Le suicide d’un neurochirurgien. « Au CHU de Grenoble la rumeur circule vite et bien »

Bonjour

Agnès Buzyn a tenu parole. La ministre des Solidarités et de la Santé a rendu public le rapport sur le CHU de Grenoble – rapport demandé à Edouard Couty, médiateur national, après le suicide d’un neurochirurgien, brillant, de cet établissement. On trouvera ici ce document dérangeant autant qu’éclairant.

Nous avions, sur ce blog, traité de ce douloureux dossier le 21 décembre dernier. A l’Assemblée nationale, le médecin et député (LREM, Isère) Olivier Véran venait de poser une question à Agnès Buzyn. Question délicate concernant les tensions et difficultés récurrentes qui prévalent au sein du CHU Grenoble Alpes. Réponse de la ministre :

« Il y a quelques semaines, le CHU de Grenoble a fait face à une situation dramatique : le suicide d’un praticien hospitalier. Dès que j’en ai été informée, j’ai diligenté le médiateur national, Edouard Couty, pour me faire un rapport sur la situation. Ce rapport, que je rendrai public prochainement, a  permis de mettre en lumière des situations de harcèlement au sein de cet établissement. Encore aujourd’hui, des praticiens nous ont fait remontrer des difficultés et des tensions, la pédiatrie étant la dernière en date. Je rencontrerai début janvier la directrice générale du CHU de Grenoble, le président de la commission médicale d’établissement et le doyen de la faculté de médecine. »

Harcèlement et maltraitance

L’association nationale Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public avait alors pleinement saisi la portée de cette déclaration.  Observant qu’Agnès Buzyn confirmait la gravité des faits de maltraitance et de harcèlement survenus dans cet établissement elle ajoutait constater « que la ministre sort du déni manifesté habituellement par les autorités sanitaires et les pouvoirs publics devant de tels faits ». « La ministre a le courage d’appeler ces faits par leur nom, de les dénoncer avec détermination et d’envisager des mesures énergiques pour y faire face » notait-elle encore.

Nous attendions, depuis, la publication du document d’Edouard Couty sur le CHU ainsi visé. Le rapport et les mesures qui suivraient. Voici donc le rapport. Extraits :

«  Le suicide d’un jeune neurochirurgien sur son lieu de travail, au bloc opératoire, au CHU de Grenoble a profondément marqué tous les professionnels de cet établissement. Ce drame a fait émerger les situations d’autres professionnels en difficulté, quelques-unes de ces situations ayant été, par ailleurs, signalées au médiateur national (…)

« Le docteur Laurent S. qui venait de signer, le 25 octobre, son contrat de praticien hospitalier soit quelques jours avant son geste fatal, occupait au sein du service de neuro chirurgie une position exceptionnelle, on dit qu’il « portait la neurochirurgie ». Les tableaux de garde montrent un très fort investissement de sa part en plus de sa présence quotidienne sur des plages horaires étendues, par ailleurs ses activités opératoires étaient très importantes, il assurait le plus gros volume d’activité dans ce service. Il était très apprécié par les patients et les parents de jeunes patients qu’il prenait en charge et par les praticiens des établissements périphériques qui l’appelaient pour des conseils, il était également très aimé de tous les professionnels avec lesquels il travaillait et apprécié de la plupart de ses confrères au CHU. Sa grande disponibilité pour tous et à tout moment est unanimement saluée. Ses obsèques ont été un grand moment d’émotion pour les très nombreux professionnels présents, sa disparition a profondément traumatisé les équipes proches et au-delà tous les jeunes étudiants, internes, CCA et PH de l’établissement. (…)

Choix du lieu

« La lettre qu’il a laissée montre, au dire des personnes qui ont pu en prendre connaissance, qu’il a été poussé par des motifs personnels. Il n’en reste pas moins que le choix du lieu a une signification. Il apparait que les responsables de proximité (service et pôle) ou institutionnels (CME, DG) n’ont pas eu connaissance de signaux ou d’appels de sa part dans les mois et les jours précédant le passage à l’acte. Brillant chirurgien, ce jeune homme de 36 ans avait une ambition universitaire et préparait un passage devant le CNU d’anatomie. Chacun reconnait sa rigueur et son exigence professionnelle, certains disent même que « c’était un perfectionniste ». Il a finalement renoncé à la présentation devant le CNU d’anatomie estimant qu’il était insuffisamment préparé et il a, semble-t-il, renoncé à entrer dans la voix hospitalo-universitaire. On peut raisonnablement penser que l’activité clinique considérable qu’il avait et sa très grande disponibilité pour les autres ne lui ont pas permis de se préparer comme il l’estimait nécessaire à une épreuve difficile. Ce renoncement a certainement été douloureux pour lui. Par ailleurs et sur un plan organisationnel, ce drame a fait ressurgir les difficultés rencontrées lors de la mise en application de la décision de réformer l’organisation du bloc opératoire de l’hôpital nord qui comporte 35 salles dont 4 salles d’urgence (…)

