Heureux comme un médecin public faisant du privé dans une une AP-HP «à bout de souffle» ?

Bonjour

« Secteur privé à l’hôpital public ». Jadis, au temps des « Hommes en blanc » et des idéologies triomphantes, le sujet enflammait les esprits. Les uns y voyaient une rente honteuse de situation. Pour les autres le juste privilège des sacrifices consentis en restant dans la maison-mère ; et une forme d’attractivité pour cette dernière. Quand les premiers eurent le pouvoir politique ils parlèrent d’y mettre un terme. Quelques broncas firent qu’on en resta là. Et, comme toujours, l’administration encadra.

Aujourd’hui, faute d’idéologie, tout se vaut et l’abcès a pratiquement été vidé. C’est un sujet parmi tant d’autres, jamais plus un objet de débat politique. Aucun ministre de la Santé, depuis des lustres, ne s’y est aventuré. Et surtout pas Agnès Buzyn qui, dans Libération, tente d’expliquer que, selon elle, l’hôpital public est arrivé « au bout d’un système ». Extrait :

« De vrais défis nous attendent, notamment sur la pertinence des soins, et une restructuration de nos hôpitaux est indispensable. Il va falloir recentrer leur activité sur leur valeur ajoutée et la médecine de recours, en renforçant leur capacité à accueillir tout le monde. Il faut surtout redonner confiance aux équipes de l’hôpital et du sens à leur mission. Par ailleurs, nous allons mener la réforme structurelle des retraites, pour qu’enfin on ait confiance dans notre système. Aujourd’hui, celui-ci est illisible, au point que les jeunes ont le sentiment qu’ils n’en bénéficieront pas. Globalement, nous devons repenser l’ensemble. Le système est à bout de souffle. »

C’est ainsi une forme de marronnier glacé que traite Le Quotidien du Médecin. Il nous explique aujourd’hui (Anne Bayle-Iniguez) que les praticiens hospitaliers qui ont exercé une activité libérale à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) en 2016 se sont partagé près de 38,6 millions d’euros d’honoraires, soit 5,8 % de plus que l’année précédente, précise le dernier rapport annuel de la commission centrale de l’activité libérale de l’AP-HP qui veint d’être rendu public.

« Empocher » plus de 450 000 euros

 « Le volume d’activité libérale a progressé en 2016 et cette progression s’est accompagnée d’une augmentation des honoraires perçus », constate la commission présidée par le Dr Alain Faye, chirurgien viscéral à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP).  Le nombre de consultations (100 000, +2,7 %) et d’actes (67 000, +4,5 %) dans ce secteur privé a augmenté moins vite que les sommes facturées, alors que le nombre de médecins concernés est quasi-stable (350 contre 355 en 2015).

Que savoir d’autre ? Que la majorité des praticiens concernés par cette activité libérale sont des PU-PH (243). Qu’ils exercent pour l’essentiel à la Pitié-Salpêtrière, Cochin, l’HEGP et Lariboisière. Que les honoraires moyens tirés de ce secteur privé ont, en 2016, été de 115 203 euros par praticien – contre 108 880 euros l’année précédente dans le CHU francilien. Mais ce montant recouvre de fortes disparités : 106 praticiens ont touché moins de 50 000 euros d’honoraires alors que sept autres ont « empoché plus de 450 000 euros » – sept soit un de plus qu’en 2015.

« Sans surprise » (Le Qotidien dixit) environ la moitié des contrats d’activité libérale concernent des chirurgiens ; 29 % des contrats en cours sont le fait de spécialités médicales, 11 % proviennent de l’activité d’imagerie, de la médecine nucléaire et de la radiothérapie, 7 % de la gynécologie, 2 % de l’odontologie et … 1 % de la psychiatrie.

S’indigner ? A quel titre ? La redevance reversée à l’AP-HP par les praticiens hospitaliers autorisés à pratiquer une activité libérale s’élève à 9,8 millions d’euros en 2016 , soit 5 % de plus qu’en 2015. Aucun excès, aucune sanction, aucune demande de suppression d’activité au motif (ce n’est qu’un exemple) que l’activité libérale serait supérieure au plafond de 20 % autorisé sur le total des actes – ou que les déclarations d’honoraires seraient « incomplètes ».

A demain

2 réflexions sur “Heureux comme un médecin public faisant du privé dans une une AP-HP «à bout de souffle» ?

    • Oui, mais non.
      Ce n’est pas un salaire, ni un bénéfice net. Ce sont des honoraires.

      De cette somme il faut retirer ce que les salariés en France ne sentent pas passer (l’employeur le paie):
      – les cotisations URSSAF,
      – les cotisations RSI pour le sécurité sociale (là je ne suis pas sûr pour les hospitaliers faisant du privé)
      – la cotisation CARMF (retraite)
      – un surcroit d’assurance professionnelle peut être (certains ne s’assurent pas car les salariés sont couverts par leur hopital)
      – Eventuellement des frais de secretariat ou d’aide opératoire.
      – Et souvent les frais de comptable vu la plaie que représente la fiscalité liée à cette activité.

      Probablement 40% de la somme part en frais et cotisations. Qu’on me corrige si j’erre.

      Cela augmente les impôts et se retrouve « redistribué » par ce biais, ce qui permet à beaucoup de n’en pas payer.

      Affreux discours de droite on va me dire.

      Mais de toutes façons les médecins gagnent toujours trop , c’est sûr. Métier à faible technicité peu de responsabilité, utilité sociale mineure , ne font pas de spectacle (en général).

      Sans doute pour cette raison, le salaire des praticiens hospitaliers en Belgique (d’après des témoignages je vous invite à vérifier) est le double de celui de ces nuls de gaulois du sud. Sans doute font ils un métier différent.

      Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’abus ceci dit. Certains pensent vraiment que leurs actes valent des sommes extravagantes qu’ils facturent.

      Comme bien d’autres qui « gagnent » infiniment plus.
      Il n’y a pas de dieu de la décense.

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