Etrange : un médecin de l’hôpital de Quimperlé a été payé durant 33 ans sans jamais exercer

 

Bonjour

L’étrange est à portée de main. Où l’on apprend, en cette approche de Noël, qu’un médecin a coûté (sans rien lui rapporter) 5,5 millions d’euros à l’hôpital de Quimperlé (Finistère) – et ce pour la seule période 2012-2016.  C’est un constat établi, avec les scrupules que l’on imagine, par la chambre régionale des comptes de Bretagne – à lire dans un rapport publié le jeudi 21 décembre. Une histoire assez fabuleuse rapportée par Ouest France, par l’AFP et reprise par Le Quotidien du Médecin. Une histoire, oserait-on dire, d’anti-harcèlement.

Le médecin, dont le nom n’est pas cité, avait été nommé chef de service en 1984. « Depuis cette date, plusieurs rapports émanant de diverses instances (…) ont relevé des problèmes quant à la manière de servir de ce médecin, mentionnant par exemple « une incompétence avérée de ce médecin » ainsi que des problèmes de comportement, tant vis-à-vis du personnel que des patients, incompatibles avec ses fonctions », indique la chambre dans son rapport. Mais ce praticien est néanmoins resté aux effectifs de l’établissement.

En 1990, suite à une saisine du préfet, le comité médical déclarait toutefois « ne pas avoir trouvé chez le docteur d’inaptitude psychologique à l’exercice des fonctions de chef de service ». Mais le médecin était suspendu de ses activités dès l’année suivante. La CME donnait son accord à la poursuite d’une procédure engagée à son encontre pour insuffisance professionnelle. Celle-ci n’aboutira pas.

Absentéisme

Aujourd’hui on lit ceci dans le rapport des comptables régionaux bretons :

« S’agissant de la gestion des ressources humaines, la chambre relève que l’absentéisme  est supérieur à la moyenne (sic) et nécessite la mise en place d’un plan de lutte (re-sic). Par ailleurs, le cas individuel d’un praticien, absent depuis 30 ans mais maintenu dans les effectifs et rémunéré, a été relevé (re-re-sic). Les instances médicales et les différents responsables médicaux de l’établissement ont, au cours de ces années, manifesté une volonté individuelle de ne pas travailler avec l’intéressé tout en le protégeant, en  raison de sa qualité de praticien  hospitalier.

Une telle situation irrégulière, liée à une volonté de défense du corps des praticiens hospitaliers, contrevient à l’intérêt général, aux intérêts du système de santé publique et de protection sociale et altère la pérennité financière de l’établissement. Outre un déficit d’image,  il en est résulté un coût salarial de 130 000 € par an et une privation de recettes annuelles estimée à 980 000 €, soit  un coût total de  5,5 M€ entre 2012 et 2016. »

 Quel coût au total ?  On ne le saura pas. « Nous avons travaillé en concertation avec l’ARS pour régler le problème. Le médecin a pris sa retraite en janvier », a réagi Carole Brision, nouvelle directrice de l’hôpital de Quimperlé. Une retraite bien méritée ?

A demain

5 réflexions sur “Etrange : un médecin de l’hôpital de Quimperlé a été payé durant 33 ans sans jamais exercer

  1. Bonjour, et merci pour la qualité de vos articles. Que pensée vous du fait que l’identité de ce « praticien » n’est nulle part révélée alors qu’ apparemment elle sue de beaucoup de personnes? Est-ce-que ce n’est pas une fois de plus fermer les yeux, c’est à dire ce que l’on reproche à certaines institutions dans ce dossier. Merci de votre écoute.
    Jean-François Laot. Lampaul-Plouarzel

  2. Une dernier article nous expliquait pourquoi un médecin avait été suspendu : il portait atteinte à la réputation de la profession.
    Alors là, il fait quoi le Conseil de l’Ordre ?

