Prix indécents des médicaments : rebondissement mystère dans l’affaire du Keytruda®

Bonjour

C’est un scoop économique nocturne des Echos : un accord a été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de la santé a confirmé l’information, précisant que le deal avait été passé – « après six mois de négociations ». « Keytruda® était déjà disponible pour les patients français depuis août 2014, mais de façon dérogatoire, donc pour un nombre d’indications limitées » précise le ministère. Ces indications pourront être élargies sans trop grever les dépenses de l’assurance-maladie – dépenses que le gouvernement entend par ailleurs réduire de manière drastique.

Il y a déjà plus de deux ans que le dossier Keytruda® est grand ouvert. Les gazettes généralistes évoquaient alors, en septembre 2015, la présentation des résultats essais cliniques de ce qui était déjà présenté comme l’un des futurs blockbusters du géant pharmaceutique Merck. Un peu comme on présenterait à la presse une nouvelle collection, un nouveau concept, une nouvelle tablette tactile. En avant-première, donc, le pembrolizumab – Keytruda®  pour lequel existait déjà un site illustré puisque la molécule était déjà autorisée aux Etats-Unis.

Les résultats des essais cliniques ? Tout bonnement « spectaculaires ». Et la molécule était alors autorisée depuis juillet par l’Agence européenne du médicament.

Dans le plus grand secret

Encore faudrait-il s’entendre sur les prix ; le coût unitaire du traitement allant jusqu’à 150 000 dollars par an aux États-Unis. On parlait alors, en France, de 100 000 euros par patient et par an – avec négociation sur le champ des indications. Silence total du côté du Comité Economique des Produits de Santé  (CEPS), institution qui fixe dans le plus grand secret le prix des médicaments remboursés par la collectivité.

Retour du Keytruda® dans les médias en avril 2016 : « Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ? » : la Ligue contre le cancer lançait alors une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue, vieille dame, ne parlait pas de profitinhumains mais d’optimisation des gains. 

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Vœu pieux

La Ligue prenait ici le relais du Figaro qui avait peu auparavant en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».  Puis, en juin, Médecins du Monde (MdM) lançait une campagne, atypique destinée à faire mal : « Le Prix de la Vie ». Une campagne, une pétition adressée à Marisol Touraine et un slogan : « Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? ». Conçue par l’agence DDB Paris, la campagne se « décline en douze visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies ». Où l’on retrouvait le Keytruda®

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser, expliquait le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat. »

Novembre 2017 : le prix arrêté le Keytruda® n’est pas connu mais, selon Les Echos« les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d’euros par an la dépense liée à Keytruda® et Opdivo® [Bristol Myers Squibb], les deux traitements vedettes de l’immunothérapie en oncologie. Arrêté il y a un an le prix d’Opdivo® s’élève aujourd’hui à 5 400 euros par mois pour un malade de 70 kg – sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement ».

Où l’on voit que le citoyen est loin d’être démocratiquement informé sur les coulisses d’un marché financé avec l’argent de la collectivité. Où l’on voit aussi que la célèbre démocratie sanitaire reste, ici, un vœu pieux.

A demain

1 « Le prochain anticancéreux sera à plus de 100 000 euros par an. La France acceptera-t-elle de payer ? » Journalisme et santé publique 17 septembre 2015.

2 « Indécence et prix des médicaments : MdM lance une guérilla publicitaire et vise Marisol Touraine » Journalisme et santé publique 13 juin 2016

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