Médecins mercenaires hospitaliers piégés : jamais plus de 1 500 euros par 24 heures

 

Bonjour

A la différence notable des journalistes, les médecins français ne lisent jamais assez. Même le dimanche. A commencer par le Journal Officiel de la République française. Celui dominical du 26 novembre publie un arrêté d’importance : « Décret n° 2017-1605 du 24 novembre 2017 relatif au travail temporaire des praticiens intérimaires dans les établissements publics de santé ». Une pièce maîtresse signée de la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, accompagnée du ministre montant de l’Action et des Comptes publics, le jeune Gérald Darmanin (qui, fatalité, fait la Une du Journal du Dimanche au motif qu’il rejoint le camp du Président).

Résumons ce qui constitue un petit événement dans le grand monde hospitalier : la rémunération des médecins « intérimaires » (employés dans les hôpitaux publics pour pallier la pénurie de praticiens) sera plafonnée à compter de janvier 2018 – et ce de manière dégressive jusqu’en 2020. En pratique le salaire brut maximal d’un médecin, dentiste ou pharmacien mis à disposition d’un établissement public ne pourra plus, désormais, dépasser 1 404,05 euros pour une journée de vingt-quatre heures en 2018, 1 287,05 euros en 2019 et 1 170,04 euros en 2020.

Gardes en or massif

Un rapport parlementaire de 2013 estimait à 500 millions d’euros par an la facture liée aux recours à l’incompréhensible intérim hospitalier. L’objectif de ce décret est, aussi, de réduire le décalage entre la rémunération des « médecins mercenaires » et celles des postes de praticiens hospitaliers, qui sont de deux à quatre fois moins bien payés. La sénatrice Frédérique Gerbaud (Les Républicains, Indre) avait « alerté » en novembre 2017 via une question écrite la ministre Agnès Buzyn sur ce sujet – elle évoquait des rémunérations « allant de 1 800 à plus de 2 000 euros pour vingt-quatre heures de garde ». Sans parler de certains titulaires hospitaliers qui ne résistent pas à la tentation sont d’arrondir/compléter leur salaire en faisant des gardes en intérim dans d’autres établissements que le leur – et ce sur leur temps libre.

Devant sa cheminée, le Journal Officiel replié, le médecin français pourra, en ce 26 novembre 2017 « gélif », ouvrir son Journal du Dimanche – chaque semaine plus macronien. Il y trouvera un étrange poulet intitulé « Le scandale des opérations inutiles ». Une roquette administrative pilotée depuis les moquettes de la Fédération hospitalière de France contre les blocs opératoires ; où l’on ne démontre nullement 1 (contrairement au titre) que les chirurgiens français opéreraient dans le seul but de gagner de l’argent – et, qui plus est, contre l’intérêt de leurs patients.

A demain

1 Extrait: « Césarienne, pontage coronarien, chirurgie de la colonne vertébrale, pose d’un stent (petit ressort) coronaire ou vasculaire, chirurgie du cristallin. Cinq opérations fréquentes ont été scrutées à la loupe dans la base hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) par la société Héva. Plus précisément, ce cabinet spécialisé dans le traitement des données de santé a mesuré la « consommation de soins » territoire par territoire (taux de recours, dans le jargon statistique). Finalement, prolongeant un atlas publié l’an dernier par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), l’étude met au jour d’étonnantes disparités géographiques (…)

« « Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public. Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmières dans son service, donc il peut préférer pousser la machine », relève Israël Nisand, à la tête de deux maternités au CHU de Strasbourg. Le professeur refuse de « juger » l’obstétricien « seul aux commandes » qui, après avoir bossé toute la journée et sauvé la vie d’une femme en pleine hémorragie, opère un peu trop vite en début de soirée et accélère la naissance pour éviter de passer la nuit debout. »

 

 

2 réflexions sur “Médecins mercenaires hospitaliers piégés : jamais plus de 1 500 euros par 24 heures

  1. En 1975, mes gardes de médecin réanimateur n’étaient pas rémunérées mais seulement considérées comme faisant partie des obligations glorieuses des internes sénior. et chefs de clinique. En 77 ou 78, je ne sais plus très bien, grande victoire syndicale ! il fut décidé de rémunérer la garde de 24 h cent (100) francs ! à condition d’en prendre plus d’une par semaine !
    Trente ans plus tard, en 2005, « fatigué de porter mes misères hautaines », j’ai cessé de prendre des gardes, à l’époque rémunérées à peu de choses près au SMIC horaire. On s’est étonné à ce tarif-là de ne plus trouver de volontaires pour assurer la permanence des soins hospitaliers. Alors ce sont les directeurs d’établissement qui, au mépris de la loi et des médecins exerçant dans leur propre établissement, ont recruté à prix fort (pardon d’or !) des mercenaires. Les Agences régionales (ARH et ARS) étant d’ailleurs parfaitement au courant. Ainsi un mercenaire, parfaitement déresponsabilisé et n’assurant aucun suivi des patients, se voit 5 à 10 fois mieux payé qu’un PH temps plein. Et l’on s’étonne de voir des postes vacants !
    Voici le véritable reflet de l’estime que portent les gestionnaires de l’hôpital aux praticiens TP de leur établissement ! Il suffit de payer des mercenaires, ils viendront passer la nuit ou un dimanche, on ne les verra pas souvent, ils ne demanderont rien à personne et ne rueront certainement pas dans les brancards de la gestion comptable de l’établissement. Quant à vérifier leurs compétences…

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