Déserts médicaux et tarifs inhumains : le gouvernement impuissant. Jusqu’à quand ?

Bonjour

Editorial médical et politique du Monde daté de ce 28 décembre 2017. Le dernier quotidien vespéral parisien y traite de la « fracture sanitaire » et de l’inquiétude qu’elle génère. Où l’on retrouve le serpent de mer  des « déserts médicaux ». Où l’on confirme, aussi, qu’il est de plus en plus difficile, pour une femme, de consulter un gynécologue-obstétricien ; et que quand la chose est possible c’est très souvent à des tarifs incompatibles avec les prix conventionnés. Où l’on découvre, en somme, l’une des réalités médicales de la France d’aujourd’hui – celle qui conduit immanquablement aux engorgements observés dans l’étranglement des services d’urgence hospitaliers.

« Rendez-vous difficiles, voire impossibles, à obtenir dans un délai raisonnable, dépassements d’honoraires parfois prohibitifs : les Français ne sont pas égaux dans l’accès aux pédiatres, psychiatres, ophtalmologues ou gynécologues, écrit Le Monde. Pour ces deux dernières spécialités, l’offre disponible dans les grands pôles urbains est de sept à neuf fois supérieure à celle des communes isolées, relevait en 2016 une étude du ministère de la santé. »

Le pouvoir exécutif connaît ces chiffres. Et bien d’autres, ignorés des journalistes. Il les connaît et n’en peut mais. Et le quotidien de citer l’UFC-Que choisir qui a calculé la réduction « du nombre de gynécologues accessibles à moins de quarante-cinq minutes de route ». Tout laisse penser que cette situation va continuer de s’aggraver dans les années à venir, la pénurie affectant les effectifs des pédiatres, des ophtalmologues, des gynécologues et des psychiatres. Une pénurie compliquée de ce corollaire capitalistique : dans l’ombre de la pénurie, l’augmentation des dépassements d’honoraires…

Buzyn et Macron, premiers de cordées

« Il faut se rendre à l’évidence et parler d’un échec français en matière de régulation des médecins libéraux » assure Le Monde, citant les observations-accusations de la Cour des comptes et du Conseil économique, social et environnemental. Echec patent de l’exécutif jacobin à corriger les inégalités de répartition territoriale ; échec massif des aides financières à l’installation des médecins dans des déserts.

Deux pistes sont connues. La première est l’introduction d’un « conventionnement sélectif » visant à lutter contre la désertification. Solution rejetée par l’Ordre qui y voit une atteinte à la liberté d’installation des médecins. La seconde est l’instauration de nouvelles règles contraignantes de plafonnement des dépassements d’honoraires autorisés, entraînant en cas de non-respect l’exclusion du conventionnement du professionnel de santé.

« Ces pistes pourraient au moins être étudiées et débattues, avance Le Monde. Mais l’on sait que de telles solutions sont farouchement combattues par les syndicats de médecins. Et l’on n’ignore pas que les gouvernements, de gauche comme de droite, les ont toujours rejetées, comme tétanisés à l’idée d’engager un conflit avec les médecins sur le terrain explosif des dépassements d’honoraires abusifs. Faute de quoi la fracture sanitaire, décalque des fractures sociales et territoriales françaises, se creuse de façon toujours plus inquiétante. »

Ce constat était celui du monde qui précédait. Il ne sera pas inintéressant d’observer comment, sur ces sentiers escarpés, avanceront demain la ministre Agnès  Buzyn et le président Emmanuel Macron. Premiers de bienveillantes cordées.

A demain

7 réflexions sur “Déserts médicaux et tarifs inhumains : le gouvernement impuissant. Jusqu’à quand ?

  1. Une des grandes questions est la liberté d’installation des médecins.
    Juges, policiers, gendarmes, enseignants, … ne s’installent pas là où ils veulent, mais là où on estime qu’on a besoin d’eux.
    Les études des médecins sont gratuites. Ils sont rémunérés en grande partie par nos salaires différés que sont nos cotisations et nos impôts.
    Pourquoi ce serait sur le seul confort des médecins que le Conseil de l’Ordre déciderait de la politique publique de santé ?

  2. Qui pourrait expliquer pourquoi les gouvernements successifs sont « tétanisés à l’idée d’engager un conflit avec les médecins  » ?

    Ce n’est pas parce qu’ils sont si nombreux que ça.
    Ce n’est pas parce que le reste de la population, aujourd’hui, ne comprendrait pas.

    C’est plutôt peut-être parce que la corporation a su organiser ses lobbys.
    Beaucoup d’élus médecins dans les assemblées …
    Un entregent efficace avec les décideurs de toutes catégories, privé ou public.
    De grands pontes de la médecine assidus des terrains de golf, de chasse, des dîners en ville, des clubs fermés, de partis politiques, …

    Avec ça, on n’est pas loin des réseaux de corruption puisque les gouvernements ne décident pas en fonction de l’intérêt général mais en fonction de l’intérêt de leurs amis, leurs affidés, voire leur propre intérêt.

    • C’est faire trop de cas d’une organisation de lobbying médical. Par contre laisser s’échauffer la sphère médicale française notoirement sous payée par rapport aux autres pays européens ne serait pas judicieux…

  3. Cela dit, un plan d’installation ne résoudrait pas tout puisque au nom des économies et de la doxa libérale les gouvernements s’entendent bien pour organiser progressivement et sûrement les déserts judiciaires, éducatifs, culturels, de sécurité, de secours, …

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