  3. Je ne suis pas journaliste, je ne suis que médecin. Travaillant – vous pouvez vérifier c’est à droite en entrant.- à l’hôpital de Quimperlé.
    Je n’ai jamais connu le médecin en question, ils ne sont plus que deux à l’avoir croisé. Mais si je lis bien la synthèse du rapport de la cour régionale des comptes, ce n’est sûrement pas une excuse :
    « Les instances médicales et les différents responsables médicaux de l’établissement ont, au cours de ces années, manifesté une volonté individuelle de ne pas travailler avec l’intéressé tout en le protégeant, en raison de sa qualité de praticien hospitalier.
    Une telle situation irrégulière, liée à une volonté de défense du corps des praticiens hospitaliers,
    contrevient à l’intérêt général, aux intérêts du système de santé publique et de protection sociale et
    altère la pérennité financière de l’établissement.
    Outre un déficit d’image, il en est résulté un coût salarial de 130 000€ par an et une privation de recettes annuelles estimée à 980 000 €, soit un coût total de 5,5 M€ entre 2012 et 2016. «

    Je frémis : 2012 à 2016, j’y étais ! Le corps des praticiens hospitaliers, il y a le mien dedans.

    Bon, je ne suis pas journaliste, mais j’ai essayé, un peu, de lire le rapport, rédigé (cher Jean-Yves Nau, qu’entendez-vous par « avec les scrupules qu’on imagine », pourquoi cette précaution, est-ce du deuxième degré ?) par la cour régionale.

    L’affaire est instruite page 26. On y apprend qu’outre la Commission médicale d’Etablissement, sont intervenus, le Médecin-Inspecteur de Santé Publique, la DDASS, la DHOS du Ministère de la Santé, qu’il y a eu saisine du Préfet, qu’il y a eu une expertise médicale (externe à l’établissement), que l’Agence Régionale de Santé y a été d’une dotation compensatrice…

    Je lis bien, « tout ça lié à une volonté de défense du corps des praticiens hospitaliers ». Quelle soumission soudaine, l’étrange à portée de main, dites-vous.

    Oui, étrange que l’analyse de la page 26, désordonnée certes, mais détaillée, se retrouve de la sorte raccourcie dans la page de synthèse. Celle qui a sauté aux yeux d’une toile médiatique à la digestion bien rapide.

    Je préfère ne pas commenter les chiffres. 130 000 euros, c’est déjà bien assez pour ne pas les gonfler par un manque à gagner de 980 000 euros par an, qui sous-entend que dans le domaine d’action du Dr T (si vous voulez le nom, vous n’avez qu’à le demander…), la structure quimperloise a gelé un no malade’s land et que les clients éventuels ont fui vers des médecines parallèles. J’avoue que je suis un peu abasourdi que personne n’ai soulevé cette ineptie dans le calcul.

    Je peux par contre commenter un peu les dates. L’histoire date de 1990. Le médecin prend sa retraite (pas particulièrement anticipée) en janvier 2017. La cour des comptes se penche sur le problème lors de sa visite en avril/mai 2017. Et envoie son rapport en décembre à la cantonade, comme une envolée de moineaux. En prenant bien soin donc, de désigner au passage la responsabilité coupable, tenace, irréductible, du corps des praticiens hospitaliers.

    Vous voulez savoir ce que je les ai toujours entendu dire du Dr T., les praticiens ? Et depuis le début ?
    Simplement qu’il était très bien protégé. Et quand il n’a plus eu besoin de ses protections, la cour des comptes n’a même pas eu à enfoncer la porte, elle était grande ouverte. Pour paraphraser Hergé, je dirai que ces braves ont plutôt fait leur service dans les carabiniers que dans le génie.

    Qui sont ces protecteurs, je suis trop vieux pour ces chasses-là. J’aime mon métier, le faire là où je le fais. Je laisse à d’autres le souci d’aller au bout des choses. Ou ne serait-ce qu’un peu plus loin que le sic en transit.

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