Deux Français sur trois sont favorables à la PMA et à la GPA sans en mesurer les conséquences

 

Bonjour

C’est un sondage-événement. A la veille de l’ouverture des Etats généraux les états généraux de la bioéthique La Croix  publie des chiffres étonnants qui ne manqueront ni de surprendre ni d’inquiéter. Certains y verront le consentement d’une fraction rapidement croissante de la société française à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes (60 %) et aux femmes seules (57 %) ou, nettement plus surprenant, à la levée de l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA) (64 %). Ce serait aller un peu vite en besogne et mérite quelques éclaircissements – et ce en dépit des conclusions de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop :

« La vieille matrice structurante de la société qui était très clairement d’inspiration chrétienne et catholique est en train de s’effriter à vitesse grand V. [Des résultats qui révèlent] l’ancrage d’un basculement anthropologique dans la société française, à la faveur de la déchristianisation de la société et de la poussée de l’individualisme ».

On y verra la confirmation de la théorie « des dominos » ou de la « pente glissante » :

« Même si les évolutions sont très rapides, la société ne change pas d’un seul coup, mais par étapes. L’opinion a adhéré au mariage pour les couples homosexuels deux ou trois ans après avoir accepté le Pacs. De même, les Français se sont dits en faveur de l’adoption par les couples homosexuels quelque temps après l’inscription du “mariage pour tous” dans la loi. Les plus âgés sont un peu plus réticents, détaille encore Jérôme Fourquet. Mais il n’existe aucun clivage majeur ni entre les générations, ni selon les préférences politiques. Cela confirme qu’il s’agit d’une vague de fond. »

Et les catholiques pratiquants demande La Croix ? Le sondage fait apparaître qu’ils demeurent légèrement moins favorables à la GPA (46 %), à la PMA (35 %) que le reste des Français, soit de 10 à 20 points de moins. « Même s’il existe une marge d’erreur de 5 à 6 points, on ne peut pas dire que les catholiques sont totalement à rebours de la société française en la matière », constate le sondeur.

Loi du marché sacralisée

Ne pas aller trop vite en besogne du fait de l’existence de ce que La Croix nomme des « îlots de résistance » : l’attachement massif à la gratuité et l’anonymat des dons de gamètes, « deux principes fondamentaux que la plupart des sondés veulent conserver ». Or cette clef de voûte de la loi française de bioéthique est, précisément menacée par l’ouverture potentielle de la PMA à des femmes célibataires et à des couples de femmes comme l’explique le dernier avis du Comité national de bioéthique. Sans parler de la question de la prise en charge par l’assurance maladie de gestes qui ne peuvent être qualifiés de thérapeutique 1.

Plus généralement ce sondage et ses incohérences témoignent de la nécessité absolue de faire, au plus vite, œuvre de pédagogie : expliquer de manière pratique ce qu’il en est des principes fondamentaux « d’indisponibilité du corps humain» et/ou de « non patrimonialité du corps humain » (ce corps et ses éléments sont et doivent rester « hors marché ») – un socle éthique auquel les Français sont majoritairement attachés sans en connaître précisément l’histoire et les conséquences. Œuvre de pédagogie pour faire comprendre les incohérences entre ces principes et la pratique de la location d’utérus ou la commercialisation des cellules sexuelles humaines.

On peut espérer que les Etats généraux de la bioéthique s’attacheront à cet enjeu fondamental, situé au cœur même de la révision de la loi de bioéthique. Et que ce questionnement sera repris par le gouvernement dans sa rédaction du projet de loi avant d’être examiné par le Parlement. Si tel n’était pas le cas ce serait un pas de plus vers la sacralisation de la loi du marché. Et nous pourrions, alors, nous demander si nous ne devrions pas songer à désespérer.

