Bonne conscience : aimeriez-vous savoir comment la viande de votre assiette a été abattue ?

Bonjour

Tout le monde ne connaît pas l’intellectuel Terra Nova. C’est, pour le dire simplement, un « think tank [orienté à gauche] progressiste indépendant ayant pour but de produire des solutions pratiques innovantes en France et en Europe ». Voici qui sont ses actuels mécènes. Et voici sa production du jour : « La viande au menu de la transition alimentaire : enjeux et opportunités d’une alimentation moins carnée ». Une production largement mise en scène dans les médias – et tout particulièrement par Le Monde ici militant (Audrey Garric) : « Pour Terra Nova, le règne de la viande est révolu ».

On pressent le contenu :

« Reine de l’assiette, la viande pourrait-elle perdre son trône ? La question est de nouveau soulevée, non par une association environnementale ou des militants végétariens, mais par la fondation Terra Nova. Dans son rapport publié jeudi 23 novembre et auquel Le Monde a eu accès en exclusivité, le think tank  plaide en faveur « d’un nouvel équilibre entre nos traditions alimentaires, nos exigences sanitaires, nos impératifs environnementaux et nos intérêts économiques ». Il s’agirait d’atteindre en France, dans les vingt années qui viennent, un régime alimentaire qui soit composé de deux tiers de protéines végétales et d’un tiers d’animales – contre l’inverse aujourd’hui –, en divisant par deux nos consommations de viande et de poisson.

 « Pour relever ce défi, les auteurs esquissent onze propositions, telles que la généralisation d’un repas végétarien dans les cantines des collèges et des lycées, la meilleure formation des cuisiniers ou encore l’étiquetage des produits pour indiquer le mode d’élevage et d’abattage des bêtes. Un argumentaire qui se veut une « contribution au débat » sur une « question de société et de politique majeure », avant que ne s’achèvent, fin novembre, les Etats généraux de l’alimentation voulus par le président de la République Emmanuel Macron. »

Pour résumer beaucoup d’intelligence et de bon sens – sur fond de bonne conscience.

« Notre objet n’est pas de condamner en soi la consommation de viande. Mais tout plaide pour que soit recherché un nouveau compromis entre nos traditions alimentaires et nos impératifs sanitaires, environnementaux et économiques. Ce nouvel équilibre commande une réduction quantitative et une amélioration qualitative de la viande que nous consommons. L’objet de ce rapport est de passer en revue les arguments qui plaident en faveur de ce nouvel équilibre, de fixer un cap à la transition alimentaire qu’il convient d’amorcer, et de formuler des pistes d’action pour progresser dans cette direction. »

Âne rogneux, Mouton pourri, Chien hargneux 

Et puis cette proposition n° 6 (sur 11) : « Promouvoir, sur les produits à la vente, la mention visible du mode d’élevage et d’abattage ».

Et, soudain, en mémoire capitale, Jean de la Fontaine, ses loups, ses brebis, ses bergers et ses chiens qui ne nous épargnent guère :

« Un Loup rempli d’humanité 
            (S’il en est de tels dans le monde) 
            Fit un jour sur sa cruauté, 
Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité, 
            Une réflexion profonde. 
Je suis haï, dit-il, et de qui ? De chacun. 
            Le Loup est l’ennemi commun : 
Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte. 
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris ; 
C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte :
            On y mit notre tête à prix. 
            Il n’est hobereau qui ne fasse 
            Contre nous tels bans  publier ; 
            Il n’est marmot osant crier 
Que du Loup aussitôt sa mère ne menace. 
            Le tout pour un Âne rogneux,
Pour un Mouton pourri, pour quelque Chien hargneux, 
            Dont j’aurai passé mon envie. 
Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ; 
Paissons l’herbe, broutons ; mourons de faim plutôt. 
            Est-ce une chose si cruelle ? 
Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle ? 
Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rôt 
            Mangeants un agneau cuit en broche. 
            Oh, oh, dit-il, je me reproche 
Le sang de cette gent. Voilà ses Gardiens 
            S’en repaissants eux et leurs Chiens ; 
            Et moi, Loup, j’en ferai scrupule ? 
Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule. 
            Thibaut l’Agnelet passera
            Sans qu’à la broche je le mette ; 
Et non seulement lui, mais la mère qu’il tette, 
            Et le père qui l’engendra. 
Ce Loup avait raison. Est-il dit qu’on nous voie 
            Faire festin de toute proie, 
Manger les animaux, et nous les réduirons 
Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons ? 
            Ils n’auront ni croc ni marmite ? 
            Bergers, bergers, le loup n’a tort 
            Que quand il n’est pas le plus fort : 
            Voulez-vous qu’il vive en ermite ? »

Ne plus manger, jamais, de chose ayant eu vie ?

A demain

 

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