«Idole française» le chanteur Johnny Hallyday aura-t-il des obsèques nationales ? 

Bonjour

Comment raison garder ? Le Monde après le Palais de l’Elysée. Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France était en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

Dans la matinée on ne comptait plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. Oubliée, déjà, la mort (la veille) de Jean d’Ormesson. On attendait Le Monde. Le voici : c’est une pleine Une, pleine majesté « Johnny Hallyday une idole française » (photographie de 1965) associée à un Plantu tricolore. Plus fort encore : un cahier spécial de huit pages. Remarquable. Symptôme éclairant. On peut aussi, pour comprendre qui fut celui qui vient de disparaître, lire, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère ex-Monde  Philippe Boggio.

Edith Piaf

Hier, le même Monde, une Une plus modeste : « Jean d’Ormesson, un familier du passé devenu idole du temps présent ».  Que d’idoles… Nous évoquions ce matin l’étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau, comme effacée par celle d’Edith Piaf. C’était en octobre 1963. Parlait-on, alors d’idole ? Voici ce que publia, sans supplément, Le Monde du 12 octobre,  sous la signature de Claude Sarraute :

« Édith Piaf est morte vendredi matin à 7 heures à son domicile parisien, des suites d’une hémorragie interne. Se trouvant jeudi à Placassier, près de Grasse, où elle séjournait avec son mari, Théo Sarapo, elle fut prise de convulsions un peu avant minuit. Sur les conseils de son médecin personnel, elle a été transportée immédiatement par la voie aérienne à Paris et conduite à son hôtel particulier.Consciente jusqu’à 2 heures du matin, elle a ensuite sombré dans le coma, dont elle n’est pas sortie jusqu’à sa mort. Seuls étaient à ses côtés son médecin, une infirmière et son mari. Édith Piaf aurait eu quarante-huit ans le 29 décembre.

« Un visage, deux longues mains diaphanes, le reste n’était qu’ombre. Et voix. Une voix à casser tous les micros, rauque, immense, déchirant à pleines dents des textes dune navrante banalité qu’un simple geste du doigt savait rendre poignants. Il y avait tant de sûreté dans sa démarche de condamnée, tant de science dans ses attitudes de somnambule, que personne n’aurait osé mettre en doute son infaillibilité.

 « C’était le type même du monstre sacré. À la ville comme à la scène. Sa légende, Édith Piaf l’entretenait sans peine. Elle n’avait qu’à être elle-même : une  » môme  » de Paris, solide sur ses petites jambes maigres, infatigable malgré se pauvre petite mine éternellement chiffonnée, rieuse malgré la détresse qui se lisait dans son regard noyé de brumes. Ceux qui l’ont connue se rappelleront les étranges soirées passées avec quelques fidèles – toujours les mêmes – dans son hôtel particulier du boulevard Lannes.

Elle s’y réveillait vers 5 heures de l’après-midi, la bouche encore pleine de cauchemars, les cheveux en bataille, et entraînait ses proches dans une ronde délirante, inspirée, tyrannique, épuisante, qui se poursuivait autour d’un piano jamais fermé jusqu’aux petites heures du matin.

 « Généreuse avec cela, donnant d’une main l’argent qu’elle prenait de l’autre. Sans compter. De toutes les vedettes françaises la mieux payée, elle menait naguère une existence faussement dorée. Malgré son cuisinier chinois, ses femmes de chambre, ses chauffeurs, ses voitures, ses secrétaires, ses robes dessinées par les plus grands couturiers, ses mirobolants contrats, on ne s’y trompa jamais. Et ce qui, en définitive, restera dans les esprits c’est cette détresse physique et morale qui fut siennes au cours de ces toutes dernières années.

Épuisée par la maladie, presque ruinée, elle revenait toujours, dans un nouvel élan, vers ce public auquel elle devait tant, s’accrochant encore une fois à la vie, à l’amour, au mariage même. Elle avait beau faire, cependant : la misère de son enfance lui collait à la peau.

 De Damia à Johnny

 « C’est dans la rue qu’elle est née, à Belleville, le 19 décembre 1915. (…) Comprise, aidée par Raymond Asso et Marguerite Monnod, elle cherche et trouve ce répertoire  » vériste  » qui fit son succès : Mon légionnaire, Padam, l’Hymne à l’amour, la Vie en rose, le Clown, la Foule, Non, je ne regrette rien ; autant d’étapes dans cette marche triomphale. Marche qui s’était un peu ralentie au cours des dernières années. Elle tournait au calvaire. De rechute en guérison, de repos forcé en retour prématuré, Édith Piaf, obstinément, courageusement, se sera battue jusqu’au bout pour rester fidèle au rendez-vous que lui fixait chaque soir cette  » foule  » à qui elle aura tout donné.

 « Après Damia nous avons eu Piaf. Je ne vois aujourd’hui personne pour prendre la lourde relève de ce nom-là. Elle restera, dans notre souvenir, unique, irremplaçable, tragique petite figure de proue de la chanson française. »

Non pas une idole mais un simple monstre sacré. Comme Johnny Hallyday. Le Palais de l’Elysée, alors, resta muet.

 A demain

2 réflexions sur “«Idole française» le chanteur Johnny Hallyday aura-t-il des obsèques nationales ? 

  1. Il faut savoir raison garder.

    Je me suis toujours demandé pourquoi cette forme inversée perdure.

    Pour prendre (emprunter) le ton du blog . : qui osera un jour écrire « garder raison » (belle marquise).

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