« Le drame et sa forte dimension affective sont arrivés sur un terrain déjà ébranlé par une réforme vécue comme imposée d’en haut. Le traumatisme qui en résulte est profond. Il interroge, pour tous les professionnels concernés par le fonctionnement des blocs opératoires, le thème de la qualité de vie au travail. Pour ces équipes, cette question mérite une attention particulière : écoute, considération, concertation et accompagnement. Les groupes de paroles réunis à l’initiative de la cellule médico psychologique (CUMP) immédiatement après les évènements font ressortir un malaise peut être plus large, les personnels expriment leur souffrance ainsi : « ce drame c’est l’hôpital de Grenoble» (…)

Situation délétère

« Il est clair que ce conflit rejaillit sur la prise en charge des malades et sur l’ensemble des professionnels du service cadres et infirmiers notamment au point de cliver les équipes et de générer de la souffrance au travail. Cette situation délétère n’est pas acceptable et ne peut pas durer. Au cours de la mission d’autres conflits, maltraitance ou cas de souffrance au travail ont été signalés dans d’autres services du CHU sans que ces situations aient pu être explorées afin de s’assurer de la réalité ou de l’acuité des problèmes. Des praticiens hospitaliers en souffrance dans différents secteurs (neurologie, biologie, pharmacie, service qualité, odontologie….) ont fait état de difficultés de communication, d’absence de considération ou de participation voire de harcèlement moral sans que cela ait été formellement établi par la mission faute de temps. (…)

« Cette mauvaise communication induit des incompréhensions et des réactions de perte de confiance ou même de défiance totale par rapport aux responsables institutionnels qui ont ensuite des difficultés à conduire les changements nécessaires. Enfin cette mauvaise communication fait place à la rumeur dont l’effet destructeur et délétère est vérifié, surtout lorsqu’elle est dirigée contre des personnes. Au CHU de Grenoble la rumeur circule vite et bien. »

Mêmes causes, mêmes effets. Ne pas, ne plus, rester dans le confinement de l’entre-soi hospitalier. On attend la suite. A commencer par celle que donnera le pouvoir exécutif. A Grenoble comme partout où les rumeurs circulent – et où on laisse de tels abcès se collecter.

A demain

 

 

2 réflexions sur “Le suicide d’un neurochirurgien. « Au CHU de Grenoble la rumeur circule vite et bien »

  1. Rapport écrit trop vite en dialecte administratien , des mots et impressions mais pas de faits exposés, et constellé de fautes de français et de jargon, ce qui ne donne pas confiance.

    Il est avant tout pénible pour en dire trop (très accusatoire contre des gens parfaitement identifiables) ou pas assez.

    Bref difficile d’en conclure beaucoup.
    Mais peut-être ne faut-il pas être trop pressé, comme avec la justice qui, elle, a plus de moyens.

    Reste à espérer que l’enquêteur soit sur les bonnes voies et que ce ne soit que le début de la résolution de problèmes graves, et un signal qui vaille pour ailleurs.

    Le côté positif c’est que en Haut Lieu, on se préoccupe réellement de ce mal qui ronge les hôpitaux, entre autres organisations humaines, n’en doutons pas!

  2. Nous pensons toujours trop court, juste au ras de notre légitime émotion.
    Est-il vivable,en 2018, d’être condamné, même si on est hautement consentant, à être toute sa vie professionnelle enfermé dans les murs d’un hôpital ?
    Les psychiatres ont depuis longtemps tranché la question pour les patients dont ils ont la charge. Ça n’existe plus chez eux depuis belle lurette.
    Les effets pervers pour les personnels de l’invention en 1958 des Centres Hospitalo Universitaires ont-ils déjà fait l’objet d’une étude scientifique ? Sacrilège hurleront certains !
    Au delà, une étude comparative du bien-être psychologique des gens qui ont plusieurs métiers et de ceux qui en ont un seul serait digne d’attention.
    Ouvrez la cage aux oiseaux : le poète chantant a déjà bien vu le réel.

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