Vertiges : « Le Monde » met en abyme ses premiers papiers sur Johnny Hallyday

Bonjour

Obsèques nationales ? C’est le 21 septembre 1960 qu’est mentionné pour la première fois dans les colonnes du Monde le nom de Johnny Hallyday. Héritier du Temps, rue des Italiens, Le Monde, alors, n’a que seize ans – un de moins que le chanteur.  A l’occasion de la rentrée parisienne de Raymond Devos à L’Alhambra, Johnny chante en première partie. « Claude Sarraute vante toutes les qualités de Devos et expédie, en quelques lignes à la fin de son papier, la prestation d’Hallyday, rapporte aujourd’hui Sylvain Siclier.  Les « soubresauts »« convulsions » et « extases de ce grand flandrin rose et blond » sont comme un résumé alors de l’opinion générale des plus de 18 ans et de la presse sérieuse à l’égard du chanteur. »

Boulevard Blanqui, le dernier quotidien vespéral poursuit dans sa mise en abyme. C’est une lecture qui peut donner le vertige. Dans les années qui suivent, le phénomène Hallyday ayant dépassé le temps d’une saison, Le Monde rend compte de loin en loin de ses apparitions scéniques. Claude Lamotte s’intéresse à son public, « filles échevelées, garçons débraillés » lors du concert au Palais des sports le 24 février 1961. Tout comme Claude Sarraute, présente à l’un de ses premiers passages à Olympia, du 20 septembre au 9 octobre 1962 : « Ils se ressemblent. Tout muscle, et tout mouvement, pleins d’une violence à grand-peine contenue, frétillants, bégayants, ces jeunes se sont fabriqué une idole à leur image. »

« Il y a encore de l’ironie, du scepticisme face à ce succès, mais on lui reconnaît d’être un homme de spectacle, poursuit Sylvain Siclier. Même si, au gré des changements de style rapides d’Hallyday dans les années 1960, la comparaison avec les créateurs anglo-saxons du rock, de la soul ou du psychédélisme est en sa défaveur.

Claude Fléouter, le 24 novembre 1965, après l’un des concerts du chanteur à l’Olympia, évoque un autre aspect : « A le voir, on a une impression de grande force physique curieusement annulée par un visage enfantin noyé dans l’inquiétude. » 

« Fêter ses 80 berges »

Et quand Hallyday fait sa rentrée au même endroit l’année suivante, Fléouter le 20 octobre 1966 dresse un portrait du chanteur : « Parfois le regard s’anime : quelqu’un évoque avec tendresse une chose, un être. Parfois le visage se fend d’un large sourire. Mais l’ennui est le royaume de ce roi triste à qui s’offrent pourtant tous les divertissements (…) Ce n’est que lorsqu’il entre en scène qu’il explose. Alors, Johnny Hallyday, avec une troublante impudeur, se raconte, jette les miettes de sa vie privée à une salle transformée en un immense chœur, clame ses envies, ses désirs, flanque une volée de coups et mord dans les mots avec un plaisir sensuel intense. »

La mémoire du Monde est d’une terrible fidélité.  Au registre du 13 mai 1968, alors que les lycéens, étudiants, ouvriers et employés sont dans la rue, elle nous apprend qu’Hallyday a été expulsé du Cameroun, « trois heures avant le spectacle qu’il devait donner dans un cinéma de Yaoundé » après un accrochage dans un hôtel avec « le chargé d’affaires de la République centrafricaine ». Et cette mémoire n’a pas oublié que dans la liste des manifestations de solidarité avec les mineurs en grève en mars 1963 « le chanteur Johnny Hallyday, de passage dans l’Aveyron, a abandonné aux mineurs en grève son cachet d’un jour ». 

Vie privée  d’Hallyday ? Le Monde s’y intéressait. le 16 août 1966, la naissance de son fils est annoncée : « Sylvie Vartan, la femme de Johnny Hallyday, a donné naissance dimanche soir, dans une clinique de la région parisienne, à un garçon nommé David. » Une tentative de suicide, début septembre 1966: « Les fans s’interrogent. Mais déjà les marchands de scandale exploitent l’affaire. Un hebdomadaire à grand tirage annonce une édition spéciale consacrée à la tentative de suicide. »

Robert Escarpit signa longtemps un billet quotidien à la Une de cette institution. Le 15 septembre 1966 il écrit : « Soyons heureux que Johnny Hallyday ait échappé aux conséquences de son acte de découragement. C’est un artiste sérieux et sympathique. Il mérite d’aller loin, pourvu qu’il trouve la route (…). Je suis sûr que lorsque Johnny Hallyday devenu artiste national – je le lui souhaite – fêtera lui aussi ses 80 berges, il songera parfois avec nostalgie au temps lointain de la coqueluche. »

Les berges ? La coqueluche? La nostalgie de notre passé ? Quoi de plus beau que la vérité, sinon un beau billet joliment ciselé ?

A demain

 

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