Suicide et harcèlements au CHU de Grenoble : Agnès Buzyn s’empare, enfin, du dossier

Bonjour

Sortir du déni. Le 19 décembre, à l’Assemblée nationale, le médecin et député (LREM, Isère) Olivier Véran a posé une question à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Question délicate concernant les tensions et difficultés récurrentes qui prévalent au sein du CHU Grenoble Alpes. Réponse de la ministre :

« Il y a quelques semaines, le CHU de Grenoble a fait face à une situation dramatique : le suicide d’un praticien hospitalier. Dès que j’en ai été informée, j’ai diligenté le médiateur national, Edouard Couty, pour me faire un rapport sur la situation. Ce rapport, que je rendrai public prochainement, a  permis de mettre en lumière des situations de harcèlement au sein de cet établissement. Encore aujourd’hui, des praticiens nous ont fait remontrer des difficultés et des tensions, la pédiatrie étant la dernière en date. Je rencontrerai début janvier la directrice générale du CHU de Grenoble, le président de la commission médicale d’établissement et le doyen de la faculté de médecine.

 « Je leur demanderai de me proposer au plus tôt un plan d’actions conforme aux recommandations de M. Couty, face à la souffrance des soignants dans cet établissement. Je souhaite répéter avec force mon engagement contre toute forme de harcèlement à l’hôpital et je n’accepterai plus que des personnes, qui quittent les services où elles sont harcelées, soient obligées d’abandonner leur poste. C’est en ce sens que j’ai accepté la mutation d’une clinicienne réputée de Grenoble dans un autre établissement, avec son support de service. Ainsi, le service qui verra un professionnel partir pour de telles raison de harcèlement, ne verra pas son poste sanctuarisé dans le service concerné. »

C’est là un message clair, une prise de position forte, une attitude ministérielle qui tranche avec la position alambiquée de Marisol Touraine quand elle fut confrontée à une situation équivalente au sein de l’AP-HP. Peut-être pourra-t-on regretter une forme d’attentisme. L’association nationale Jean-Louis Mégnien à la suite des déclarations de la ministre de la santé à l’Assemblée nationale.

Sortir du déni

L’association nationale Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public ne s’y est pas trompée. On sait que cette association  a alerté depuis plusieurs mois les pouvoirs publics et l’opinion sur les nombreuses situations de maltraitance et de harcèlement qui lui ont été signalées – et notamment celles touchant le centre hospitalier et universitaire de Grenoble. « Trois dossiers avaient déjà étaient transmis par l’association au médiateur national avant novembre 2017. Il a fallu qu’un neurochirurgien mette fin à ses jours sur son lieu de travail pour qu’une enquête sur cet établissement soit diligentée par le ministère des solidarités et de la santé » soulignent les membres du bureau de cette association.

Observant qu’Agnès Buzyn confirme la gravité des faits de maltraitance et de harcèlement survenus au CHU de Grenoble elle ajoute constater « que la ministre sort du déni manifesté habituellement par les autorités sanitaires et les pouvoirs publics devant de tels faits ». « La ministre a le courage d’appeler ces faits par leur nom, de les dénoncer avec détermination et d’envisager des mesures énergiques pour y faire face » note-t-elle encore.

L’association demande non seulement que ceux qui ont commis de tels agissements soient sanctionnés, mais que le soient également « ceux dont c’était le devoir de les empêcher ».  Elle souhaite encore que les signalements dont elle a connaissance (voir sa « carte des signalements ») fassent l’objet d’une même attention et que des enquêtes indépendantes soient menées avant que ces situations se dégradent.

« Sortie du déni, libération de la parole, enquêtes, sanctions et médiation pour trouver des solutions dignes à ces drames humains doivent s’imposer dans les meilleurs délais, conclut-elle. Nous félicitons Mme Agnès Buzyn de s’être engagée dans cette voie et continuerons d’agir dans ce même sens. »

Psychopathologique et économie

Ce dossier sera loin d’être simple, notamment pour la ministre, tant le psychopathologique peut être intimement lié à l’économique. Ainsi cette lettre qui vient d’être publiée dans  « L’Humanité »  dans laquelle deux pédiatres du service endocrinologie-diabétologie pédiatriques du CHU de Grenoble, en arrêt maladie pour « épuisement professionnel » et « harcèlement économique » rappellent la pression qui pèse sur les épaules des professionnels de santé.  Ces deux médecins évoquent la politique de leur direction, qui serait à leurs yeux bien trop axée sur la rentabilité et la valorisation financière de l’activité médicale, au détriment de la qualité des soins apportés aux patients diabétiques dans leur service.

