Noël 2017 psychiatrique : Donald Trump, un président junkie ; les « corps au paroxysme »

Bonjour

Cela pourrait être un cadeau de Noël pour adultes intellectuels consentants (22 euros) : « Corps au Paroxysme ». Soit le troisième numéro de la jeune revue « Sensibilités ». A déguster devant la cheminée. Un petit chef d’œuvre, ardu et précieux de la maison d’édition « Anamosa » – une somme originale vantée il y a peu sur les ondes de France Culture.

Une définition de « paroxysme » s’impose: « Moment le plus intense dans le déroulement de quelque chose ». Ou encore : « Phase d’une maladie, d’un état morbide pendant laquelle tous les symptômes se manifestent avec le maximum d’acuité ». C’est, pour résumer, le « degré extrême », plus fort peut-être que la simple acmé.

« Des aventures du corps, l’on croirait presque avoir tout dit, tout exploré. Le vrai est que nous savons mieux qu’hier ce que le corps a de politique, écrit, en introduction, Hervé Mazurel. Nous n’ignorons plus les discrètes autant qu’étroites surveillances extérieures auxquelles il est soumis. D’autant plus efficaces, d’ailleurs, que l’histoire de ces techniques – celle qui a vu les barbelés se substituer aux murs, puis les rayons infrarouges et les empreintes digitales à ces mêmes barbelés – est celle d’une conquête historique d’une infinie portée : l’invisibilité panoptique ou le ‘’voir sans être vu’’. »

M. Mazurel poursuit en ces termes :

«  Toutefois, jamais ce surcontrôle social externe n’aurait eu tant d’effet sur le corps s’il ne s’était accompagné sur la longue durée d’un déploiement toujours plus strict d’autocontraintes intérieures qui, à travers la lente formation du surmoi comme des contraintes de l’habitus, ont visé à endiguer le flot de ses forces primaires et jaillissantes. »

Où l’on aimerait un croisement de ces propos avec ceux, proprement bouleversants, développés par Antonio Damasio dans son dernier ouvrage :  « L’ordre étrange des choses – la vie, les sentients et la fabrique de la culture » (Odile Jacob). En aval du travail révolutionnaire de Damasio.

Sensibilités dit « explorer la part obscure, souterraine, sinon maudite, de la vie sociale ». « Elle se met en quête des situations extrêmes et des expériences-limites qui dessinent les bords de l’humaine condition, nous explique-t-on. À travers les visages de l’ivresse, de l’extase, de l’obscène, de la fureur ou encore de l’effroi-panique, dans les douleurs de l’accouchement ou les spasmes de l’agonie, dans les cruautés du massacre, dans les vertiges de la transe ou de la liesse, dans les secrètes voluptés de la luxure comme dans les puissances transgressives du délire. Sensibilités s’en va traquer les corps au paroxysme… »

« Rien de commun ici, voudrait-on croire. Sinon peut-être ceci : désigner chaque fois la séquence la plus aiguë d’une affection. Et, par là, le comble du vivre. Soit ce point au-delà duquel quelque chose paraît s’arrêter. Soit ce qui dans l’expérience vécue peine toujours à se dire. C’est peut-être d’abord à cela que se reconnaît le paroxysme : sa sous-verbalisation. Car, d’emblée, celui-ci nous projette sur les cimes inquiétantes du langage, aux bornes mêmes de la représentation. De là, pour le chercheur, les souveraines vertus d’une pareille enquête : celles d’ébranler jusqu’aux dernières certitudes, d’inquiéter tout le savoir. »

Tout cela est parfois ardu, parfois déroutant, souvent passionnant, éclairant – comme la relecture de l’hystérie-hypnotique de l’immortel Jean-Martin Charcot (1825-1893).

Narcisse réinventé par Tweet ?

S’habitue-t-on au paroxysme ? La question nous est posée depuis l’autre rive de l’Atlantique. Vingt-sept spécialistes de la santé mentale viennent d’y publier The Dangerous Case of Donald Trump (ed. Thomas Dunne, non traduit). Un affaire née avant même puis au décours de l’élection. Qui traduira cet ouvrage essentiel en français ? Il y a urgence démocratique. «  Rosemary K.M. Sword et Philip Zimbardo, s’appuyant sur les tweets et les déclarations du président, voient en lui un ‘hédonisme du présent extrême et débridé’’ : il sur­réagit à l’événement comme un ‘’ junkie à l’adrénaline’ sans penser aux conséquences de ses actes. Il se conduit de façon ’infantile’’ en multipliant les mensonges, les remarques immatures sur le sexe’’ sur la taille de son ­pénis, manifestant un besoin perpétuel d’attention » peut-on lire dans Le Monde (Frédéric Joignot).

D’autres parlent, preuves à l’appui, de « sociopathe ». Narcisse réinventé par Tweet ? « La troisième partie du livre analyse les effets psycho­logiques de la présidence Trump sur les Américains. ­Jennifer Panning évoque un « syndrome post-électoral » : beaucoup de gens s’inquiètent et s’efforcent de trouver « normal » ce qui leur semble « anormal » dans cette présidence » écrit Le Monde.

C’est sans doute là le plus grave : la contagion démocratique de l’effacement des frontières du normal et du pathologique psychiatrique : les Etats-Unis sombrant peu à peu dans une forme de folie ? Pour Noël, de Stanley Kubrick (1928-1999): « Docteur Folamour ». Avant épuisement des sapins et des stocks.

A demain

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s