Le marché français des drogues et toxicomanies progresse désormais à très grande vitesse 

Bonjour

Qui, au sein du pouvoir politique, s’intéresse encore aux drogues ?  L’ Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) vient de rendre publiques ses dernières données 1 sur les « Tendances récentes et nouvelles drogues » 2. Et c’est peu dire que le tableau fourni est inquiétant. Il fournit une cartographie inédite des toxicomanies et addictions à des substances illicites. A ce titre il devrait, au-delà des seules actions de repression, intéresser un exécutif soucieux de santé publique et d’organisation harmonieuse de la cité.

L’OFDT dit ainsi observer « une nouvelle impulsion donnée à la diffusion de cocaïne portée par la disponibilité d’une substance souvent plus pure et plus dosée en principe actif » ; « une extension de l’offre de l’héroïne vers le sud du pays et Rhône Alpes » ; « la situation des plus précaires et celles de jeunes migrants étrangers installés dans des parcours d’errance » ; « les pratiques de chemsex et de slam qui entraînent des prises de risques tant avec des substances stimulantes classiques (MDMA, cocaïne) qu’avec des nouveaux produits de synthèse (cathinones) ; la violence accrue des trafics et les techniques toujours innovantes des trafiquants pour attirer les usagers et les fidéliser (SMS, drive, livraisons, call centres…).

Extraits choisis pour la presse:

Cocaïne : Depuis 2016, et alors que les trafics en provenance des Antilles et de la Guyane se sont intensifiés (notamment avec le transport par les « mules »), les teneurs moyennes en principe actif des produits circulant en métropole sont en hausse sensible (…) la cocaïne est de plus en plus recherchée par toutes sortes de publics : insérés, festifs ou au contraire très précaires. Ces usagers mettent en avant une « qualité » nouvelle qui contribue à donner une meilleure image et une nouvelle impulsion à ce produit, très disponible sur tous les sites, singulièrement à Bordeaux, Lille, Metz ou Rennes. Dans le même temps, les signaux sanitaires font état d’une augmentation des demandes de prises en charge et des recours aux urgences en lien avec les consommations de cocaïne.

Héroïne : La substance traditionnellement surtout présente au nord et à l’est du pays (Lille et Metz), à proximité des marchés néerlandais et belge, est désormais plus visible dans la partie sud du pays (Marseille, Toulouse, Bordeaux). En parallèle, les observations récentes insistent sur l’activité de nouvelles filières albanophones en-Rhône-Alpes et sur le site de Lyon. Tous ces éléments doivent conduire à une grande vigilance quant à la diffusion du produit, en particulier auprès de nouveaux usagers plus « naïfs » et donc plus vulnérables.

Cannabis : Les constats sont de deux ordres : dans la lignée des observations des années précédentes, la place de l’offre d’herbe qui ne cesse de croître (en témoigne le niveau record de saisies de 18 tonnes en 2016) alors que sa production se professionnalise. Les sites de Rennes, Toulouse ou Metz soulignent les efforts portés sur les techniques de production ou de commercialisation. En parallèle, et alors que les produits dérivés de l’herbe comme de la résine continuent de se diversifier (avec une tendance à être beaucoup plus dosés), les problèmes de santé en lien avec les usages sont plus souvent évoqués.

MDMA : Elle reste disponible sous forme de poudre et de cristal (…) les sites  rapportent l’engouement pour des comprimés d’ecstasy dont les producteurs et trafiquants soignent la forme et le design. Ils parviennent ainsi à attirer une clientèle jeune mais aussi, parfois, des ex-usagers des années 1990, aujourd’hui quadragénaires, qui consomment à nouveau la substance.

Nouveaux produits de synthèse (NPS) : Une cinquantaine ont été identifiés pour la première fois en France en 2016. L’analyse montre que ce sont toujours des cathinones (essentiellement 4-MEC et 3-MMC) qui sont principalement recherchées par les usagers. Concernant les cannabinoïdes de synthèse, on note un intérêt marqué pour l’inhalation sous forme d’e-liquides, un sujet activement discuté sur les forums. Quant aux problèmes sanitaires avec les dérivés de fentanyls, ils demeurent rares en France. Même si leur diffusion auprès des usagers de drogues traditionnelles progresse, les NPS restent néanmoins surtout recherchés par de petits cercles de consommateurs, notamment compte tenu de leurs effets que les usagers jugent trop puissants.

Populations observées, violences et techniques de vente : S’agissant des populations observées les constats insistent sur leur grande diversité et la fragilité avérée de nombre d’usagers. À côté des plus désocialisés, que les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARUD) ont parfois du mal à atteindre, on observe davantage de jeunes en situation de précarité, dont certains sont issus de l’espace festif ou de mouvements anti-autoritaires. Enfin, la présence de très jeunes mineurs étrangers venus d’Afrique du Nord et installés dans des parcours d’errance, de deal et de consommation de produits inhalés, d’alcool et de cannabis est rapportée à Paris mais aussi à Rennes.

En parallèle les phénomènes de violence en lien avec les trafics gagnent en visibilité à Bordeaux, Lille, Marseille, Toulouse ou Rennes : les mentions d’agressions sont multiples et la présence d’armes à feu plus commune. Un autre type de pression s’exerce en parallèle à l’intérieur même des réseaux de trafic de cité avec des recrutements d’intermédiaires très précaires (sans papier, « petites mains » étrangères aux quartiers) pour des durées courtes.

Dans le même temps, les trafiquants redoublent d’efforts pour satisfaire les demandes des usagers et en diversifiant les techniques de vente. À côté des « cocaïne call centres », des « drive » ou des SMS promotionnels, innovations évoquées les années passées, le site de Paris signale des distributions de prospectus et des livraisons de cannabis à vélo. Dans l’ensemble des sites TREND les ventes se font aussi de façon plus fractionnée (au billet de vingt ou dix euros voire à l’unité de consommation), là aussi pour s’adapter aux besoins (et aux revenus variés) des usagers.

A demain

1 Agnès Cadet-Taïrou, Michel Gandilhon, Magali Martinez, Maitena Milhet Thomas Néfau, Substances psychoactives, usagers et marchés en France : les tendances récentes (2016- 2017),  Tendances n°121, OFDT 2016, 8 pages

2 Mis en place depuis 1999 TREND permet  de fournir des éléments de connaissances sur les usages de drogues illicites ou détournées et les populations particulièrement consommatrices. Parmi ses différents outils TREND s’appuie sur un réseau de huit sites locaux à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes  et  Toulouse.

 

Une réflexion sur “Le marché français des drogues et toxicomanies progresse désormais à très grande vitesse 

  1. On oublie de dire à ceux qui consomment que leur argent déstabilise dramatiquement de nombreux pays. Leur argent entretient des mafias. Leur argent terrorise des régions agricoles entières. Leur argent ne sert pas qu’à leur suicide, leur argent est criminel.

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