptes », déclarait le 25 février 2014, sur France Inter, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP

 Il dira encore : « Dans l’état actuel de l’enquête, même si [la patiente] avait été tout de suite prise en charge correctement, ça n’aurait pas eu d’influence, ça ne l’aurait pas sauvée ». Sans jamais apporter la preuve de cette affirmation.

Suivit une invraisemblable affaire de cache-cache marquée par l’incompréhensible absence d’une autopsie médicolégale, l’inaction, le silence et l’embarras du procureur de la République de Paris, la fuite et l’effacement des responsabilités, l’écriture d’une impossible vérité 1.

Quatre ans plus tard

Nous sommes le 21 novembre 2017. Le directeur général de l’AP-HP est l’invité des « Matins » de France Culture. Il y parle de l’hôpital et de son nouvel ouvrage « à cœur ouvert ». Guillaume Erner l’interroge sur les urgences et leurs abcès. Martin Hirsch :

« Je raconte dans ce livre que quand je suis arrivé [à la tête de l’AP-HP] il n’était pas possible qu’on laisse des temps d’attente qui soit en moyenne de quatre heures. J’ai entendu le discours habituel – pas de tous mais de certains – me disant et bien finalement c’est pas si mal d’attendre, c’est ce qui permet d’identifier ceux qui en ont vraiment besoin, de les discriminer par rapport aux autres. Un discours aussi absurde que le discours d’il y a vingt ans quand on disait que la douleur c’était bien, qu’il ne fallait pas la calmer, parce qu’elle était l’auxiliaire de la médecine ; parce qu’elle apportait des informations tout à fait utiles (…)

 « Malheureusement les faits m’ont donné raison puisque … une patiente est morte, en attendant, au milieu d’une salle d’attente … Vous vous rappelez peut-être, c’était il y a trois ans et demi, et on a mis trois heures pour s’apercevoir  qu’elle était morte au milieu des autres patients dans une salle d’attente. Donc attendre n’est pas bon. »

 Près de quatre ans plus tard, à quelques éléments près, la démonstration est parfaite. Où il est démontré que les faits, ainsi racontés, donnent raison au directeur général de l’AP-HP. Où il est aussi confirmé qu’en matière d’urgences trop attendre n’est jamais très bon.

A demain

1 Tous les articles de ce blog consacrés à cette affaire sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=cochin+femme+morte. Et sur Slate.fr : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (1er mars 2014) ; « Décès de Cochin: le Parquet ouvre une enquête. Enfin » (10 mars 2014).

Une réflexion sur “Urgences : la relecture, par Martin Hirsch, de l’affaire de la femme morte de Cochin

  1. C’est assez navrant et agaçan que les « décideurs » sombrent dans un tel déni de réalité ou dissonance cognitive, teinté de mépris et d’arrogance, d’anosognosie de leur responsabilité.

    « C’est un problème d’organisation ».

    Bien sûr , qu’ils sont c… ces services d’urgence !

    Un peu comme si à des foules de milliers réfugiés après un glissement de terrain en Colombie ayant détruit et désorganisé une région isolée coupée du monde on leur disait : « Pffff ! Bande d’incompétents c’est un problème d’organisation !

    Echappe-t-il à ce technocrate en tournée de promotion de son livre que les services d’urgences se débattent comme ils peuvent face à des foules de malades dépassant leurs moyens humains et architecturaux et ne peuvent hospitaliser les plus graves qui en ont besoin ? Parce que les services de l’hôpital ne peuvent les accueillir ?

    Qui est l’organisateur de cette chienlit ? L’organisateur du haut de la pyramide ? N’est-ce pas le grand chef de l’APHP ? Le désorganisateur en chef ? Bon il serait injuste de le dire organisateur. Il en est le responsable administratif ultime avant les ARS (que font-elles ? ) puis le ministère.

    Oh il n’est pas le seul , ça bouscule dans des tas de CHU, CHR et autres petits hôpitaux.
    Tous ne donnent pas de leçons .

    Les conditions de travail dans les services d’urgences sont telles que beaucoup de services ont du mal à garder leurs médecins.
    La spécialité urgentiste est en bas des choix préférentiels des nouveaux internes , lesquels connaissent bien les urgences pour y avoir passé quelque temps comme étudiant. Oh ça ne leur a pas donné envie ?

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