Quand Johnny Hallyday (1943-2017) parlait de ses alcools forts, de la coke et de la drogue dure

Bonjour

Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France est en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. Un hommage national est évoqué. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

On ne compte plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. On oublie déjà la mort (annoncée hier) de Jean d’Ormesson. Un étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau comme effacée par celle d’Edith Piaf.

Comprendre qui fut celui qui vient de disparaître ? On lira, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère Philippe Boggio :

« Ce n’est pas faire injure, mais à bien des égards, il a tardé. Il a abusé, Johnny. De lui, déjà, évidemment, par sa fréquentation assidue des urgences hospitalières; de lui, en inquiétant déjà son monde, il y a plusieurs décennies, silhouette, visage rafistolés de partout, après avoir épuisé la liste connue des opérations chirurgicales, des comas, des dépressions, des tentatives de suicide… mais qui insistait toujours, l’âge de la retraite et des paralysies physiques pourtant dépassé, pour remonter mourir en scène de la mort tragique des héros post-ados du rock, qui, on le sait, vous terrasse, au final, à bout de bagarres et de chagrins amoureux, sous la lumière multicolore des projecteurs de l’enfer (…) ».

On se souvient, ici, de l’exposition publique de ses souffrances, en décembre 2009 (« Johnny Hallyday, grand corps malade livré en pâture », Slate.fr). Paradoxalement l’homme était resté pudique sur ses abus. Avec une exception, récente. C’était en avril 2014 à l’occasion de la pénultième nouvelle version de Luivieux magazine pour homme. Nous avions alors donné quelques extraits de l’entretien qu’il avait  accordé à Fréderic Beigbeder. Cinq pages en ouverture du numéro d’avril 2014, numéro vendu 2, 90 euros, échange enregistré au bistrot-restaurant L’Ami LouisJohnny « engloutit des escargots et des poulets ».  Frédéric se souvient qu’il y a « une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang ».

Calon Ségur 1988 associé à des escargots  

FB : « Je constate que tu bois du vin, alors qu’à une époque tu ne buvais plus de vin du tout. »

JH : « Là, je bois un peu de vin rouge mais je ne bois plus d’alcool fort . »

FP : « Tu fumes toujours tes trois paquets de Gitanes par jour ? »

JH : « Non, seulement dix cigarettes quand je suis en France et rien du tout quand je suis en Californie. Parce que là-bas, les Gitanes, y en a pas ! Et moi, j’aime pas les blondes (…)  Je vais te dire un truc. Sur le tournage de Salaud, je ne buvais rien du tout. Mais Eddy Mitchell avait dit à la maquilleuse de toujours garder au frais ses bouteilles de grappa. »

FB : « C’est vrai que tu hébergeais Jimmy Hendrix chez toi à Neuilly ? »

JH : « Hendrix était adorable. Il dormait avec sa guitare. A l’époque, il fumait quelques joints mais rien d’autre. »

FB : « Jim Morrison aussi tu l’as bien connu ? »

JH : « Lui, il était destroy. Morrison à sept du mat, devant le Rock’n’roll Circus c’était deux Mandrax et un verre de whisky. C’est un somnifère assez puissant que tu prends avec de l’alcool. »

FB : « Toi, tu n’es jamais vraiment tombé dans la drogue dure. »

JH : « Non, à part la coke que j’ai aimée. J’ai jamais succombé à l’héro, parce que je suis hyperactif. A l’époque, John Lennon voulait me faire essayer les buvards (LSD). Mais je n’ai jamais accepté. Par  contre, j’ai mangé des champignons avec M. »

On pourrait se moquer bien sûr. Et l’on se moquait un peu, alors, de tout cela. De cette mise en scène vieillissante pour enfants d’un autre âge. De ces souvenirs d’ivresses qui sonnaient un peu faux. Des mânes  de Hendrix et de Morrison réveillées par un Calon Ségur 1988 associé à des escargots.

Reste et restera l’insondable mystère Hallyday, un puits sans fin, une glace nationale avec et sans tain comme le montrait, déjà  Philippe Boggio dans son  Johnny (Flammarion, 2009). Hallyday, demi-dieu d’une « autre France », qui a fasciné bien des intellectuels. Johnny Hallyday dont Emmanuel Macron, président de la République, nous dit aujourd’hui que s’il n’avait jamais vieilli, c’est qu’il n’avait jamais triché. Ou qu’il avait su avoir « plusieurs vies ».

A demain

 

 

 

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