On attend, désormais, la publication du rapport sur le CHU de Grenoble demandé par la ministre au médiateur national. Le rapport et les mesures qui suivront.

A demain

 

7 réflexions sur “Suicide et harcèlements au CHU de Grenoble : Agnès Buzyn s’empare, enfin, du dossier

  1. Si le diagnostic est hélas évident s’adressant au monde hospitalier, pourquoi limiter la réponse au seul harcèlement en milieu médical; l’armée, la police et beaucoup d’administrations publiques subissent la même situation. Au delà, le harcèlement au travail existe bien dans le privé comme dans le public; la loi existe aussi qui encadre ces pratiques managériales déviantes négatives. Elle prévoit des mesures à mettre en oeuvre associant les DRH, la médecine du travail et le CHSCT; cela doit démarrer par une enquête interne, contradictoire, puis par la mise en place précoce d’un soutien psychologique, de mesures conservatoires et d’une possible médiation.
    Un rappel au réglement par Mesdames les Ministres de la santé et du travail serait également souhaitable en ces temps de stress et de burn-out dans les entreprises et les administrations.
    Une obligation de sécurité de résulltat…

  2. A reblogué ceci sur The Ad Spreadet a ajouté:
    Si le diagnostic est hélas évident s’adressant au monde hospitalier, pourquoi limiter la réponse au seul harcèlement en milieu médical; l’armée, la police et beaucoup d’administrations publiques subissent la même situation. Au delà, le harcèlement au travail existe bien dans le privé comme dans le public; la loi existe aussi qui encadre ces pratiques managériales déviantes négatives. Elle prévoit des mesures à mettre en oeuvre associant les DRH, la médecine du travail et le CHSCT; cela doit démarrer par une enquête interne, contradictoire, puis par la mise en place précoce d’un soutien psychologique, de mesures conservatoires et d’une possible médiation.
    Un rappel au réglement par Mesdames les Ministres de la santé et du travail serait également souhaitable en ces temps de stress et de burn-out dans les entreprises et les administrations.
    Une obligation de sécurité de résulltat…

  3. La nouvelle gouvernance hospitalière n’a parfois rien à apprendre de la ‘camorra napollitaine’.
    Quand un chef de service veut récupérer un poste de PH (pour y mettre un copain), on harcèle celui qui l’occupe. Si on a rien à reprocher à ce dernier, pas de souci, on invente, on fait courir des rumeurs, on intimide, on vandalise l’appareil qu’il utilise ( échographe par exemple), on désorganise son service, on l’isole, on demande aux soignants de l’éviter ou de ne plus lui parler, on fait faire des fiches de signalements, le président de la CME se drappe de dramaturgie en CME pour en rajouter une couche ,le directeur dit qu’il ne peur rien faire mais prend un air contrit…faudrait il un blâme?……..et souvent il suffit d’attendre pour que le pauvre harcelé démissionne…
    Sauf que c’est notre histoire, nous sommes 2, proches de la retraite, nous avons pris un avocat …juste pour savoir enfin qui se plaint de quoi ??? …..Depuis plus de 6 mois nous n’avons pas de réponse mais bienheureusement la CME n’est pas tombée dans le panneau, personne n’a trouvé de reproche à nous faire….
    Qu’est ce la camorra hospitalière va encore nous faire????…’les copains’ qui attendent nos postes sont ils déjà à la porte de l’hôpital???
    Mais, pas de chance on fait partie de l’association Jean Louis Megnien et ….on a décidé en son nom de résister !!!

  4. Je me permets de poser cette question:Agnès Buzyn qui hérite de l’inertie de ses prédecesseurs avait-elle vraiment le choix après le drame de Grenoble ?Et par ailleurs il me parait extrêmement dangereux de minimiser la violence par sa diffusion dans divers secteurs …Elle est particulièrement intolérable sans des structures de soins.Et pour ce qui est de l’Armée le général de Villiers évoque dans son ouvrage « Servir » ses combats contre des moulins à vent technocratiques hermétiques à toute approche autre que comptable admènistrant la médecine aux armées.

  5. J’ ai déposé 3 plaintes au tribunal.La 2e en Nov 2011 à entraîné ma suspension immédiate et illégale via l ARS Rennes et le préfet .
    Au bout de 5 ans reintegrée et retorturée par la direction.
    J’ ai des confrères en arrêt ,très mal , dans plusieurs villes.
    J’ ai des patients qui se sont suicidés.
    Je suis prête à parler de ce scandale d état ,la budgétisation restrictive irresponsables que les ARS orchestrent
    Dr Suzanne Heck Vannes
    0614902308
    TORTUREE .Le mot harcelement n est PAS adapté .

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