A demain

1 Sur ce thème, lire : « Derrière les réserves autour de la PMA pour toutes, il y a aussi de vraies bonnes questions » Slate.fr, 19 décembre 2017

5 réflexions sur “Deux Français sur trois sont favorables à la PMA et à la GPA sans en mesurer les conséquences

  1. toujours aussi tradifacho…
    Les PMA hétérosexuelles sont en grande partie non-thérapeutiques.
    Et on peut très bien faire de la PMA, mais aussi de la GPA, en gardant les dons anonymes et gratuits et sans « louer » des uterus (votre penchant à la caricature sur ces sujets est navrante…regardez ce qui se fait à l’étranger, en Angleterre, aux US, ailleurs)
    Mais il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

  2. la GPA doit aussi est altruiste au Portugal ; idem en Belgique.
    En Grèce, la compensation ne peut pas être supérieure à 10000 €. Toute activité commerciale autour de la GPA est prohibée aux Pays Bas.

    Je n’ai pris que des exemples européens.
    À ma connaissance, tous les pays européens dans lesquels la GPA est possible ont mis en place des garde-fous pour éviter les dérives, certains de ces garde-fous peuvent même être considérés comme trop stricts puisqu’ils conduisent à des inégalités peu cohérentes, tant côté donneuse d’ovocyte et/ou mère porteuse, que du côté des parents d’intention.

    Bref, ouvrez vos yeux un peu plus loin qu’un reportage tapageur de M6 en Inde svp.
    Ce débat mérite mieux que ça

  3. Le sondage IFOP pour le journal La Croix portait sur l’évolution des Français sur les grandes questions de bioéthique comme la PMA et la GPA, mais pas seulement. Le sondage portait également sur les questions de la fin de vie, et plus précisément sur le suicide assisté et l’euthanasie :

    À la question : « Par ailleurs, pensez-vous qu’il faille aller plus loin que la législation actuelle sur la fin de vie, en légalisant le suicide assisté (c’est-à-dire la possibilité pour un tiers de délivrer un produit létal permettant à celui qui le souhaite de mettre fin à ses jours) et / ou l’euthanasie (c’est-à-dire la possibilité pour un patient souffrant d’une maladie incurable de demander à un médecin de mettre fin à ses jours) ? », les Français interrogés répondent OUI à 89 % !

    11 % seulement des Français disent « NON, il ne faut pas changer la législation actuelle ».

    Mais pour que les réponses fussent claires, nettes et précises, c’est-à-dire formulées en toute connaissance de cause, il aurait fallu poser ces 2 autres questions, du genre :
    « Savez-vous que vous avez le droit de rédiger des directives anticipées concernant votre fin de vie ? »
    « Savez-vous que vous avez le droit de bénéficier d’une sédation profonde et continue associée à un traitement de la douleur, c’est-à-dire d’un traitement qui vous endort et a pour objectif la perte de conscience jusqu’à votre décès ? »

    La loi du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie est en train de mourir de mort lente, faute d’en prendre soin, c’est-à-dire faute d’une information massive et permanente sur les droits des malades et des personnes en fin de vie.

    Les réponses à ce sondage auraient-elles été les mêmes si tous les Français, majeurs, avaient reçu un exemplaire du formulaire des directives anticipées conforme à l’arrêté du 3 août 2016 relatif au modèle de directives anticipées prévu à l’article L. 1111-11 du code de la santé publique, suite au décret du 3 août 2016 relatif aux directives anticipées prévues par la loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, et si tous les Français avaient reçu de vive-voix une information sur ces nouveaux droits de la part d’un professionnel de santé (médecin traitant, praticien hospitalier) ?

    L’information sur les droits de la personne en fin de vie est nécessaire mais pas suffisante. Selon la SFAP, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, « près de 30 % des personnes qui en auraient besoin bénéficient aujourd’hui de soins palliatifs ». Dit autrement, 7 Français sur 10 en fin de vie ne bénéficieraient pas de soins palliatifs alors qu’ils en ont besoin et en ont le droit ! Et c’est bien là le problème.

    Une information massive sur les droits de la personne en fin de vie, sur les directives anticipées avec une large diffusion du formulaire, rappellerait aux pouvoirs publics, aux autorités de santé, l’exigence de réduire les inégalités territoriales en soins palliatifs, en augmentant les unités de soins palliatifs (USP), mais aussi les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) pour les personnes en fin de vie à domicile ou en EHPAD.

    Marc PEREZ
    http://www.hdoc.fr

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